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Entretiens

"Je sais que ça peut s’arrêter à n’importe quel moment"

Charles Ollivon - Troisième ligne de Toulon Alors que l’on pouvait craindre pour la suite de sa carrière suite à une nouvelle blessure à l’omoplate, Charles Ollivon est revenu à la compétition. Il vient d’ enchaîner quatre matchs et sera titulaire à Mayol dimanche face à l’UBB. Le garçon savoure.

Dans quel état d’esprit êtes-vous depuis votre retour, face à Montpellier le 16 mars dernier ?

Je suis le plus heureux. J’apprécie tous les moments. Ce n’est que du bonheur d’être là. J’ai rarement eu d’aussi bonnes sensations, je me sens mieux week-end après week-end. C’est hyper motivant pour moi, je sens l’amélioration dans le temps et c’est génial.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez à nouveau foulé la pelouse de Mayol ?

C’était une émotion particulière. Les choses ont été bien faites, je n’ai pas eu trop de pression, simplement à me concentrer sur mon travail. Cela m’a aidé. Mais je me souviendrai toute ma vie de ces moments-là, c’est tellement fort. Tout cela était très dur à vivre. Mais au final, ça aboutit à quelque chose de tellement bon, ces événements m’ont changé. Je relativise un peu plus et je prends encore plus de plaisir.

Tout le monde s’accorde à louer votre force de caractère. Où allez-vous puiser cela ?

Lors de la blessure, je sens immédiatement que c’est une rechute. Cela n’a pas été facile, je ne vais pas le cacher. Le rugby, c’est ma passion, mon travail. Il a fallu passer par plusieurs étapes, y répondre même si c’était parfois compliqué. La force mentale, ce n’est pas quelque chose que l’on va chercher, mais plutôt que l’on a en soi. C’est difficile à expliquer. Tout était réuni pour que j’arrête et je baisse les bras. J’ai dû me battre et aller chercher des choses improbables. Il fallait être costaud, c’était compliqué à gérer, à accepter. De lire ou entendre que c’était terminé, ça permet aussi d’aller chercher la motivation dans le négatif pour faire taire tout ce bordel. Et il n’y a pas meilleure réponse que de revenir sur les terrains.

Thomas Lièvremont, que vous avez connu à Bayonne, expliquait dans ces colonnes que vous êtes un joueur et un garçon atypique dans ce milieu. Pourquoi ?

C’est difficile de parler de soi. Mais je suis un mec simple qui vient d’un endroit simple, sain, avec des valeurs. Je ne suis pas là pour donner une image de moi. Je suis comme je suis, je ne vais pas changer. J’aurais pu m’éparpiller à certains moments, notamment lorsque je suis arrivé ici à Toulon, mais j’ai gardé les pieds sur terre. Tranquille. Après chacun vit comme il veut, moi je m’intéresse à mon club et mes performances.

Après votre première blessure, vous aviez expliqué avoir traversé cela seul. Avez-vous vécu la même chose cette fois ?

Je m’étais isolé, mais je n’avais pas vraiment le choix. J’avais fait tout un processus de recherche de rééducation avec le club et je m’étais rendu compte que les possibilités étaient restreintes, voire nulles. Il a fallu que je me débrouille un peu seul. Ce coup-ci, ce fut différent. J’avais trouvé la bonne personne qui me suivait et m’accompagnait. Les étapes étaient plus simples à aborder avec quelqu’un de pro et compétent à côté.

Vous aviez été promu capitaine en début de saison, cela a dû être d’autant plus frustrant de devoir laisser vos coéquipiers.

L’année dernière, j’étais vraiment à part car j’étais dans la recherche de solutions. Là, j’ai commencé la saison avec le groupe avant d’être coupé en plein élan. J’étais aussi capitaine, c’était d’autant plus dur de sortir du groupe et de ne pas me battre avec eux. Que l’on le veuille ou non, quand on est blessé on est esseulé, la vie de groupe manque. Mais depuis que je suis revenu, j’ai l’impression que nous n’avons jamais eu une aussi bonne ambiance, on se régale.

Au-delà du plaisir, comment jugez-vous votre retour à la compétition ?

Les deux premiers matchs ont été compliqués, je suis passé de zéro minute de temps de jeu à 80. Forcément, c’est violent pour le corps. Le coach a fait ce choix et ça m’allait très bien de me plonger directement dans le vif du sujet. Même s’il y a eu 20 minutes de frigo avec les deux cartons (rires). Dans les secondes mi-temps j’ai explosé, mais là le rythme revient et je me retrouve. En touche, c’est vite revenu aussi. Il reste du travail, je n’ai pas encore récupéré le rythme sur 80 minutes, j’ai levé l’appréhension mais pas encore à 100 %. Il y a une partie mentale, mais pas seulement. Il y a les coordinations à trouver avec les collègues, enchaîner les performances athlétiques…

Pensez-vous à la Coupe du monde ?

Je ne peux pas être plus honnête que de dire que je pense à court terme, au match suivant. J’ai tout intérêt à procéder ainsi. À trop réfléchir, on risque de se perdre. J’ai assez douté ces derniers mois. C’est un régal d’être déjà là, j’ai juste envie de jouer. J’ai tellement de plaisir, je ne peux pas me projeter sur des choses plus lointaines. Je sais que ça peut s’arrêter à n’importe quel moment. Je profite encore plus, faut tirer du positif de tout ça. Je me régale et apprécie chaque moment en travaillant à bloc.

"J’étais aussi capitaine, c’était d’autant plus dur de sortir du groupe et de ne pas me battre avec eux. Que l’on le veuille ou non, quand on est blessé on est esseulé, la vie de groupe manque."

Midi Olympique
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