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Montpellier, de l’ombre à la lumière

Battu en barrage à Lyon samedi dernier (21-16), le finaliste sortant Montpellier termine donc sa saison deux week-ends plus tôt que l’an dernier. Un échec au premier coup d’œil. Et un véritable exploit quand on regarde avec attention le parcours du MHR, d’abord chaotique et in fine héroïque.

Hier, les Héraultais se réunissaient une dernière fois pour dresser le bilan d’une saison riche en émotions ambivalentes. La matinée était dédiée aux échanges et Mohed Altrad s’est montré positif dans son discours, à l’image du staff héraultais. L’après-midi fut elle décontractée, au travers d’activités de cohésion ludiques, et conclue par un apéritif en bord de plage sous une douceur déjà estivale. L’heure des vacances a sonné et les Cistes se retrouveront le 15 juillet pour entamer leur préparation.  

Le nouvel entraîneur en chef Xavier Garbajosa sera alors arrivé avec son adjoint Pierre-Philippe Lafond et Vern Cotter aura lui pris de la hauteur au club, en enfilant la casquette de directeur du rugby. Là où Alex King aura lui disparu du paysage et les quelques recrues auront débarqué (Guirado et Polard arriveront après le mondial). Un été calme au MHR, sans barbecue ou annonces fracassantes de dernière minute. Un début  de stabilité (départs de Watremez, Dumoulin et Ruffenach officialisés ; Pienaar s’en va aussi), qui aurait pu être totale si Mohed Altrad n’avait pas pris d’engagement trop vite…

Cauchemar hivernal et explications de février

Mais quand on refait le fil de l’histoire, il est difficile de blâmer le patron de Montpellier, pour avoir pris des dispositions au soir de la 16e journée (le 16 février), après que son équipe fut humiliée par le voisin catalan. Les coéquipiers de Benoît Paillaugue ont été “giflés” par la lanterne rouge (10-28) et le numéro neuf fait alors une sombre projection : « Ce serait aberrant de penser à la qualification aujourd’hui (11 points de retard sur le Racing92, NDLR). Nous sommes en danger. Et quand c’est négatif, ça (le maintien, NDLR) se rapproche plus vite qu’on le croit. A  l’heure actuelle, il faut donc d’abord sauver le club. Jouer le maintien. Travailler en équipe et montrer des actes sur le terrain. »

Le MHR concède sa cinquième défaite de la saison au GGL Stadium et plonge en plein cauchemar. Sa finale perdue sans combattre de l’an passé, sa défaite à la première journée à la maison face à ces maudits castrais et son absence de caractère, ressortent alors au grand jour. A l’instar des rapports tendus entre le clan des Springboks (Pienaar, Steyn, Jan. et B. Du Plessis) et la majorité des Français. Le président Altrad réuni d’abord deux groupes de leaders avant le déplacement à Toulouse, où son équipe est promis à l’explosion.

Mohed Altrad sur les bancs du GGL Stadium
Mohed Altrad sur les bancs du GGL Stadium - Icon Sport

Il n’en sera rien. Les Cistes s’inclinent (27-14), certes, mais affichent un début d’unité insoupçonnée. Avant le second entretien décisif provoqué par le chef d’entreprise dans son mas. Les Sud-Africains (qui demandaient le départ de Cotter), pointés du doigt pour l’excès d’individualisme et leur négligence du collectif, ressortent affaiblis des échanges. Même s’ils gardent une proximité avec leur président, qui n’a jamais caché son affection pour les frères Du Plessis par exemple… Là où les Tricolores, emmenés par Benoît Paillaugue et le capitaine Louis Picamoles, sortent eux renforcés, à l’instar du manager. Une preuve ? Dès lors, Ruan Pienaar (aussi déstabilisé par la perte de sa sœur) et Jannie du Plessis ne joueront plus un match ; là où François Steyn en disputera seulement  trois avant de disparaître à la mi-mars. Seul B. Du Plessis, piqué dans son orgueil est à nouveau performant et aussi impliqué, et garde donc sa place.

L’impensable remontada

A partir de ce moment, Montpellier va entamer une remontada exceptionnelle. Relégués à treize longueurs de la sixième place au soir de la 17e journée, les Cistes battent Bordeaux avec bonus et enclenchent une dynamique renversante. Ils s’imposent dans la foulée à Toulon, où ils découvrent pour la première fois à la pause, les légendaires colères de Vern Cotter ! Avant d’enchaîner à Pau puis contre Grenoble.

Un quatre à la suite qui fait renaître un espoir fou, douché par une défaite rageante au Racing à la dernière minute (26-25). Beaucoup d’équipes auraient alors jeté l’éponge, mais pas ce nouveau MHR. Les Héraultais vont enchaîner quatre nouvelles victoires, impensable ! Une première face à Grenoble puis une seconde à Castres, à la valeur symbolique immense. Puis, un succès face au Stade Français, totalement dingue ; où l’essai de Mohamed Haouas à la dernière seconde, après une course de quarante mètres, offre un bonus offensif vital.

Mais les Bleu et Blanc doivent encore triompher à la dernière journée à Clermont avec cinq points, pour se qualifier sans compter sur personne. Ils n’y parviendront pas. Mais en s’imposant pour la cinquième fois consécutive au Michelin (27-28), grâce à un doublé de l’inconnu Youri Delhommel, ils accèdent au barrage à la faveur de la défaite du C.O sur ses terres contre Toulon. Un scénario ubuesque… Jan Serfontein : « C’était la première fois depuis longtemps que je ressentais une sensation comme ça. Après le match à Clermont, je me suis rendu compte que les choses que nous avions réussi à construire sur les trois derniers mois, c’était vraiment quelque chose d’exceptionnel. On a construit une relation entre nous, un esprit dans l’équipe qui est très bon. Bien plus fort que l’an passé. Et ça m’a fait plaisir de jouer avec cette équipe. Après la défaite au Racing, on savait qu’il nous fallait gagner tous les matchs pour avoir une petite chance de se qualifier. C’est peut-être un miracle mais nous y avons toujours cru. »

Un état d’esprit exceptionnel

Benoît Paillaugue poursuit : « J’ai eu peur que le groupe explose. Car nous n’étions pas bien sur le terrain et aussi qu’en dehors, ça ne se passait pas bien. Et c’est là où je félicite le groupe. Tout le monde, même ceux qui ne jouent pas beaucoup, a tapé du poing sur la table en disant qu’on devait vraiment faire quelque chose pour le bien du club. On a réussi à se dire des choses, sans faire basculer la situation dans le mauvais sens, car l’équipe est toujours passée en premier », poursuit le demi de mêlée  

Irrésistible, cette équipe, même privée de ses leaders Picamoles ou Ouedraogo, paraît armé pour battre le Lou à Gerland en barrage. Sa série est hallucinante : 8 succès sur les 9 derniers matchs ; 37 points récoltés sur 45 possibles… Mais au final, elle passera à un cheveu de réussir un nouvel exploit. La faute à des décisions arbitrales non favorables et surtout, une fin de match mal maîtrisée à cause d’un manque d’expérience et d’une trop grande fatigue accumulée. « Je suis très déçu de la défaite et à la fois très fier du groupe. On a créé une ossature entre nous qu’il faudra garder et qui je l’espère, nous permettra de gagner des titres dans les années à venir. Il y aura des changements dans le staff l’an prochain, mais je ne pense pas que cela cassera cette dynamique. C’est une histoire d’hommes, de joueurs, même si le staff a eu un rôle important. On a créé quelque chose en trois mois qu’on ne peut pas comprendre. Il faut le vivre », poursuit le numéro neuf.

Benoît Paillaugue (Montpellier) lors du barrage contre le Lou
Benoît Paillaugue (Montpellier) lors du barrage contre le Lou - Icon Sport

Selon le centre Yvan Reilhac, le MHR a réussi sa saison (qualification européenne), malgré ses discordes, son élimination prématurée en Champions Cup (en poule malgré des adversaires plus qu’abordables) et sa défaite en barrage : « Après la défaite et la déception du moment, je pense que nous avons tous assez vite relativisé car notre fin de saison est réussie. Si l’on repense d’où l’on vient, on ne peut être que contents. »

Une image redorée et quatorze jeunes utilisés

Et surtout, fiers d’avoir enfin changé l’image du club selon lui : « Après l’ère Jake White, l’image du club était un peu au fond et Vern Cotter l’a remontée. On a tout donné pour ce club. On jouait pour ça. Je pense que l’on a redoré l’image du MHR et que c’est le plus important. » Montpellier le malaimé, hier stigmatisé de province sud-africaine, s’est racheté une image en trois mois. En revenant aux sources de son histoire, à son ADN formateur. Cette équipe respire enfin l’unité, a retrouvé un jeu diversifié et dégage enfin des ondes positives. Au travers également du comportement de ses jeunes étrangers, Serfontein, Willemse, Immelman ou Jacques Du Plessis, aujourd’hui totalement impliqués et intégrés.  

Yvan Reilhac (Montpellier) échappe facilement à Nicolas Sanchez (Stade Francais)
Yvan Reilhac (Montpellier) échappe facilement à Nicolas Sanchez (Stade Francais) - Icon Sport

Et surtout, Vern Cotter est parvenu à remettre à l’honneur une jeunesse talentueuse qui encore il y a peu, fuyait à toute vitesse leur club de cœur. Savez-vous combien de joueurs de moins de 23 ans, le futur directeur du club a-t-il aligné cette saison ? Quatorze : Vincent, Giudicelli, Haouas, Kornath, Brennan, Tcheishvili, N’Gandebe, Reilhac, Immelman, Devergie, Bastide, Sanga, Arroyo et Delhommel. Et, si tous n’ont pas percé, certains ont su saisir leur chance. Avec notamment des symboles forts de la nouvelle identité collective : Haouas qui prend la place de Jan. Du Plessis et offre un espoir à son équipe, Reilhac qui évolue à la place de Steyn et se montre excellent, Delhommel qui remplace avec brio B. Du Plessis à Clermont… Ou encore, dans une autre catégorie, Paillaugue qui n’a jamais autant pesé qu’en cette fin de saison, là où Pienaar avait porté l’équipe l’année dernière.

Les jeunes ont donc pris le pouvoir dans l’Hérault à la place des stars étrangères, au rang duquel la recrue payée à prix d’or Johan Goosen a déçu. Une équipe francisée qui a également renforcée sa confiance à son chef, Vern Cotter. Tout était donc tracé pour que le MHR poursuive dans cette voie l’année prochaine, sans changement important… Mais une autre décision a été prise. Elle sera peut-être payante, ou pas. Et au fond, l’essentiel est ailleurs : ce groupe doit impérativement conserver son âme. Le vœu d’Yvan Reilhac : « Je pense que nous avons vécu l’enfer, on sait ce que c’est d’y être et je pense que personne ne veut y retourner ! Si on repart avec le même état d’esprit, ça se passera mieux. »

Julien Louis
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