• Cheslin Kolbe, le feu follet du Stade Toulousain
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Stade toulousain

Kolbe, à l’unanimité

Lassé des débats autour de son physique jugé trop frêle dans son pays, qui lui ont longtemps barré la route des Springboks, l’arrière ou ailier du Stade toulousain Cheslin Kolbe avait choisi de s’exiler en France en 2017. Depuis, en empilant les étincelles et les actions de classe, mais surtout en s’imposant comme le meilleur joueur du Top 14, le feu follet a mis tout le monde d’accord.

Trois jours avant le quart de finale de Champions Cup à disputer sur la pelouse du Racing 92, Ugo Mola évoquait Cheslin Kolbe en ces termes en conférence de presse : "Il est déterminant dès que le ballon passe par ses mains. Alors il faut faire en sorte qu’il y en ait le maximum." Voilà comment l’entraîneur principal du Stade toulousain préparait l’auditoire à la (petite) surprise qu’il avait concoctée pour sa composition d’équipe, en plaçant son lutin sud-africain à l’arrière et reléguant Thomas Ramos sur le banc. Il faut dire que, durant le Tournoi des 6 Nations et en l’absence de l’international français, Kolbe fut étincelant avec le numéro 15 dans le dos. Comment, de toute façon, pourrait-il en être autrement avec ce joueur hors normes ? Depuis plus d’un an et demi, et son arrivée en France, le Springbok s’est sûrement imposé comme le meilleur joueur du Top 14.

Un phénomène pour qui les superlatifs ne suffisent plus. Son fabuleux essai samedi dernier face à Pau, au bout d’une course en solitaire de 80 mètres et d’une double-accélération dévastatrice, a encore régalé le public d’Ernest-Wallon dont il est logiquement devenu la coqueluche. Tant par ses performances stratosphériques que par son style ultra spectaculaire. Mais, ce qui marque d’abord ses partenaires, c’est son efficacité. "Quand Cheslin est dans un jour pareil, surtout positionné à l’arrière, il nous fait beaucoup de bien, appréciait Yoann Huget après la rencontre. Il affectionne ce poste et nous place toujours dans l’avancée. On sait que, quand il est dans cet état-là, ça peut se décanter à tout moment, donc on reste en éveil pour le suivre. Toute l’équipe se met au diapason de ce joueur." À vrai dire, l’ensemble des Toulousains sont sous le charme du feu follet, lequel ajoute à sa palette rugbystique une sympathie contagieuse, comme son sourire et son enthousiasme. "C’est l’un des garçons les plus faciles à entraîner que j’ai connu, assure Mola. Tout lui va bien et je crois qu’il n’a pas raté une séance cette année." La grande classe.

"Humainement, il s’est vite fondu dans le groupe car il est gentil, respectueux et toujours à 100 %, confiait récemment Antoine Dupont. Puis c’est un joueur incroyable, capable d’inventer un truc à chaque match ou chaque entraînement. Tu te dis : "Non, il ne peut pas faire ça." Et hop, il le fait." Le propre du magicien, ce qui faisait dire à Maxime Médard en novembre dernier : "Quand on fait du "un contre un" lors d’une séance, personne ne veut se mettre en face de lui parce qu’il peut vite t’humilier. Il est tellement dur à attraper, imprévisible, presque impossible à lire. Il peut te passer sous les bras ou entre les jambes ! Tu ne sais jamais ce qu’il va te sortir." Et d’ajouter sur les premiers pas de Kolbe à Toulouse : "Je me souviens l'avoir vu débarquer à Ernest-Wallon, il avait posé une mine et un crochet, tout le monde avait compris ! C’est un talent pur. À chacune de ses prises de balle, il se passe quelque chose."

"L’antinomie du rugby qu’on nous a vendu"

Si Kolbe n’est pas forcément le chasseur d’essais que ses exceptionnelles qualités pourraient autoriser malgré des statistiques plus qu’honorables (7 essais en 20 matchs toutes compétitions confondues cette saison ; 10 en 24 matchs l’an passé), les chiffres peinent à traduire complètement son immense influence sur la symphonie stadiste. Si Kolbe n’est pas si souvent celui qui finit dans l’en-but adverse, c’est d’abord parce qu’il est fréquemment celui qui crée les brèches dont vont profiter ses coéquipiers. Pas un hasard si le Sud-Africain, médaillé de bronze à 7 aux JO de Rio, compte 2,2 franchissements de moyenne par match depuis l’entame de l’exercice en cours, si l’on prend en compte Top 14 et Champions Cup. Un total presque ahurissant. Aussi, son sens inné du collectif, autant que sa vision du jeu et sa maîtrise technique, lui permettent de constamment effectuer les bons choix et servir les siens. Il est ainsi régulièrement à la dernière ou avant-dernière passe, ce qui n’a pas de prix pour le staff toulousain. 

"C’est un joueur hyper complet et talentueux, se réjouissait Régis Sonnes après un succès étriqué contre Montpellier, au cours duquel Kolbe avait brillé en trouvant des touches dantesques. C’est génial d’avoir un mec pareil dans l’effectif, qui peut vous débloquer des situations offensives ou vous sortir des coups de pied pareils." Lui sait tout faire et semble ne présenter aucun point faible, ni aucune limite. En plus d’aider ce sport à entrer dans une nouvelle dimension. "Cheslin, c’est l’antinomie du rugby qu’on nous a vendu pendant des années, admire Mola. Il mesure 1,71 m et pèse 75 kg tout mouillé mais il a une telle capacité à gagner ses duels, à franchir et à être un redoutable défenseur, ce qu’on a tendance à oublier. Il ne laisse personne indifférent et c’est une merveilleuse nouvelle pour le rugby international et français, un exemple à montrer dans les écoles." 

Parce qu’il parvient à dominer tous les samedis ou dimanches des adversaires à qui il rend 20 cm et 30 kg. Pour la petite histoire, le même Mola et Pierre-Henry Broncan, alors en charge du recrutement au Stade toulousain, avaient dû insister il y a deux ans auprès de certains de leurs dirigeants, sceptiques sur la faculté de Kolbe à rivaliser dans le championnat français vu son gabarit, pour obtenir sa signature. Ceci alors que l’intéressé avait justement pris la décision de quitter son pays natal, lassé des éternels débats sur son physique, lequel lui barrait la route de l’équipe nationale.

"Peu importe que tu mesures 1,50 m ou pèses 50 kg..."

Fin septembre 2017, quelques semaines à peine après avoir débarqué dans l’Hexagone, Cheslin Kolbe - dont la foi est inébranlable, ce qui explique pourquoi il porte ses yeux vers le ciel et rassemble ses mains pour prier après chaque essai - avait accordé son premier entretien français à Midi Olympique. L’occasion de revenir sur la souffrance qui était la sienne, celle de ne pouvoir enfiler la tunique verte et or pour des raisons qui lui échappaient. "Être Springbok, c’est mon rêve, avouait-il alors. Je ne sais pas pourquoi je n’ai jamais eu l’opportunité de représenter mon pays." Même si, au fond, il en avait conscience. Lui qui avait entendu mille fois qu’il n’était « pas assez grand pour le haut niveau", là où le physique est roi. 

"Je ne dirais pas vraiment que toutes ces discussions me fatiguent mais, au contraire, elles m’ont motivé, affirmait-il. Je ne les ai pas écoutées et j’ai toujours plus travaillé que les autres. Peu importe que tu mesures 1,50 m ou que tu pèses 50 kg… En match, nous sommes tous des êtres humains, entre les quatre mêmes lignes blanches. Dans la vie, ce n’est pas une question de taille ou de poids mais de cœur, d’esprit et d’attitude. Il y a toujours un moyen de démontrer cette leçon. Le mien, c’est le terrain." Là où il s’exprime le mieux, là où il défie et terrasse les préjugés. Mais Kolbe avait pourtant fini par voir l’exil comme un échappatoire inévitable. Le déclic ? Il est survenu lors du dernier des trois camps d’entraînement auquel il avait participé avant de s’engager à Toulouse. Alistair Coetzee, alors boss des Boks, lui avait balancé : "Pourquoi tu ne deviens pas demi de mêlée ?" Kolbe abasourdi : "J’étais assis là, devant lui, et j’ai répondu : "Je suis arrivé dans ce monde en jouant arrière et ailier. Pourquoi devrais-je changer maintenant ?" Ce fut mon dernier stage." 

L’anomalie fut finalement réparée fin août 2018 quand, à force que ses étincelles en Top 14 fassent régulièrement le tour de la planète, Kolbe a été appelé pour le Rugby Championship par Rassie Erasmus, le nouveau sélectionneur sud-africain. Depuis, Kolbe n’a plus quitté ses plans et devrait vivre l’aventure de la Coupe du monde au Japon. Une évidence, comme sa prolongation à Toulouse, actée en novembre, jusqu’en 2023 : "Ici, l’accueil que nous avons reçu, ma famille et moi, de la part du staff, du président ou des autres joueurs a été réellement extraordinaire. Je crois que cela m’a permis d’atteindre mon meilleur niveau sous ce maillot auquel je suis très attaché. Cette nouvelle signature s’est imposée, d’abord car je me retrouve dans le rugby proposé à Toulouse. Notre groupe est encore jeune, il y a beaucoup de succès à aller chercher, et je veux continuer à faire partie de cette aventure pendant des années." Lui qui en sera encore, et à coup sûr, la plus belle attraction.   

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