• Jacques Brunel, sélectionneur du XV de France
    Jacques Brunel, sélectionneur du XV de France Icon Sport -
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Edito

Voix compte triple

L'édito de Léo Faure... L’horloge tourne, course folle vers un Mondial qui file la frousse : samedi matin quand les aiguilles s’aligneront sur 11 h 20, nous serons très exactement à 1 mois de l’annonce de la liste de Jacques Brunel, toujours sélectionneur d’une équipe à la dérive, toujours patron d’un staff qui n’est plus vraiment le sien. 31 jours pour une liste de 31 joueurs et seulement cinq matchs, désormais, pour prouver sa valeur. Ça, c’est dans le meilleur des cas, pour ceux qui iront jusqu’en finale du Top 14. Les moins veinards, eux, stopperont leur saison dans dix jours, au terme de la 26e et dernière journée de la phase régulière. Pour eux, il n’y aura alors plus qu’à prier.

Qu’est-ce qui peut encore faire pencher la balance ? La grande inconnue, c’est évidemment le poids que prendra Fabien Galthié dans la constitution de la liste de 31. « Cette affaire, je crois que ça ne sent pas bon pour moi. Gatlhié, je ne le connais pas mais de ce que j’en sais, il ne m’aime pas trop. Quand il commentait les matchs des Bleus, il paraît qu’il me défonçait. Si c’est lui qui décide, je crois que je ne vais jamais voir le Japon » confiait, par exemple, un joueur encore en balance pour le Mondial. Non, ce n’est pas Geoffrey Doumayrou, dont l’inimitié avec Galthié est de notoriété publique. Mais la question les anime tous, sans exception. Elle les ronge, pour certains. Que va changer Galthié dans les méthodes d’entraînement et de jeu mais, surtout, peut-il rebattre les cartes d’une hiérarchie déjà fragile ?

Une chose est sûre : sa voix comptera triple. Elle vaudra comme actuel adjoint de Brunel, au même titre que Jean-Baptiste Elissalde, Sébastien Bruno ou Julien Bonnaire. Elle vaudra comme homme du président, choisi et imposé par Bernard Laporte quand Brunel, contraint, n’a eu qu’à donner une approbation grimaçante avant de clamer : « Galthié, c’est mon choix. » La voix de Galthié, enfin, vaudra par sa qualité de futur patron déjà désigné. Celui que les joueurs voudront impressionner, au moins autant que Brunel.

La construction, factuellement, est déjà bancale. Alors, pour lui donner un brin de stabilité, Galthié se tait, depuis dix jours et l’officialisation de son arrivée immédiate en Bleu. Brunel, lui, parle enfin et beaucoup, offensif, déterminé à réaffirmer sa mainmise. Mais les faits, têtus, donnent peu d’écho à sa tirade autoritaire.

Reste que cette liste, il faudra bien la pondre. En construisant sur nos maigres certitudes ou en rasant tout, pour tenter un coup de poker à Tokyo ? À ce sujet, nous avons interrogé quatre anciens internationaux dont un ancien sélectionneur. Forcément, les avis divergent. Mais finalement pas tant que ça.

De leur liste respective, il se dégage une envie de stabilité. Peu ou pas de révolution. Aucun des joueurs « surprises », tous ceux vierges de sélection dans la liste des 65, ne doit s’envoler pour le Japon. Les absents de longue date doivent aussi le rester. Ensuite, parmi les habitués de la maison bleue, chacun arbitre au cas par cas.

Le voilà, le fond du problème. Les arbitrages se font selon des critères éminemment personnels : sa philosophie de jeu, le poste occupé quand on jouait et qui définit, déjà, son prisme d’appréhension du rugby. Son expérience, personnelle et diverse. Son âge, son tropisme régional, ses amitiés, tout ce qui, inconsciemment, influe sur le rapport à l’autre. Si personnels, tous ces critères rendent les opinions diverses. Ils le seront, au sein du staff bleu, au moment de décider de la liste finale. Pour acter un choix, il faudra un chef. Le problème, c’est qu’on ne sait plus vraiment de qui il s’agit.

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