• Samedi, la finale Brive - Bayonne promet un grand spectacle sur et en dehors du terrain
    Samedi, la finale Brive - Bayonne promet un grand spectacle sur et en dehors du terrain Icon Sport - Icon Sport
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Edito

Fin du débat

Soleil, terrasse, olives. Marché, copains, tomates-mozza en terrasse et cette passion soudaine pour les gaspachos en tout genre, le nouveau nirvana qu’on aura oublié dans six mois. Dans les verres, ce cher rosé-glaçon "plus c’est frais, plus c’est bon", ce qui ne rassure pas sur sa réussite aromatique véritable. C’est fin mai, on y est : la saison du débat sur les phases finales est ouverte !

En la matière, le pragmatisme laisse peu de place au doute. En système de ligue, sans phase finale, le champion serait toujours le meilleur et la méritocratie serait pleine. Le diffuseur, aussi, en aurait pour son argent copieusement injecté dans le Top 14 quand aujourd’hui, huit mois durant, il commente des équipes en gestion de leurs efforts. Fâcheux.

Le bon sens s’impose et nous saisit depuis deux semaines, comme tous les ans à la même époque : ces phases finales, est-ce vraiment une bonne chose pour le rugby ? C’est vrai, après tout : pourquoi Brive, qui s’est filé une suée pour terminer tête du Pro D2, devrait encore battre Bayonne, laissait huit points derrière, pour accéder au Top 14 ? C’est injuste, pour tout dire.

L’étage au-dessus, comment admettre que Toulouse puisse écraser la saison de son rugby total, pulvériser tous les records et finir l’exercice avec le même bilan que la Section paloise et ses 150 points ingurgités en deux déplacements ? C’est ce que les Toulousains risquent, pourtant. Les Clermontois aussi, juste derrière, les seuls à leur avoir tenu tête mais qui, pour leur bonheur, ont déjà assuré de couronner cette saison d’un trophée.

On s’en convainc, lentement : il faut abolir la pratique. La démonstration est implacable. On écoute ceux du foot, jamais avares d’une leçon et, froidement, on se dit que la disparition des phases finales, c’est le sens de l’histoire. Quand soudain rejaillit une chaleur. Une clameur, au bout de la rue et qui monte. Une procession de couleurs qui s’installe. Une tension qui monte dans les villes, une conversation qui s’anime sur les marchés : les phases finales arrivent.

Elles sont injustes, c’est vrai. Elles sont d’un autre temps, certainement. Mais elles sont magiques pour ceux qu’elles subliment, cruelles pour qu’elles inhibent. Voilà, justement, pourquoi elles sont si belles.

Au diable, la logique ! À l’heure où l’on discute plutôt de sponsors maillots que de rugby-terroir, les phases finales sont tout ce qu’on vient chercher dans le rugby : les émotions, ultimes. Une communion identitaire rendue puissante par les partages qu’elle permet. Dimanche, Brive fera peut-être valoir la logique sportive, pour accrocher une montée qu’il mérite. Il chutera, peut-être, face à la folle jeunesse bayonnaise. L’important n’est pas vraiment là.

Dimanche, ils seront 18 000 supporters en bleu, noir et blanc à Pau. Ils auraient été le double, si la Ligue avait tablé sur une enceinte plus large. Ils seront superbes, festifs et beaux, comme l’ont été avant eux les Perpignanais, Grenoblois, Agenais, Montois, Palois ou Aurillacois. Leur dévotion, unique, sera le véritable spectacle de la journée et ce qu’on en retiendra. En 80 minutes, elle éteindra le débat annuel de mettre fin à ces moments. Que vivent les phases finales.

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