• Henri Fourès était un homme fort du Stade toulousain et du XV de France (photo de gauche) après avoir un héros de la résistance au cours de la Seconde guerre mondiale (photo en haut à droite). Il fut aussi l’un des bras droit de Jacques Fouroux quand ce dernier était sélectionneur des Bleus (à la droite de Jacques Fouroux sur la photo du bas). Photos DR
    Henri Fourès était un homme fort du Stade toulousain et du XV de France (photo de gauche) après avoir un héros de la résistance au cours de la Seconde guerre mondiale (photo en haut à droite). Il fut aussi l’un des bras droit de Jacques Fouroux quand ce dernier était sélectionneur des Bleus (à la droite de Jacques Fouroux sur la photo du bas). Photos DR
  • Le soldat
    Le soldat
  • Le soldat
    Le soldat
Publié le / Modifié le
Portraits

Le soldat

La "conscience" du Stade toulousain s’en est allée, à 93 ans. Pour nous, il était un homme à triple visage. Explications.

C’est la partie la plus romanesque de son existence. Henri Fourès à l’âge de 19-20 ans avait participé à la campagne qui a libéré la France au sein des Forces Françaises Libres. Il n’a pas débarqué en Normandie, mais à Sainte-Maxime dans le Var, dans l’armée du Maréchal de Lattre de Tassigny. Il avait fui Portet-sur-Garonne trois ans plus tôt pour échapper au STO, avant de se retrouver en Espagne emprisonné à Bilbao puis transféré au Maroc avant de se retrouver en Algérie où le Général de Gaulle en personne le passa en revue. Entre l’été 44 et le printemps 45, il est remonté de la Côte d’Azur à l’Alsace pour libérer son pays occupé : une odyssée à la fois magnifique et dangereuse qui l’a entraîné jusqu’en Allemagne : "J’ai quand même libéré Dachau, et je suis allé à Sigmaringen pour arrêter Pétain. Je l’ai vu de près lui aussi." Son commando comptait 65 personnes au début, à la fin, ils n’étaient plus que douze. Sa mission principale consistait à déminer des ponts, ça se passe de commentaires… Il nous avait parlé de cette campagne en 2014 en refusant d’entrer dans certains détails, des affrontements directs, au corps à corps qui l’avaient marqué. À 20 ans, il avait déjà vécu des choses phénoménales dont il ne parlait pas avec ses coéquipiers. C’était trop énorme… J. P.

Il avait toujours l’apparence d’un vieux sage, les yeux plissés, plutôt économe de ses mots, en public en tout cas. Il était l’archétype de l’homme de l’ombre, puissant en coulisse, mais assez peu connu du grand public. Henri Fourès vient donc de s’éteindre à 93 ans, en laissant une trace énorme au Stade toulousain d’abord, mais pas que…. Il avait été boucher, puis négociant en viande, maquignon en fait ! Il habitait dans une jolie maison dans la campagne à Labastidette, près de Muret. À la fin, il était dans un fauteuil mais ses mots étaient clairs comme de l’eau de roche. On n’oubliera pas les gestes amicaux d’une douceur inattendue qu’il nous fit avec son épouse par la fenêtre alors qu’on prenait congé de lui après avoir parlé de ses années de guerre. J. P.Le soldat

C’est la partie la plus romanesque de son existence. Henri Fourès à l’âge de 19-20 ans avait participé à la campagne qui a libéré la France au sein des Forces Françaises Libres. Il n’a pas débarqué en Normandie, mais à Sainte-Maxime dans le Var, dans l’armée du Maréchal de Lattre de Tassigny. Il avait fui Portet-sur-Garonne trois ans plus tôt pour échapper au STO, avant de se retrouver en Espagne emprisonné à Bilbao puis transféré au Maroc avant de se retrouver en Algérie où le Général de Gaulle en personne le passa en revue. Entre l’été 44 et le printemps 45, il est remonté de la Côte d’Azur à l’Alsace pour libérer son pays occupé : une odyssée à la fois magnifique et dangereuse qui l’a entraîné jusqu’en Allemagne : "J’ai quand même libéré Dachau, et je suis allé à Sigmaringen pour arrêter Pétain. Je l’ai vu de près lui aussi." Son commando comptait 65 personnes au début, à la fin, ils n’étaient plus que douze. Sa mission principale consistait à déminer des ponts, ça se passe de commentaires… Il nous avait parlé de cette campagne en 2014 en refusant d’entrer dans certains détails, des affrontements directs, au corps à corps qui l’avaient marqué. À 20 ans, il avait déjà vécu des choses phénoménales dont il ne parlait pas avec ses coéquipiers. C’était trop énorme… J. P.Le Stade toulousain

Henri Fourès fut l’homme d’un club, le Stade toulousain. Il en était la conscience, car il présidait la fameuse association des "Amis du Stade" qui fonctionnait par cooptation. Elle possédait les installations du club (rugby et tennis). Il avait aussi fondé une académie, instance très symbolique moralement. Henri Fourès avait donné une nouvelle impulsion au club à la fin des tristes années soixante. Il fut président de 1966 à 1973 puis négocia le virage décisif de la construction du stade des Sept Deniers en 1983. Il était consulté à tous les moments stratégiques. Didier Lacroix se souvient : "Il parlait aussi des affaires sportives, mais toujours dans l’intimité, en faisant attention à qui pouvait l’entendre. C’était un guide, un sage, un homme conservateur à la base, attaché à la propriété et soucieux de l’avenir et des réserves à garder. Mais il était aussi d’une modernité époustouflante. Je me souviens de ses idées récentes sur la rénovation de notre enceinte, détaille Didier Lacroix. Son credo, c’était la transmission. De quoi j’ai hérité, qu’est-ce que je vais transmettre aux générations futures. Mon émotion, c’est de l’avoir vu assister à nos derniers succès." J. P.Le XV de France

Henri Fourès, ce fut d’abord un joueur, évidemment, un deuxième ligne solide qui fut quatre fois sélectionné chez les Bleus. Sa carrière correspondit exactement au tournoi 1951, il participa donc à la première victoire de l’Histoire à Twickenham sous le capitanat de Guy Basquet. Il formait un attelage avec Lucien Mias en personne. Il retrouva les Bleus plus tard, président du comité de sélection, mais surtout dans le staff aux côtés de Jacques Fouroux avec qui il vécut le Mondial 1987. "Il a inventé la fonction de manager du XV de France. Il est le premier à avoir laissé un document où tout était noté, il faisait le bilan et l’historique pour ses successeurs, explique Henri Gatineau, ex-rédacteur en chef de Midi Olympique. Il était la conscience de Jacques Fouroux pour les affaires sportives et pour les affaires tout court. Il était en quelque sorte, son temporisateur. C’est quand il ne l’a plus écouté, qu’il est sorti du cadre et qu’il a eu des problèmes."

Henri Nayrou, autre ex-rédacteur en chef de Midi Olympique ajoute : "À cette époque, il n’était pas très facile d’abord. Il pouvait être revêche avant de s’adoucir. Je n’oublierai jamais sa lucidité. Entre la demi-finale gagnée à Sydney et la finale perdue à Auckland, il m’avait prédit ce qui allait se passer en évoquant notre "esprit français éternel." Il était de la génération Ferrasse-Basquet. Il ne faut pas oublier que Rives capitaine du XV de France, ça venait de lui. En 1978, personne ne pensait que ça marcherait. Il était vieille France : le patriotisme, l’écusson, les valeurs. Il avait une façon très personnelle de parler par ellipses. À Toulouse, son sens de la continuité m’a beaucoup marqué." J. P.

Réagir