• Les Bayonnais d’Abdellatif Boutaty ont passé l’écueil neversois. Ils sont toujours en course pour retrouver le Top 14.
    Les Bayonnais d’Abdellatif Boutaty ont passé l’écueil neversois. Ils sont toujours en course pour retrouver le Top 14. Pablo Ordas -
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Reportages

Barrage sans retenues !

Les phases finales ont leur vérité. Différentes de la phase préliminaire. Nevers a retrouvé son niveau, Bayonne a confirmé son parcours. Affluence en baisse, introduction de la vidéo, bien des curiosités !

"Lors des phases finales, les compteurs sont remis à zéro !" Combien de fois n’a-t-on pas entendu ce poncif ? Qui s’est avéré toutefois tellement juste au regard de ce match qui inaugurait la phase finale du Pro D2. Et qui a mis également en relief ses particularités. Un match totalement en décalage de la phase préliminaire. Un match à part, et à plusieurs titres.

Sur le plan purement sportif, en premier lieu. Nevers, après deux mois de disette "où l’on ne savait plus rien faire", dixit Xavier Péméja, a retrouvé tout son allant. Nevers est redevenu cette équipe forte que toute la division craignait, avec ses avants conquérants, combatifs, organisés ; ses trois-quarts ravageurs toujours enclins à avaler les espaces. Au point qu’à treize contre quinze, à contre-courant, faisant fi de la gestion du jeu, elle marquait un essai en créant… le surnombre. En bout de ligne, Josaia Raisuqe, meilleur marqueur du championnat portait son total d’essais à quinze. Lui qui ne s’était plus retrouvé dans un en-but depuis février. Toute une période soudain effacée, des doutes dissipés, le temps d’un barrage. "Le soleil est revenu, confirmait le manager. Les doutes se sont effacés mardi et mercredi à l’entraînement. Je me suis dit, tiens c’est bizarre, tout le monde est revenu. La communication s’est rétablie, positive. On a joué en nocturne, quand même…".

Si Nevers découvrait les phases finales et un monde différent, Bayonne en est un habitué. Et pourtant, pour les Basques aussi, rien à voir avec la phase éliminatoire disputée il y a deux ans, quand ils avaient rejoint le Top 14, avec une finale d’accession remportée aux dépens d’Aurillac, après une demi-finale bien gérée à domicile face à Colomiers. Vincent Etcheto, qui prenait place pour la dernière fois au bord du terrain de Jean-Dauger, ne faisait aucun rapprochement avec cette fabuleuse aventure. "D’abord, les hommes ne sont plus les mêmes, précisait-il avant la rencontre. Je n’ai pas la même fonction. Et, franchement, je n’ai aucune nostalgie. L’important est le moment passé sur la pelouse. Et puis, pour moi, la phase finale, c’est l’après-midi, avec du soleil !" Du vrai. Qui baigne les visages, qui embaume les travées. Qui donne une atmosphère.

Péméja, "chouchou" de Jean-Dauger

Ce samedi, justement, cette effervescence, piment de la phase finale, semblait s’être diluée. Malgré les efforts singuliers de l’organisation bayonnaise, des associations de supporters. Indication palpable de ce ressenti, ils n’étaient que dix mille à Jean-Dauger. Un stade rempli aux deux-tiers, à peine mille spectateurs de plus que la moyenne de la saison. Une énigme même si on peut en chercher des explications. Les abonnés doivent payer leur place pour la phase finale; un rendez-vous festif, le "pintxo eguna" (journée des tapas), était organisé en ville, avec des écrans télés dans les lieux dédiés. Malgré tout, cette surprenante désaffection n’a surtout pas entamé l’appétit des supporters bayonnais toujours aussi enthousiastes. Les vrais étaient certainement là, pour cette fête retrouvée après deux saisons en berne. Témoin, l’hymne vibrant et spontané de la "Pena Baiona" repris juste avant la pause, ce soutien aux siens, et cet hommage rendu aux adversaires, l’équipe d’un chouchou de Jean-Dauger, Xavier Péméja, qui avait marqué l’histoire du club basque avec son compère Jean-François Beltran. Hugo Fabrègue pouvait y trouver un petit apaisement. "Pour ma part, ça a été un bonheur de jouer dans ce stade mythique." Relayé aussitôt par Julien Kazubek : "Les bayonnais ont un public sincèrement fantastique. On a fait un tour d’honneur et ils ont tous crié Nevers, Nevers. Il n’y a pas beaucoup de clubs qui peuvent le faire."

La vidéo en Pro D2, une réussite

Enfin, la grande particularité de cette phase finale a été l’introduction de la vidéo dans l’arbitrage. Une révolution. Plébiscitée par les joueurs et les entraîneurs. Sitôt évoquée par les acteurs en conférence de presse. "On a été punis par la vidéo, reprenait Hugo Fabrègue. C’est le haut niveau !" Les deux entraîneurs, gagnant ou perdant, parlaient d’une seule voix. Xavier Péméja, d’abord, en toute sportivité. Sans amertume. "Pour mon apprentissage, j’ai chargé… Le premier essai, personne ne l’aurait accordé sans la vidéo. Il est valable. Le carton rouge, personne ne l’aurait vu. Il y est. Le hors jeu, sur l’essai de Muscarditz, personne ne l’aurait vu non plus. La vidéo permet de ne pas râler. Moi, je ne râle pas. Sans vidéo, Yannick (Bru), s’il perd le match et qu’il revoit les actions, il a envie de tuer tout le monde. C’est normal. Et c’est souvent que, dans le quotidien du Pro D2, on est confronté à ce genre de situation. C’est vraiment terrible. Je suis puni par la vidéo mais je reste un pro vidéo en Pro D2." Même analyse des actions pour Yannick Bru, lui aussi apôtre du dispositif dans la division. "Elle change complètement l’issue d’un match. Dans l’ère professionnelle, pour le bien général du Pro D2, on ne peut plus tolérer qu’il n’y en ait pas davantage."

Alors si ce barrage n’en a été nullement un pour l’usage de la vidéo, il a aussi renforcé une vérité du championnat. En échouant de justesse au pied du mur bayonnais, les Nivernais, malgré leur baisse de régime constatée en fin d’exercice, ont montré, s’il le fallait, que ce championnat reste très serré. Et toujours aussi haletant !

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