• Bernard Laporte et Jacques Brunel
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Edito

Com’ d’habitude

L'édito de Léo Faure... En bon français, ça se dit : "Qui est le patron ?" En français plus primaire, pressé par le boxon ambiant qui baigne ce XV de France déjà anémié, la tournure se beugle soudain, mi-interrogative, mi-exclamative : "C’est qui le patron ?" Jacques Brunel, qui voit ses dirigeants rouvrir à coups de pied chaque porte qu’il ferme dans son staff, qu’il voulait stable, qu’il aura remodelé ? Ou Fabien Galthié, le sauveur qu’il ne faut pas dire et qui débarquera, dès juillet, avec son préparateur physique Thibault Giroud, son entraîneur des trois-quarts Laurent Labit, son projet de jeu et son costume de sélectionneur déjà repassé pour novembre ?

Posée ainsi, l’équation n’a plus rien d’insoluble : chaque semaine a son annonce, chaque annonce renforce un peu plus Galthié et affaiblit Brunel. Et le sélectionneur, qui aura tout perdu en un Tournoi, débite depuis une communication inaudible, de conférences de presse en communiqués de presque : le patron, c’est toujours lui. Et qu’importe si les faits disent tout autre chose, vous êtes priés d’y croire.

Mais plus encore que la seule situation sportive et ses circonvolutions, ce sont les distensions fédérales qui surprennent chaque semaine un peu plus. La dernière a cinglé : Bernard Laporte clamait fin avril que Laurent Labit ne viendrait pas cet été. La preuve, par l’affirmative : "Il n’en a même jamais été question." Un mois plus tard, Serge Simon emplâtrait le protocole habituel de communication pour officialiser, via son compte personnel, la venue imminente de l’actuel coentraîneur du Racing 92. En procédant ainsi, "Doc Serge" relègue l’institution au second plan et se replace au centre du jeu. Une manière d’affirmer que le patron des Bleus, c’est lui. C’est lui qui a travaillé à la venue prochaine de Labit. Quitte à désavouer son président. Et ami ? On ne sait plus trop.

Laporte et Simon se connaissent trop et depuis trop longtemps pour rompre leurs accointances sur l’autel d’un tweet à dessein egocentré. En 30 ans de destins liés, ils ont eu tout le loisir d’éprouver l’ambition qu’ils partagent, qui les unit et qui, parfois, les éloigne. Reste que, depuis plusieurs semaines, les informations sur l’état de leurs relations font apparaître de la distance. Simon mène son navire bleu sans toujours en référer à son président. Laporte, dont la réélection en 2020 devient un chantier prioritaire, sait que le désamour du rugby français pour son rapetou de docteur sera une plaque de plomb, sous la selle de son canasson déjà lesté par les affaires. Les trajectoires s’éloignent, devenues difficilement conciliables.

Rédhibitoire ? Rien ne l’est jamais, en défiance comme en amour. La relation Laporte-Simon emprunte aux deux. Un étrange ménage, au milieu duquel le XV de France navigue au gré des vents, sans cap inflexible, toujours rongé par ses instabilités chroniques.

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