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Top 14

Reggiardo, le magicien du maintien

Après avoir sauvé Castres en 2015 puis maintenu Agen la saison dernière, Mauricio Reggiardo a récidivé pour la troisième fois, dans un contexte rendu encore plus difficile. Chapeau, l’artiste !

Le rugby français a déjà connu son "Mago ", Juan-Martin Hernandez. Reste qu’en matière de tour de passe-passe, l’entraîneur du SUALG Mauricio Reggiardo en a réalisé un autre, et des plus grands encore. Après la mission suicide réussie à Castres en 2015 puis le premier maintien d’Agen la saison dernière, le technicien argentin a récidivé, avec une masse salariale réduite de 600 000 euros par rapport à la saison dernière, de loin la plus petite du Top 14.

Probablement l’un des plus grands exploits de l’exercice 2018-2019, fut-il réalisé en coulisses… "C’était notre réalité financière, souriait Reggiardo quelques minutes après l’exploit des siens, dans les coulisses du Stade des Alpes. En tant que manager, mon travail était juste de m’y adapter. "

Par le biais de la formation d’abord, avec l’intégration des Laporte, Rubio, Jegerlehner, Burin, et on en passe… Mais aussi par un recrutement malin, fruit d’une connaissance hors-norme du marché, matérialisé par les arrivées des improbables Zafra, Motoc, ainsi que par une politique de prêts des plus judicieuses, sanctifiées à Grenoble par la nouvelle prestation trois étoiles de l’ouvreur Léo Berdeu. "Avec lui, on y est allé progressivement, glissait Reggiardo. Il a commencé par dix minutes contre Perpignan, avant de débuter contre Castres… Il a pu commettre des erreurs mais à chaque match, il a franchi un palier. "

Le "money-time " du championnat

À l’image du SUA, en somme, qui n’a jamais semblé aussi bon que dans ces matchs au couteau de fin de championnat, comme celui gagné à Pau l’an dernier dans le sillage d’un autre héros improbable, Thomas Vincent. "Ce n’est pas un hasard : cela fait une dizaine de journées que l’on parle de "money time du championnat ", expliquait Reggiardo. L’année dernière, il y avait la réception d’Oyonnax, le déplacement à Pau et la réception de Clermont. Cette saison, c’était la réception de Lyon, le déplacement à Grenoble et la réception de Castres. Quand les choses se passent comme tu les avais à peu près prévues, c’est un sentiment tout à fait particulier parce que jouer le maintien, ce n’est pas facile… Tous les lundis, il faut repartir, malgré sa frustration, sa colère parfois. Trouver les mots pour remobiliser tout le monde, et surtout y croire, encore et toujours, malgré tout. Alors, quand on y arrive, c’est assez spécial… "

"Notre facteur x, c’était notre esprit d’équipe "

Une émotion, toujours la même, et toujours différente malgré tout. "Tous les maintiens sont beaux. Avec Castres, c’était une aventure de quatre mois, très intense. La première fois avec Agen, il s’agissait de déjouer les pronostics. Là, il était question d’enchaîner un deuxième maintien, qui est souvent plus difficile, dans des conditions particulières. "

Avec une masse salariale réduite de 600 000 euros donc, et surtout malgré l’absence dans le "money time " de cadres comme Masilevu, Sadie, Tanga, Zafra, Ngaumo ou Montès. Pas le moindre des tours de magie du gourou Reggiardo, dont le secret n’est pas pourtant le mieux gardé.

"Vous savez, le rugby a évolué mais n’a pas tant changé. Cela reste une histoire d’hommes. Derrière chacun de mes joueurs, il y a une histoire et cette histoire, je pense la connaître. On m’a souvent dit cette saison que notre équipe manquait de facteurs X. Mais nous avions le plus important : celui de l’esprit d’équipe. C’était lui, notre facteur X, et celui-ci ne pouvait pas se blesser. Ce groupe de joueurs était fabuleux, et je veux le remercier, tout comme mon staff. Je remercie également mon président qui a mis deux, trois mois à digérer l’annonce de mon départ, mais m’a néanmoins permis de continuer à travailler dans de bonnes conditions. J’avais à cœur de quitter Agen dans les meilleures conditions possible et je suis ravi d’y parvenir en le laissant à sa place, en Top 14. " 

Avant une nouvelle aventure, à Castres, où il ne s’agira pas de parler de maintien… Ou pas. "J’ai trop de respect pour ce jeu et ce championnat pour ne pas craindre cette possibilité ", soufflait Reggiardo en guise de conclusion. Trop de respect également pour un adversaire vis-à-vis duquel, jusqu’au bout, l’Argentin conserva une attitude digne, tout en retenue. Juste la marque d’un grand.

ZANARDI Nicolas
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