• Même si Maro Itoje fut désigné homme du match, c’est Richard Wigglesworth, assis à gauche en train de serrer le poing, qui fit basculer cette finale 2019.
    Même si Maro Itoje fut désigné homme du match, c’est Richard Wigglesworth, assis à gauche en train de serrer le poing, qui fit basculer cette finale 2019. Icon Sport -
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Wigglesworth s’est échappé !

Le demi de mêlée au nom imprononçable a fait basculer une finale mal emmanchée pour les Saracens. Mais la machine de guerre s’est retrouvée. Quatrième titre en cinq ans pour les "Fez Boys".

Et "Wiggo" vit l’ouverture ! Un demi de mêlée vétéran a sauvé les Saracens en piquant un sprint qui défia toutes les données de la médecine sportive, sous une canicule digne de l’Andalousie. On le connaît plutôt comme un maître à jouer plutôt placide, roi du coup de pied de pression dans la boîte. Pour son dernier match au plus haut niveau, il s’est échappé comme l’aurait fait Antoine Dupont. Voilà comment les Londoniens ont renversé cette finale après avoir été menés de onze points à la 58e. Les Saracens ont une grande spécialité : le dernier quart d’heure, et à Twickenham comme à Newcastle en Coupe d’Europe, ils ont été les rois de l’emballage final. Samedi, on les auraient pronostiqués tristement battus à l’heure de jeu. Puis à la 67e, Richard Wigglesworth (35 ans) a pris un trou de souris sur vingt mètres avant d’enchaîner avec une passe croisée pour son jeune pilier rouquin, Ralph Adams-Hale, à peine entré. Cette "doublure de la doublure" nous fit découvrir ses jambes fraîches et son adresse avec une passe en tombant pour George au soutien. Ce numéro de duettistes, on ne l’attendait vraiment pas et c’est pourtant lui qui fait tout basculer en envoyant Maitland derrière la ligne (via George puis Farrell, Tompkins et Lozowski, passeurs sur la largeur).

Trou noir de quarante minutes

Les Saracens sont donc à nouveau champions, pour la quatrième fois en cinq ans. Pour la deuxième fois de leur histoire, ils réalisent le doublé championnat-Europe (après 2016). Ce 37-34, riche de dix essais, restera dans les annales. Pourtant, ce ne fut pas le meilleur match des Sarries, loin de là Les hommes de Mark McCall ont même traversé un vrai trou noir, entre les 20e et 60e minutes environ, et, fait impensable, Farrell s’est offert une petite série de coups de pied vendangés. Une bouillie de rugby rabaissée par des fautes directes, des en-avant et des plaquages manqués : on ne s’y attendait vraiment pas de la part de défense la plus agressive du continent. "Mais vers la fin, tout s’est enchaîné. Le rugby, c’est parfois comme ça. En première mi-temps, quand on faisait de bonnes séquences, on gâchait tout par des fautes en suivant. Et d’un coup, tout nous a souri. Je peux vous dire que dans le vestiaire, l’ambiance était extra. Joyeuse forcément mais avec du soulagement. Parce que pour nous, c’est chaque année plus dur. On ressent tant de pression, on nous en demande toujours plus. L’entrée de Wigglesworth nous a beaucoup apporté mais tout ça a été terni par la blessure de Spencer. J’espère que c’est pas trop grave pour lui dans la perspective du Mondial", confiait David Strettle, l’ex-Clermontois qui arrêtait sa carrière samedi.

Onze points de retard

"Nous avons fait beaucoup d’erreurs. Je crois même que c’est notre pire finale. à la mi-temps, mon discours était facile à faire : tout allait mal. Nous ne pouvions pas contrôler cette bonne équipe d’Exeter. Mais je me dit que si nous avons réussi à revenir au score, c’est peut-être parce que nous avons un groupe qui joue depuis six ans ensemble, qui se connaît très bien et qui sait laisser passer l’orage pour mieux revenir. Nous avons traversé des moments difficiles, ne l’oubliez pas, comme la finale 2014, par exemple, qui suivait notre échec face à Toulon. Mais si nous n’avons pas été très forts, j’ai apprécié ce qui s’est passé quand nous avons pris l’avantage à 30-27. Nous avons fait une démonstration de rugby de pression pour porter l’estocade et assurer la victoire." Mark McCall, d’habitude si impassible, a quand même lâché quelques sourires. Le voilà parmi les techniciens les plus titrés de l’histoire, un truc à regarder Guy Novès les yeux dans les yeux. Ce niveau triomphe lui doit-il vraiment quelque chose ? Forcément, même si on se demande si Farrell, Itoje, George ou Williams seraient moins bons avec un autre coach.

On a beau vanter le collectif à longueur de déclarations, on se dit que McCall doit se féliciter d’avoir autant d’atouts dans sa manche. L’essai de George par exemple : Farrell, qui venait de manquer une pénalité facile, se rattrapa par un chef d’œuvre de touche indirecte à un mètre de la ligne adverse. Itoje réussit à s’infiltrer pour chiper le ballon que le pauvre Skinner avait eu toutes les peines du monde à rabattre vers son camp. Funeste "tapette", Itoje la lui fit payer cher, le calice jusqu’à la lie avec son talonneur aplatissant entre les poteaux après trois coups de boutoir. Itoje continue de monter au ciel des avants de devoir, toujours plus endurant, toujours plus chirurgical dans ses interventions au cœur des points chauds. Comme en finale européenne, il a pris un carton jaune. Mais on se demande si ce n’est pas une ruse. Avec dix minutes de moins dans les jambes, son stakhanovisme flirte avec les travaux d’Hercule. Le jury populaire qui décerne le titre de "homme du match" ne s’y est d’ailleurs pas trompé.

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