•  Les Rouennais de Bastien Cazale-Debat, malgré la défaite en demi-finale aller de trophée Jean-Prat face à Albi, sont aux portes du Pro D2 et redéssinent la géographie du rugby professionnel.
    Les Rouennais de Bastien Cazale-Debat, malgré la défaite en demi-finale aller de trophée Jean-Prat face à Albi, sont aux portes du Pro D2 et redéssinent la géographie du rugby professionnel. LA DEPECHE DU MIDI / Émilie Cayre -
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Être excentré ne présente pas que des inconvénients

Est-ce si dur d’être un club excentré ? Peut-être, mais Vannes et Rouen y voient aussi une chance. Explications !

Les clubs excentrés n’ont pas toujours la partie facile. L’isolement se paye parfois très cher. Mais vivre dans un désert rugbystique a aussi ses avantages, par comparaison aux vieux fiefs. À Rouen, le président Jean-Louis Louvel précise tout de suite : "Dans le Sud-Ouest, une région que je connais bien, il y a des bons clubs tous les trente kilomètres. Par comparaison, nous devons nous déplacer beaucoup plus. Cette année, en Fédérale 1, mes déplacements les plus proches, c’était Suresnes, Nantes et Rennes, je vous laisse imaginer. Et si Rouen monte, ce sera pire puisque je vais passer d’une poule de douze à un championnat à seize. Autant de lointains déplacements, ça pèse en termes de coûts et de logistique." Autre inconvénient reconnu par le boss normand, le réservoir : "Dans le Sud-Ouest, il y a un terreau de bons joueurs que nous n’avons pas…".

Mais Jean-Louis Louvel sait dans quel domaine son RNR peut faire la différence. "Nous sommes la région la plus industrielle de France." Il suffit d’aller traîner ses guêtres sur les bords de la Seine pour s’en rendre compte. Avec la pétrochimie, l’aéronautique, l’agroalimentaire, le département 76 est riche en cheminées d’usine. En cas de montée en Pro D2, le club trouverait matière à gonfler son budget, actuellement de 4, 8 millions d’euros. PGS, la société du patron y contribue pour beaucoup, il le reconnaît : "Mais il y a aussi AFA, une société très dynamique de Yvetot, plus une série d’entreprises de taille intermédiaire et même des artisans et des commerçants qui nous donnent mille euros. On nous dit que les grosses usines du coin n’ont pas toujours leur centre de décision dans la région. C’est vrai. Mais la tendance pour les grands groupes, c’est de donner beaucoup d’autonomie à leurs filiales locales."

Les Rouennais n’hésitent pas à se mettre en scène comme des petits frères des Vannetais. Leur but, c’est bien sûr de devenir le club d’une région de plus en plus formatrice. "Nous n’avons pas de rivalité avec nos voisins. Au contraire, nous allons à leur rencontre via des partenariats. Nous sommes très heureux de voir Le Havre en Fédérale 2." Reste la concurrence des autres sports, le Hockey sur Glace (Rouen est au sommet français, mais l’audience du sport en soi reste limitée) et le football (l’agglomération à deux clubs ambitieux, le FC Rouen historique et le QRM). Le président assure : "Nous ne voulons pas casser le projet des autres. J’y fais très attention."

Un marché neuf dont on ne connaît pas les limites

Du côté des Vannetais, en Pro D2 depuis trois ans, les structures sont évidemment davantage rodées. À vrai dire, vu du Morbihan, les inconvénients du club exilé ne sautent plus vraiment aux yeux, même si, c’est vrai, le terreau des jeunes est encore loin de celui de Midi-Pyrénées ou d’Armagnac-Bigorre.

Le club en est désormais à 7 millions de budget, dont plus de 3 millions viennent des sponsors privés. Le rugby est clairement le sport phare de la cité depuis que le club de foot a dégringolé (après avoir joué en Ligue 2 et fait une finale de Coupe de la Ligue en 2009, le VOC est en National 2). "Nous avons une quinzaine de partenaires majeurs, qui nous donnent entre 20 et 30 000 euros," explique Hervé Bouriot, vice-président du club affecté au commerce. Le club peut compter en tout sur 330 partenaires. Le fait d’être le seul club de haut niveau dans une vaste zone, il le vit clairement comme un avantage. "Nous sommes jeunes et frais. Nous avons le sentiment d’être devant une page blanche, un marché dont on ne connaît pas les limites. Nous voulons évidemment sortir du bassin vannetais stricto sensu". Sans doute que le rugby a ses spécificités pour séduire. "Oui, il y a des clubs de foot de bon niveau en Bretagne. Mais nous jouons sur la carte de la nouveauté. On se dit que certaines sociétés régionales qui veulent se faire connaître seront intéressées par notre aventure qui amène quelque chose de neuf."

La carte du rugby professionnel en France lors de la saison 2005-2006 vs 2018-2019
La carte du rugby professionnel en France lors de la saison 2005-2006 vs 2018-2019 - Midi Olympique

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