• La prestation de Jean-Charles Orioli, qui tente ici de traverser la défense francilienne, a fait taire les sceptiques. Le talonneur rochelais, impérial en conquête, n’a pas non plus hésité à venir dans la ligne.
    La prestation de Jean-Charles Orioli, qui tente ici de traverser la défense francilienne, a fait taire les sceptiques. Le talonneur rochelais, impérial en conquête, n’a pas non plus hésité à venir dans la ligne. Icon Sport / Icon Sport
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Nuit d’ivresse

Les Charentais sont parvenus à renverser un début de match défavorable. Leur adaptation en défense, l’éclair de génie de Doumayrou et la précision de West font fait le reste.

On est tenté de s’interroger malicieusement, après un match de cette trempe, si Fabien Galthié, rentrant dans l’immeuble en flamme de l’équipe de France tel un pompier sans lance à incendie, saura au moins éteindre le feu couvant de ses relations avec Geoffrey Doumayrou et l’imaginer possiblement au cœur de son dispositif de sauvetage de l’édifice en péril. Cette prestation majuscule du centre rochelais a rendu obsolète toutes les critiques que parfois il cristallise sur sa personne. Oui, en l’espace de cette action éclair de vingt-cinq secondes, se trouvant à l’origine, à la conclusion et au milieu, balançant une passe sautée de quinze mètres à Vincent Rattez qu’il est venu relayer avant de trouver Arthur Retière d’une diagonale au pied bien sentie, il s’est glissé dans le costume extra large du All Black français taillé à sa mesure par son entraîneur de l’époque Greg Cooper.

Lui dans les étoiles, Thomas Jolmes sur une planète dont on ne savait pas qu’il pouvait l’atteindre et tous leurs coéquipiers en orbite, les Rochelais ont livré, chacun de leur côté et tous ensemble, un match d’outsiders d’anthologie pour l’emporter contre toutes les évidences. C’est un fait que tout s’est joué dans ces quinze premières minutes durant lesquelles ils se sont fait balayer de part en part, secoués dans tous les sens, et s’ils ont renversé le cours des évènements, c’est parce que leurs deux ailiers minuscules - Arthur Retière et Vincent Rattez - sont partis chasser à l’intérieur des terres. Ces derniers sont venus couper en toutes occasions les initiatives de jeu du Racing. Vakatawa, Zebo et Chavancy : tous se sont fait croquer dés leurs prises de balle sans jamais pouvoir libérer les extrémités de leur ligne d’attaque. "C’était implorant de mettre la pression pour ne pas laisser Machanaud et Russell jouer dans un fauteuil", a raconté Xavier Garbajosa.

Le cas Bourgarit

Le plan a tellement bien fonctionné, que passé ce premier quart d’heure, comme écœuré par le timing toujours juste des interventions défensives de ces deux électrons libres, l’écossais Finn Russell, jouant du rasant faute de trouver les intervalles, a comme déposé les armes. Et à mesure qu’il s’enfonçait psychologiquement dans de vaines tentatives, son vis-à-vis Ihaia West prenait toujours plus de hauteur à chaque pénalité réussie.

Dans ce match presque parfait, il faut saluer aussi les décisions prises en amont et durant la tempête, par ce staff technique qui a gagné ses paris. Faire de Levani Botia un porteur d’eau au profit de la complicité entretenue entre Jérémy Sinzelle et Geoffrey Doumayrou, "c’était un choix dicté par le profil de l’adversaire", a expliqué "Garba", qui voulait privilégier le jeu sur les extérieurs. Jérémy Sinzelle assumant au front son rôle de premier attaquant derrière les touches offensives à la tâche pour laquelle le Fidjien est formaté, ce choix n’a jamais restreint les possibilités d’action. Les cartes seront-elles redistribuées contre Toulouse ? "Tout est ouvert", a dit le responsable des trois-quarts, un bâton de maréchal dans les mains. Et s’il fallait encore s’interroger sur les raisons de la titularisation de Jean-Charles Orioli aux dépends du bouillonnant Pierre Bourgarit, les deux séquences d’entrée en jeu de l’ancien Auscitain ont complètement justifié le choix raisonnable de la conquête en touche assurée par la présence de l’ancien Toulonnais. C’est la seule problématique sans solution apparente à ce stade de la saison. Il fallait voir dans les tribunes Akvsenti Giorgadze et Jono Gibbes se prenant leurs têtes à deux mains à chacun des lancers en touche raté par leur jeune talonneur. L’ancien international géorgien en est venu à demander la réintégration sur une jambe d’Orioli. Et quand, contraint par la fatigue, il est sorti à nouveau, le responsable des avants est devenu hystérique lorsque la touche suivante a été perdue. "C’est un problème collectif", a dégainé le spécialiste de la touche Grégory Patat. Leur chance, en ce soir d’ivresse collective, c’est que l’élan formidable de cette équipe, s’est accommodé de cette défaillance en la couvrant d’un appétit défensif peu commun. Ces Rochelais semblent prêt tout à fait à affronter n’importe qu’elle situation défavorable.

Guillaume Cyprien
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