• Yann David a sans doute livré son meilleur match de la saison, samedi à Armandie. Il sera un des éléments clés de la fin d’exercice castrais.
    Yann David a sans doute livré son meilleur match de la saison, samedi à Armandie. Il sera un des éléments clés de la fin d’exercice castrais. Icon Sport / Icon Sport
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David, ce Goliath

Dans le sillage d’un pack dominant et d’une charnière qui a retrouvé de la fluidité, le centre international du CO, Yann David a signé un match fracassant. Une juste récompense pour celui qui a connu un début de saison galère.

Un beau soleil printanier irradiait Armandie, et donnait à ce premier match de la 25e journée de Top 14 des allures de rencontre de phase finale. Mais au loin, d’énormes nuages noirs menaçaient de gâcher la fête. Auguraient-ils de mauvaises nouvelles pour les Castrais ? Un match d’anthologie de la part de leurs adversaires, à qui il manquait encore un point pour assurer leur maintien ? Un triplé de Lamoulie, meilleur marqueur agenais sur le terrain au coup d’envoi ? Une nouvelle défaite face à ce SUA qui, depuis quelque temps, joue les trouble-fêtes dans les saisons castraises ? Probable… Mais les Castrais s’en foutaient comme de leur première chemise. Pourquoi ? Parce qu’ils débarquaient à Armandie avec une sérénité et une confiance à toute épreuve. "Le stage à Saint-Lary nous a fait du bien, posait le flanker Baptiste Delaporte. Nous avons pu évacuer toute la frustration accumulée après nos deux défaites à domicile. Nous avons compris que nous avions fait un bon match contre Toulouse, mais cette défaite nous a laissé K.-O. debout. Et on l’a payé en suivant contre Montpellier. Maintenant, c’est du passé. La page est tournée." L’air des Pyrénées a eu un effet bénéfique sur les Castrais. Pour couronner le tout, ils avaient encore choisi de partir trois jours pour préparer au mieux ce déplacement capital : "C’est vrai que nous passons beaucoup de temps entre nous en ce moment, reconnaissait Delaporte, mais cela ne gêne personne parce que l’on passe de bons moments ensemble. Et puis nous avions longuement parlé du contexte du match dans la semaine. Aujourd’hui, j’ai vraiment le sentiment que nous l’avons gagné dans sa préparation."

Compte tenu de son lourd contexte, ce match à Agen aurait pu virer au combat de rue. Il n’en fut rien. Les Castrais étaient sûrs de leurs forces et ont su garder la tête froide jusqu’au bout, malgré une petite frayeur en fin de rencontre. Si bien qu’il n’y eut pas vraiment de bagarre, tant les Tarnais ont dominé cette partie. Plus puissants, plus tranchants et mieux organisés, les hommes de Mathieu Babillot auraient, une fois encore, terminer la rencontre avec un écart bien plus conséquent s’ils n’avaient pas fait preuve de maladresse près des zones de marque. Mais l’essentiel est là : la victoire.

David : "J’ai flippé"

Et les Castrais doivent en partie celle-ci à leur puissance. Devant, les Hounkpatin, Babillot, et Vaipulu ont pesé de tout leur poids sur la rencontre, usant la défense agenaise qui fut ensuite débordée par d’autres avants plus vifs tels que Rallier ou Jacquet. Derrière, le cauchemar des Agenais se nomma Yann David. Souvent utilisée pour créer des points de fixation ou prolonger des mouvements lancés derrière la mêlée castraise par Vaipulu relayé par Kockott, la recrue castraise a certainement signé le meilleur match de sa saison : "Yann, c’est un roc. Il vaut mieux l’avoir dans son équipe qu’en face, je vous l’assure. C’est quelqu’un de timide, qui ne s’implique pas beaucoup dans l’aspect stratégique, mais sur le terrain, il fait beaucoup plus que le boulot", souriait le deuxième ligne Loïc Jacquet. Des performances qui viennent enfin récompenser les efforts de l’ex-Toulousain, dont le début de saison a été gâché par les blessures : "J’ai vraiment connu un début d’exercice galère", nous confiait l’intéressé. "Au premier match, on me plonge dans les genoux et je me fais une entorse. Je reviens sept journées plus tard, et je me reblesse sur ma première action après être entré en jeu. J’ai aussi fait l’erreur de vouloir revenir trop vite. Deux fois. J’ai eu tort, mais c’était délicat. J’arrivais dans un nouveau club, j’avais envie de prouver, de trouver ma place. En plus, il fallait que je me fasse celle-ci car le groupe était très stable et tout juste sacré champion de France. J’ai flippé, j’ai voulu aller trop vite et je l’ai payé." Depuis le milieu du mois de février, le centre aux quatre sélections est enfin débarrassé de ses problèmes : "Tout au long de ma carrière, j’ai connu des blessures. Mais celles-ci sont liées à mon style de jeu : depuis tout petit, j’ai toujours aimé le défi, c’est comme ça que je prends mon pied. Mais à force de s’exposer, on se blesse. La grande majorité de mes pépins sont de la traumatologie : des fractures, des béquilles, etc. C’est comme ça. De toute façon je ne vais pas changer à 31 ans !"

Urios : "L’utiliser encore plus"

Et le staff castrais ne veut pas qu’il change. Surtout pas. Depuis le départ de Rémi Lamerat vers Clermont, le CO ne compte plus de centre puissant dans ses rangs. La saison dernière, il avait encore Sipa Taumoepeau qui, bien qu’il n’égalât pas Lamerat ou David dans ce registre, possédait une explosivité qui lui permettait d’exploiter la moindre brèche dans la défense. "Yann fait partie de ces joueurs qui sont toujours capables d’avancer, peu importe comment ils reçoivent la balle", note Jacquet. "Il apporte une puissance que nous n’avions plus depuis trois ans", complète Urios, qui reconnaît dans la foulée que les qualités de Yann David pourraient être encore mieux utilisées dans le jeu castrais : "Aujourd’hui, il a fait son meilleur match avec nous. Mais on doit l’utiliser encore plus. Cela commence à venir. Comme il n’a que peu joué, il n’a pas encore trouvé toute sa place dans notre jeu. Et c’est aussi à nous de réfléchir à un jeu pour l’utiliser au mieux. En le servant d’abord avant de jouer dans le dos par exemple, et pas l’inverse comme nous l’avons fait contre Montpellier."

Et dire qu’il y a quelques mois, le surpuissant Berjallien de naissance redoutait de ne pas trouver sa place dans un club qui venait d’être sacré champion de France… Aujourd’hui, le staff dudit club semble prêt à adapter son plan de jeu pour exploiter encore davantage ses qualités afin de reconquérir son titre… Une histoire à l’image du joueur : renversante.

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