• Maxime Médard et Yoann Huget (Toulouse) après la victoire en demi-finale contre La Rochelle
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Top 14

Médard : « Je voulais encore faire partie de l'histoire »

Samedi prochain, Maxime Médard (32 ans) vivra, après 2008 et 2011, sa troisième finale sur la pelouse du Stade de France (ndlr : il était blessé en 2012). Au lendemain de la victoire sur La Rochelle, avec beaucoup de lucidité et de recul, il a accepté de revenir sur la qualification de son équipe. Mais pas seulement. Ce Toulousain pur souche a également évoqué la relation fusionnelle qu'il entretient avec son club et son histoire. Emotions garanties.

Midi Olympique : Que représente pour vous cette nouvelle finale ?

Maxime Médard : Ça représente le renouveau du Stade toulousain, un nouveau cycle, l'émergence d'une nouvelle génération, d'un nouveau président qui fédère tout un club, toute une ville. C'est le Stade toulousain dans le rugby moderne.

N'auriez-vous pas répondu à cette première question en parlant uniquement de vous il y a encore quelques années ?

M.M : Je vois ce que vous voulez dire (rires). Mais c'est vrai, j'ai aujourd'hui un peu plus de maturité, de recul sur les choses. J'ai eu la chance d'avoir une petite fille, un événement qui m'a permis de me poser pas mal de questions. Et comme le Stade toulousain est ancré en moi, il me semble logique aujourd'hui de parler de mon club avant de parler de moi. Surtout avec les années compliquées que nous avons traversées. Aujourd'hui, le Stade revit et j'en suis ravi.

Les difficultés vécues ces dernières années rendent-elles encore plus savoureuse la finale à venir ?

M.M : Revenir en finale après ce que nous avons vécu, c'est énorme. Rappelez-vous qu'il y a deux ans, nous avons terminé le Top 14 à douzième place ! Depuis, des choses ont changé. Le club a vraiment évolué dans la bonne direction. Tout ce qui se passe depuis quelques mois, c'est très agréable à vivre.

J'ai l'image parfois du branleur parce que je pense être à la cool (sic), mais j'intériorise beaucoup

Les années difficiles sont-elles encore une source de motivation ?

M.M : Le Stade, c'est une équipe que tout le monde a envie de battre. Et certains ont pris beaucoup de plaisir à nous enfoncer encore un peu plus la tête sous l'eau, à nous mettre la misère quand nous étions en difficultés. La frustration, elle est donc bien présente. La rage aussi. Et forcément, ça nous sert dans ces moments décisifs. Mais pas seulement. C'est aussi grâce à ça que nous nous sommes remis en question. Aujourd'hui, les projets qui vont émerger pour le club, pour la ville, pour la région, sont enthousiasmants et motivants ?

Il y a de l'émotion dans votre voix, non ?

M.M : (il souffle longuement) Toulouse est une ville qui vit pour le rugby. Quand l'équipe gagne, c'est toute une ville, toute une région qui a le sourire. Revoir des gens fiers de porter le maillot du stade dans les rues du centre-ville, c'est quelque chose de fort pour un Toulousain comme moi. Il y a une forme de fierté pour moi et pour tous mes partenaires. Voir les gens venir au stade avec la banane, c'est un plaisir immense.

Auriez-vous pu jouer dans un autre club ?

M.M : J'ai eu des opportunités pour aller jouer ailleurs. J'aurais pu le faire quand tout allait mal. Mais j'avais encore envie de faire partie de l'histoire, de faire partie de ceux qui ont remis le Stade toulousain à sa place. Le Stade toulousain, c'est un club qui exige beaucoup de rigueur, de remise en question personnelle. Et je pense m'être souvent remis en question pour pouvoir rester au club.

Souffrez-vous parfois de votre image de joueur dilettante ?

M.M : Non, pas du tout... Les étiquettes sont celles que les gens veulent bien te coller.

Vous étiez par exemple remplaçant pour les demi-finales de Champions Cup et vous aviez montré à votre entrée sur le pelouse ce jour-là que vous étiez un compétiteur...

M.M : Je n'étais pas très heureux d'être remplaçant ce jour-là, c'est vrai. Mais c'est aussi peut-être ce qui me fait avancer. J'ai l'image parfois du branleur parce que je pense être à la cool (sic), mais j'intériorise beaucoup. Je sais que ce n'est pas toujours très bon, mais ça me nourrit et ça me fait avancer. Et puis, les gens qui me connaissent vraiment savent que je travaille beaucoup.

Aurez-vous une pensée particulière à l'instant de disputer la finale du Top 14 samedi prochain ?

M.M : (il réfléchit) Je ne veux parler pour lui, mais Guy (Novès) m'a fait monter, m'a éduqué rugbystiquement. Il l'a fait à sa manière. Et moi, ça me convenait très bien. Aujourd'hui, c'est un peu différent et je m'adapte. Mais le Stade toulousain doit beaucoup à Guy Novès. Il a marqué l'histoire de ce club comme personne d'autres. J'aurai forcément une pensée pour lui samedi prochain.

Ce qui est énorme au sein de cette nouvelle génération, c'est qu'ils ont déjà une belle histoire commune

On a le sentiment que vous avez pris de l'épaisseur dans le groupe toulousain. Vrai ou faux ?

M.M : De par mon statut, ça s'est fait un peu naturellement. Il y a dix ans, j'écoutais les anciens. J'apprenais. Je n'avais pas forcément envie de prendre la parole. Aujourd'hui, c'est un peu différent. D'ailleurs, je pousse aussi les plus jeunes à s'exprimer. C'est important que chacun puisse trouver sa place.

N'avez-vous pas le sentiment d'avoir une responsabilité encore plus grande vis-à-vis des jeunes toulousains qui émergent ?

M.M : Si, bien sûr. J'essaie d'être dans la transmission afin que les jeunes ne fassent pas les mêmes erreurs que moi. C'est un message important à mes yeux car ces mecs-là représentent l'avenir de ce club. J'ai commencé cette saison à vraiment prendre la parole lorsque nous avons perdu à domicile face à Castres (ndlr : il avait réuni les joueurs en cercle sur la pelouse). Ce jour-là, certaines choses ne m'avaient pas plu et j'avais besoin de les exprimer. Au Stade toulousain, j'ai été éduqué à ne rien lâcher. Et ce jour-là, on avait lâché le match. Ce n'étais pas forcément digne du club. Je regrette simplement de ne pas avoir fait ça dans l'intimité du vestiaire. Mais bon...

Si vous aviez un message à faire passer avant cette finale de samedi prochain, quel serait-il ?

M.M : Ce qui est énorme au sein de cette nouvelle génération, c'est qu'ils ont déjà une belle histoire commune. A notre époque, nous étions moins nombreux que les jeunes d'aujourd'hui. Eux, ils partagent cette aventure depuis qu'ils sont minots. Je leur souhaite donc de prendre du plaisir, de se donner à fond et de ne surtout pas avoir de regret.

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