• Isaia Toeava (Clermont) et Charlie Ngatai (Lyon)
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Top 14

Offensive : première main, premier danger

Face à une formation toulousaine qui excelle dans le désordre, la force des clermontois réside dans le jeu en première main comme ce fut le cas en demi-finale contre Lyon. 

Les Clermontois ont le don d’écœurer leurs adversaires. Pourquoi ? Parce que leur manager Franck Azéma n’a pas d’équivalent en France pour imaginer « le » lancement qui fera mouche. Celui qui permettra à ses hommes, sous réserve que ces derniers l’effectuent à la perfection, d’aller derrière la ligne sans même être touchés par des défenseurs. Et quiconque a déjà joué au rugby sait à quel point ces essais-là vous laissent K.-O. debout. Car contrairement à ce que l’on pense, l’ASMCA n’est pas vraiment une équipe de possession. C’est en tout cas ce qu’indiquent les statistiques puisque Clermont possède la plus faible possession du Top 14, avec seulement 946 minutes sur l’ensemble de la saison. Une tendance qui s’est encore confirmée en demi-finale contre Lyon, puisque les Clermontois n’ont tenu la balle que 12 minutes contre 17 pour leurs adversaires.

Nous n’irons pas jusqu’à dire que les Auvergnats se moquent de la possession, mais ils misent davantage sur la qualité de leurs lancements en première main sur lesquels ils envoient très rapidement le ballon sur les extérieurs où se trouvent leurs meilleurs franchisseurs : Damian Penaud, Alivereti Raka ou Isaia Toeava. Ils l’ont encore montré en demi-finale, puisque deux de leurs trois essais ont été marqués de cette manière. Le premier fut d’ailleurs un modèle du genre, avec une touche en fond d’alignement détournée pour Fritz Lee en position de relayeur pour servir Greig Laidlaw décalé en position de premier attaquant dans le dos d’un premier joueur. L’Écossais trouva ensuite Camille Lopez, qui servit à son tour Toeava dans le dos de deux joueurs, qui joua un superbe 1-2 avec Raka avant de faire une passe décisive pour Penaud en bout de ligne. Un lancement de premier ordre, encore sublimé par la capacité d’un joueur comme Toeava de remporter ses duels et de faire jouer autour de lui…

La zone du 10, une piste à explorer ?

Les Jaunards changeront-ils leur fusil d’épaule pour cette finale ? Peu probable, pour deux raisons. La première est qu’en finale de Challenge Cup (et contre Stade rochelais développant un rugby similaire à celui du Stade toulousain), les Clermontois avaient déjà passé le plus clair de leur temps à écarter le jeu vers le couloir d’Alivereti Raka. La seconde, c’est que la défense plutôt glissée du Stade toulousain laisserait suffisamment de latitude aux attaquants clermontois pour écarter aisément le ballon. Ce qui est sûr, c’est qu’ils attaqueront la défense toulousaine par tous les chemins possibles… Après tout, celle-ci n’est que la cinquième du Top 14 au nombre d’essais encaissés (57, contre 51 pour Clermont). Cette fois, Raka croisera le chemin d’un vieux routard du Top 14, Yoann Huget. Et si le Tricolore ne cédait pas ? Les Clermontois testeront alors la zone à l’intérieur du 10 adverse, poste tenu la semaine dernière par Thomas Ramos. La fameuse zone de rupture entre les avants et les arrières, qui est nécessairement plus fragile qu’une autre et où un joueur comme Damian Penaud, qui n’hésite pas à quitter son aile pour se proposer dans la ligne pourrait faire de terribles ravages…

À condition qu’il slalome entre les membres de la garde rapprochée de Ramos, à savoir la redoutable troisième ligne stadiste Elstadt-Kaino-Cros. Pas une mince affaire, surtout si l’on en croit l’ancien centre des Bleus et de Toulouse Yannick Jauzion : « Honnêtement, dans le contexte d’une finale, et qui plus est au vu de la qualité de la défense toulousaine, j’imagine assez mal les Clermontois réussir à marquer encore une fois en première main. C’est quelque chose qui demeure rare en Top 14, et plus encore lorsque le niveau s’élève. Après, si les avants font le travail c’est vrai que ces ballons joués avec un peu de profondeur sont meilleurs que ceux qu’on reçoit après plusieurs temps de jeu. Mais pour cela, il faut vraiment que les ballons soient parfaits, et je ne crois pas que les Toulousains en laissent beaucoup. » Tel est le prix à payer pour reconquérir le Brennus. 

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