• Tout un symbole. Le capitaine des Saracens Brad Barritt, élu joueur du match, soulève la troisième grande Coupe d’Europe des Anglais.
    Tout un symbole. Le capitaine des Saracens Brad Barritt, élu joueur du match, soulève la troisième grande Coupe d’Europe des Anglais. Icon Sport / Icon Sport
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Champions Cup

La reine des batailles

Les Saracens ont conquis leur troisième titre au terme d’un match d’une folle intensité. Pendant une heure, les deux équipes se sont rendues coup pour coup, et Vunipola porta l’estocade.

"Encore cinq minutes, Monsieur l’arbitre !" Nous aurions bien volontiers imploré M. Garcès de faire jouer comme au bon vieux temps d’interminables arrêts de jeu. Parce que des sommets européens comme ça, on les classerait volontiers au patrimoine mondial de l’Unesco. Cette finale Saracens-Leinster fut un vrai chef-d’œuvre, une débauche d’intensité sans précédent. Un vrai combat de boxe où les deux adversaires se sont rendus coup pour coup, temps forts contre temps forts, avec chacun sa démonstration de séances défensives impitoyables.


Chaque espace trouvé valait de l’or, en force ou en finesse… Jamais un match de clubs ne s’était autant rapproché d’un test-match international. Les Saracens ont fini par s’imposer, pour la troisième fois de leur histoire en étouffant le Leinster, un peu comme un boa constrictor, en les enfermant dans leur propre camp. Mais personne n’aurait pu prédire cet épilogue avant l’heure de jeu, puis on a senti petit à petit les Irlandais perdre de leur superbe. On les avait quittés sur une note si brillante contre Toulouse, et ont les a longtemps crus capable de se redresser, mais le harcèlement des Londoniens avait quelque chose de diabolique, à l’image de Maro Itoje que nous avons suivi du regard sur plusieurs points de rencontre. La pression qu’il met sur ses opposants avec ses bras tentaculaires est un spectacle en soi. Il aurait pu être un héros malheureux puisqu’il reçut un carton jaune pour fautes répétées (30e). Dans la foulée, le Leinster marqua en force. "Ce carton jaune devait faire partie de notre plan de jeu parce qu’ironiquement, l’équipe s’est mise à très bien jouer quand je n’étais plus là… Disons qu’au pied du mur, nous avons montré notre caractère…" confia le troisième ligne. Ceci dit, il était de retour quand les Saracens ont égalisé juste avant la pause : un essai assez construit, vrai sommet de maîtrise qui conjugua la puissance de Barritt au cœur, la patience collective près de la ligne et la vista de Farrell qui comprit qu’il fallait volleyer son dernier service pour Maitland. "Cet essai fut le tournant de la rencontre évidemment… Il a changé le momentum de ce match. Nous nous étions dit des choses après l’essai de Furlong, particulièrement Owen Farrell…" analysait Brad Barritt, le capitaine de 32 ans, sacré homme du match.

Le tracteur Vunipola

Les Saracens ont gagné contre les coups du sort : un 0-10 à rattraper puis la blessure à la demi-heure de ses deux piliers Titi Lamositele et Mako Vunipola. Obligés de sortir sans plus attendre, ils auront mis en lumière Vincent Koch et le plus méconnu Richard Barrington, "un gars très important sur et en dehors du terrain" diagnostiqua Mark McCall. Vierge de toute sélection, le pilier réserviste s’est forgé en cinq ans de Saracens, l’image d’un joyeux drille, meneur de chants de victoire. Il nous le confirma en zone mixte en fredonnant "Another one bites the dust" de Queen sans se faire prier, au micro du podcast de Jim Hamilton. Bien vu, Richie, oui, une autre équipe a mordu la poussière devant ce commando des Saracens où tout le monde se met tout de suite au diapason. Du plus humble serviteur au phénix le plus en vue comme Billy Vunipola, capable de marquer en solo derrière une mêlée, seul contre quatre : "J’ai tout donné et je me suis fait mal à l’épaule, c’est vrai. Elle est tout endolorie. Mais je suis sans doute un gars un peu douillet…" souriait le numéro 8 du XV de la Rose. Ironie du sort, son essai fait aussi suite au carton jaune de Fardy.

Les Saracens ne sont pas toujours populaires en Angleterre, on les accuse de contourner avec cynisme les règles du plafond salarial. Mais on n’enlèvera pas à Nigel Wray, le patron et à Mark McCall, le technicien le mérite d’avoir bâti un collectif si dense et si performant, capable de surmonter les ponctions des équipes nationales. Un spécialiste à l’œil de technicien nous avait alertés dès l’échauffement, pointant la précision des "ateliers" si pointus et précis des Anglais. Dans le feu de l’action, notre sensibilité a surtout retenu deux moments clés, en début de seconde période alors que le Leinster jetait toutes ses forces à l’assaut des remparts rouges et noirs. On vit Kruis gratter un ballon sous ses poteaux dans la fournaise, puis Liam Williams monter en pointe sur l’épaule extérieure de son vis-à-vis servi en bout de ligne. Un geste "total", mélange de technique et de courage, du rugby pur quoi ! L’apogée d’un après-midi de légende.

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