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Etcheto : « Je savais que c’était possible »

L’entraîneur des arrières de l’Aviron Vincent Etcheto, lui qui a toujours été invaincu en phase finale de Pro D2, pourrait disputer son dernier match avec Bayonne ce dimanche, en cas de victoire des siens. Il revient sur son aventure dans son club de cœur, évoque ses souvenirs de la finale de 2015, nous parle de cette semaine de préparation particulière...

Midi Olympique : L’optimiste que vous êtes avait-il imaginé pouvoir terminer son aventure à l’Aviron sur une finale de Pro D2 ?

Vincent Etcheto : Je ne vais pas dire que je le pensais chaque matin en me rasant, mais je savais que c’était possible. Nous avons bien travaillé et il n’y avait pas une équipe impressionnante qui se détachait dans ce Pro D2. Je me disais, « pourquoi pas nous ? »

À quel moment avez-vous compris qu’atteindre la finale était réellement jouable ?

V. E. : Quand j’ai vu le tableau final et que j’ai su qu’on prenait Nevers à domicile. C’est bête, mais je craignais le Stade Montois parce qu’ils sont pénibles à jouer. Après, je savais que nous pouvions battre les autres équipes. Peut-être que si nous avions eu une demi-finale à Brive, ça aurait été plus compliqué. 

Revenons sur la demi-finale de samedi dernier. Aviez-vous déjà vécu un tel scénario ?

V. E. : Non, je ne pense pas. Il y a eu une superbe réaction. Ce qui est sûr, c’est que notre première demi-heure ne méritait pas le score qu’il y a eu à la mi-temps. C’est ce que nous avons dit aux joueurs, parce que nous ne sentions pas une emprise de cette équipe d’Oyo. Ils avaient un peu peur. Malgré ce que disait leur entraîneur, ils avaient plus de pression qu’ils ne l’avaient déclaré.

Cette seconde période n’est-elle pas la définition du jeu de mouvement que vous essayez de prôner ?

V. E. : Cette année, nous avons travaillé sur des choses spécifiques, sur des schémas de jeu. C’est une philosophie et un projet qui font que nous jouons ces contre-attaques ou ces turnovers. Nous essayons de toucher ce couloir des cinq mètres pour étirer les défenses. Samedi, il y a eu de l’alternance. Il y a eu du jeu dans l’axe, peu de jeu au pied, mais il a été efficace. C’était un match assez complet, même si nous avons eu à peine un quart d’heure sur lequel nous n’avons pas maîtrisé ce que nous faisions. Pour un staff, c’est agréable de voir que le travail fait toute l’année est récompensé. Nous attendions notre match référence à l’extérieur, nous avons attendu tard. Mais c’était peut-être le bon moment.

Est-ce que le match d’Oyonnax est une source de casse-tête supplémentaire, notamment derrière ?

V. E. : Oui, ça va être le souci. Des joueurs, comme Manu Saubusse ou Peyo Muscarditz reviennent dans le groupe après une blessure. Il va falloir voir si on sort des mecs de l’équipe, ou pas. C’est le moment difficile pour le staff. Peut-être que les explications seront plus douloureuses, mais on les assumera comme on l’a fait toute l’année. 

Quel sentiment prédomine sur cette semaine d’avant finale ?

V. E. : Un de vos confrères m’a demandé s’il fallait maîtriser l’euphorie. Je trouve que c’est bien l’euphorie. Il ne faut pas rentrer en sur-confiance, il faut garder du bonheur, du plaisir. Nous devons profiter de ces moments-là, mais aussi se dire que tout est à faire. Nous sommes arrivés là, et il ne faut pas manquer ce rendez-vous. Nous pouvons être fiers de ce que nous avons réalisé, mais il y aura des regrets si nous ne jouons pas cette finale à fond. Le vainqueur, non seulement, montera en Top 14, mais sera aussi Champion de France. Ce n’était pas le cas il y a trois ans. Il y a tout pour être productif et garder les joueurs concentrés. Ce qui est bien, c’est que la demi-finale contre Oyonnax nous a permis d’emmagasiner de la confiance. Nous ne devons pas être prétentieux, présomptueux, ou suffisants, mais être confiants de ce que nous sommes capables de faire.

Entre le titre et la montée, même si l’un implique l’autre, qu’est-ce qui a le plus de saveur à vos yeux ?

V. E. : Le titre, symboliquement, puisque je ne profiterai pas de la montée. Pour l’Aviron, les deux auront autant de saveur. Et s’il n’y a pas le titre, il y aura une autre occasion de monter. J’aimerais qu’on fasse les deux et je pense que nous en sommes capables.

Vous avez déjà vécu une semaine de finale avec l’Aviron en 2015. A-t-elle un impact sur celle que vous êtes en train de vivre actuellement ?

V. E. : C’est ma troisième finale. C’est génial et je suis encore plus cool. Je sais que les joueurs sont prêts et mon rôle, c’est de les détendre, de les rassurer. Il y aura Yannick dans son registre et moi, je serai un ton en dessous, parce que je ne suis pas manager. Je vais être très décontracté, nous allons parler de tout, de golf, mais pas forcément de rugby. Par contre, sur les moments d’entraînements, on leur dira d’être à la fois relâchés et concentrés. On va sentir que ça monte, mais il ne faudra pas lâcher de l’énergie avant et en perdre bêtement. C’est pour ça que je pense que rigoler et être décontracté, tout en étant sérieux, permet de dire que le temps passe plus vite. Sinon, c’est très long. Et ça permet d’arriver à l’heure du coup d’envoi avec plein d’énergies positives.

D’un point de vue plus personnel, comment abordez-vous cette finale ?

V. E. : Je vous avoue que je suis très serein parce que la saison fut belle. Ce n’était pas évident puisqu’il y avait un nouveau staff, il fallait que je trouve ma place là-dedans. Sportivement, avec Yannick, on a réussi à s’entendre. Même si parfois il y a des limites et que je ne suis pas allé au bout de ce que je voulais faire, Yannick m’a permis de faire mon métier jusqu’au bout et d’être heureux dans ce que je fais. C’est hyper important. Par rapport à ce que j’ai vécu il y a trois ans, est-ce que nous sommes prêts à monter ? Je n’en suis pas sûr. Mais est-ce qu’une montée se refuse ? Je suis sûr que non.

Par rapport à l’aventure de 2015, avez-vous des regrets sur l’année en Top 14 qui a suivi ?

V. E. : L’année où nous étions montés, j’aurais aimé que mes dirigeants me disent « On est monté, on le mérite. Peut-être qu’on n’est pas prêt, mais on se fait une saison où on teste des choses, on va au bout et puis si on redescend, on redescend. » J’aurais aimé qu’on me tienne ce discours et pas, qu’au moindre échec, on remette tout en question et que dans les coursives ou au niveau des dirigeants, ça se transforme en guéguerre pour le pouvoir. Celle-ci a pourri les deux ans qui ont suivi. La pression qu’on mettait en interne sur nos présidents, Francis Salagoïty et Christian Deveze que j’aime beaucoup, a fait que nous n’avons pas eu cette stabilité-là. Je vous avoue que j’ai assumé tout seul beaucoup de choses qui étaient lourdes à porter. C’est mon seul regret. Je n’ai pas d’aigreur, pas de nostalgie non plus.

Donc ?

V. E. : J’espère que, si on monte, les nouveaux dirigeants ne vont pas s’emballer et oublier le passé parce que certains en faisaient partie aussi. Des gens du cru aiment ce club, mais il faut de la stabilité et il ne faut pas se comporter comme des nouveaux riches. Il faut savoir d’où on vient. Bien sûr, si l’Aviron monte, il faudra recruter à l’arrache quelques joueurs de plus pour compléter ce groupe qui est limite pour jouer en Top 14. Mais il faut le faire sereinement. Ce n’est pas une punition de monter. Par contre, il faut anticiper l’échec et la possibilité de redescendre. Il ne faut pas avoir la pression, il faut jouer, se dire que c’est un super laboratoire pour former les joueurs, pour ramener des partenaires. Mais il faut être honnête avec ces gens-là et leur expliquer « On monte, mais peut-être que l’on n’est pas encore prêt. » Je le ferai comme ça et j’ai voulu qu’on le fasse comme ça à l’Aviron. Je pense que le nouveau président et le nouveau manager sont costauds entre eux. Et j’espère que c’est costaud à côté et autour d’eux. La qualité des joueurs et du public ou l’engouement y sont. La passion pour l’Aviron, elle y est. Après, c’est ne pas se comporter comme des gamins à critiquer tout ce qui a été fait avant et dire “Nous, c’est mieux”. C’est être intelligent, patient et modeste.

Quelle image gardez-vous de la finale, il y a trois ans, à Toulouse ?

V. E. : L’arrivée au stade et la descente du bus étaient extraordinaires. Après, c’est passé vite. Je le dis maintenant, mais j’étais sûr et certain que nous allions gagner. Il n’y avait pas l’ombre d’un doute. Nous étions favoris et je savais que nous ne pouvions pas perdre. Il n’y a pas eu de stress pendant le match. Après, je me souviens de la chenille dans les vestiaires, de la mairie où nous arrivons par-derrière sans voir personne et une fois sur le balcon, on découvre une place de la mairie plus remplie que pour les fêtes de Bayonne. Sur le terrain, il y a la première percée de Rouet et d’Arganèse, Bustos qui met tout au pied... Il y a plein de petits flashs comme ça. Je ne peux pas en isoler un, ce ne sont que des bons moments.

Vous êtes invaincu en phases finales de Pro D2. Avez-vous une superstition ou un rituel avant ces matchs ?

V. E. : Vincent pour cent, c’est mon surnom (rires). Mais non, du tout. Je change mon caleçon tous les jours, je n’ai pas de vêtement fétiche. Je vais taper mes deux ou trois pénalités en visant la barre avant le match, je vais garder une routine, mais c’est plus pour casser l’attente d’avant-match que par superstition.

Que peut-on vous souhaiter pour dimanche ?

V. E. : Une finale encore plus belle que la demie. En tant que spectateur, tu prends ton pied sur des matchs comme ça. Je l’ai pris aussi en tant qu'entraîneur. On fait du sport pour ces moments-là. Je nous souhaite un bon match, avec une victoire à la fin.

Propos recueillis par Pablo Ordas
 

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