• Le demi de mêlée briviste Samuel Marques tente de s’échapper, sous la surveillance des Bayonnais Adam Jaulhac et Maxime Delonca
    Le demi de mêlée briviste Samuel Marques tente de s’échapper, sous la surveillance des Bayonnais Adam Jaulhac et Maxime Delonca Midi Olympique - Midi Olympique
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Pro D2

Brive - Bayonne : un hameau, deux montagnes

Dans une enceinte paloise chauffée à blanc et qui sera pleine à craquer ce dimanche, l’euphorique armada bayonnaise défiera la terrible machine briviste pour une finale de feu. avec, à la clé, un billet pour les limbes ennivrantes du Top 14.

Il y a trois semaines, à la sortie de la pelouse Amédée-Domenech, le manager de l’Aviron bayonnais Yannick Bru confiait au sujet de son adversaire : "Félicitations à Brive, qui est un cran au-dessus, qui mérite d’être tout en haut du Pro D2 et à qui je souhaite d’intégrer le Top 14." Son équipe venait, pour le compte de la 30e et dernière journée, de s’incliner de peu (18-20) sur le terrain du leader de la phase régulière. Serait-il prêt à réitérer ces mêmes propos à ce jour ? Peut-être, histoire d’évacuer la pression sur un CABCL qui fait figure de favori au regard des huit points qui ont séparé le meilleur élève de l’exercice du troisième au classement final. Mais il est bien connu que la méritocratie n’a qu’une place toute relative à l’heure où il convient de s’engager dans l’ultime ligne droite d’un marathon long de huit mois et demi.

Dimanche soir, il n’en restera qu’un… Du moins, pour une semaine, puisque le perdant de la finale d’accession se verra offrir une nouvelle chance le week-end suivant face à Grenoble. Mais l’ancien entraîneur des avants du XV de France, s’il s’était montré au minimum poli et même peut-être sincère à l’encontre des Corréziens, rêve désormais de bousculer l’ordre établi. Ce qui n’était pas prévu au programme l’été dernier quand l’Aviron se présentait sur la ligne de départ avec autant d’espoirs que d’incertitudes. Et un mode d’ordre : le temps de la reconstruction avant celui de l’ambition. "On avait dit que, dans deux ou trois ans, on essaierait de remonter, expliquait le président Philippe Tayeb, après la fabuleuse victoire de ses joueurs à Oyonnax. Aujourd’hui, nous sommes aux portes du Top 14 et nous allons à Pau pour gagner cette finale. On ne peut plus reculer et se mentir à nous-mêmes. Il faut vivre cette finale pour revenir en Top 14. Nous ne pouvions pas l’annoncer il y a un an, c’était vraiment trop prétentieux de notre part."

Duel entre Tisseron et Lagrange lors du match aller
Duel entre Tisseron et Lagrange lors du match aller - Icon Sport

Alors, à l’arrogance, les Basques ont préféré l’insouciance. Laquelle les a portés jusqu’au Hameau, là où les désirs les plus fous sont permis. "Nous sommes des compétiteurs et on se décarcasse toute la saison pour jouer ce genre de match, clame le demi de mêlée Guillaume Rouet. Quand on y est, on a bien sûr envie d’aller au bout." Pour placer un point d’honneur en guise de terme à une aventure exceptionnelle pour un effectif encore immature dans son vécu commun. "L’an passé, une partie de ce groupe disputait la demi-finale espoirs contre Pau, s’enthousiasme l’entraîneur des avants Joël Rey. Ces mêmes joueurs sont en finale de Pro D2." Derrière le court revers de ses troupes à Brive le 5 mai, Bru tirait déjà les enseignements du rendez-vous dominical et de l’exercice dans son ensemble : "Nous avons une équipe jeune, qui a beaucoup progressé tout au long de la saison. Nous sommes venus embêter Brive, y compris sur ses points forts. Cela valide un peu le travail, on sait que c’est une année de construction pour nous. Ces efforts ne sont pas vains et les garçons ont appris." La preuve est dorénavant implacable.

L’enfer tant convoité de l’élite

Portée par son euphorie, qui l’a conduit à combler ses dix-huit points de retard à Oyonnax pour signer une victoire de prestige, la joyeuse bande d’Antoine Battut n’a finalement plus grand-chose à perdre. Ce qui la rend d’autant plus dangereuse. Si elle s’incline dimanche, une forme de logique sportive sera respectée - bien qu’elle soit sûrement la formation à avoir posé le plus de tracas au CABCL cette saison. Si elle l’emporte, elle pourra alors définitivement chavirer. Et apprécier le retour dans l’enfer tant convoité de l’élite, là où tout promu est condamné avant l’heure. Est-elle seulement prête pour l’affronter ? Là n’est pas la question. Elle se posera ce lundi, peut-être celui d’après. Ou même une autre année.

Qu’importe, il s’agit de goûter la fête à sa juste valeur. "Cette finale à Pau, à une heure de Bayonne, c’est un peu un cadeau que nous offrons à nos supporters", se félicite d’ailleurs le capitaine. Le tableau est jusque-là idyllique. Le problème ? C’est qu’une autre montagne se dresse en face. Plus solide et impressionnante que jamais. Ce ne serait faire offense à personne que de défendre la théorie selon laquelle Brive possède la flotte la plus complète et armée de Pro D2. Sûrement celle la plus à même de batailler à l’échelon supérieur. Mais tout ça ne sera plus que doctrine et philosophie au moment où Basques et Corréziens s’avanceront sur le gazon palois.

Quand Davidson répondait à Etcheto…

Enfin, s’il paraît qu’un ogre averti en vaut deux, alors les Noir et Blanc devraient être redoutables dimanche. D’abord en vertu de la piqûre de rappel de la 30e journée. Ensuite car la folie bayonnaise de Charles-Mathon a de quoi refroidir les ardeurs de ceux qui voudraient verser dans le moindre orgueil déplacé. "Comme tout le monde, je me suis dit que c’était fait pour Oyonnax, qui avait quasiment tué le match à la mi-temps, avoue l’ailier Franck Romanet. Mais les Bayonnais ont été incroyables en se montrant capables de renverser une équipe aussi dense qu’Oyonnax. Ils ont de l’expérience mais aussi de la fougue. Leur principale qualité, c’est la vitesse qu’ils sont capables d’imprimer à leur jeu. Ils n’ont jamais peur d’aller au large. Ils jouent la moindre opportunité… Finalement, on savait que les Bayonnais avaient la faculté de faire ce genre d’exploit puisqu’ils ont failli s’imposer chez nous il y a peu."

Ce fameux duel, âpre et accroché, dans tous les esprits. "Après ce match, on s’est vraiment resserrés parce qu’on est passés tout près de la défaite, poursuit l’ancien Lyonnais. Depuis, on se dit qu’on ne peut pas se permettre de relâcher nos efforts, même à cinq minutes du coup de sifflet final. " Son troisième ligne de coéquipier Mathieu Voisin prophétisait, justement au coup de sifflet final : "ça nous prépare pour la suite." Il ne croyait pas si bien dire. Mais la vérité d’un jour reflétant rarement celle du lendemain, faut-il dénicher des instructions dans cet affrontement récent ? Jeremy Davidson botte en touche : "Les deux équipes ont beaucoup évolué depuis le début de la saison." Le manager du CABCL, dont la propension ces derniers temps à jeter de l’huile sur le feu à la veille d’un rendez-vous décisif est à peu près aussi évidente que les chances de voir la France sacrée championne au monde au Japon, est dans son rôle. Autant que lorsqu’il ajoute : "Bayonne sera plus favori que nous."

Référence au contexte populaire qui devrait être en faveur de ses adversaires puisque, sur les places en vente depuis deux mois (4 000 étant réservées à chacun des deux finalistes pour 18 000 places au total) et qui le restaient le week-end passé, les Basques ont profité de leur avance de programmation pour rafler la mise samedi soir, vingt-quatre heures avant la qualification corrézienne. Davidson se rappelle peut-être, aussi, avoir répliqué aux taquineries de Vincent Etcheto en 2016, alors qu’il était à la tête d’Aurillac et qu’il allait affronter… l’Aviron en finale d’accession : "Lui, je ne l’écoute jamais, il dit n’importe quoi. Il serait bien toute la semaine chez le coiffeur je pense." Les Cantaliens s’étaient inclinés (16-21). L’Irlandais retrouvera dimanche, sur le banc opposé, la même chevelure parfaite et brune, à peine grisonnante. Il espère cette fois le coiffer au poteau.

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