• Damian Penaud (Clermont) marque un essai contre Lyon
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« Diamant » Penaud, le phénomène en chiffres

Au terme d’une saison exceptionnelle, qui l’a vu s’installer à l’aile de l’équipe de France et être élu meilleur jeune joueur de la planète par les médias anglais, il a l’occasion de décrocher un deuxième Bouclier de Brennus en seulement trois années chez les professionnels. Tout sauf un hasard. Penaud est un phénomène, physique notamment, que son préparateur physique Sébastien Bourdin a accepté de décrypter.

Les étrangers de Clermont le surnomment souvent « Sibi ». Les plus anciens des Français, qui l’ont connu dès leurs années au centre de formation, l’appelaient « Bourdingue », en hommage à sa rigueur légendaire. Au chevet du groupe professionnel clermontois pour sa quatorzième saison, Sébastien Bourdin fait référence dans le monde de la préparation physique. Son parcours en Auvergne lui a permis de travailler auprès de quelques phénomènes. Dont Damian Penaud, qu’il voit exploser depuis trois saisons et dont les capacités physiques semblent hors norme. « Penaud, c’est un athlète assez incroyable » disait de lui Franck Azéma, dès son éclosion chez les professionnels. Pour Midi Olympique, Bourdin a accepté d’en dire plus sur le sujet. Précis, comme toujours.

Et bienveillant. « Trop de gens prennent Damian pour un jeune branleur. C’est sa nature insouciante qui est trompeuse. Il est en réalité très facile à gérer et à entraîner. Damian est sérieux, travailleur et très à l’écoute, dès lors qu’on a gagné sa confiance. Il a aussi une approche très professionnelle de son sport, avec une bonne hygiène de vie. Et cela se retrouve dans ses performances. C’est simple : Damian est devant tous les autres joueurs de notre effectif dans tous nos tests de déplacement, que ce soit la vitesse ou l’endurance. Il est très puissant du bas du corps, avec des qualités d’explosivité assez exceptionnelles. Damian, c’est un peu un Fidjien blanc. Avec une capacité même supérieure aux Fidjiens pour répéter les performances. » La preuve en chiffres.

Vitesse

C’est notre joueur le plus rapide en situation rugby, exactement à égalité avec Raka. Damian a atteint plusieurs fois, cette saison, 37,2 km/h de vitesse de pointe mesurée au GPS, soit environ 10 mètres par seconde (le meilleur Toulousain, cette saison, est Cheslin Kolbe, « flashé » à 36,9 km/h, N.D.L.R.). En comparaison, en football, Mbappe a été mesuré au GPS à 37 km/h en vitesse maximum à la dernière Coupe du monde de football. Mais la qualité la plus exceptionnelle de Damian n’est pourtant pas sa vitesse de pointe. Le plus fort, c’est sa capacité à reproduire de telles accélérations même en fin de match, malgré la fatigue (voir l’endurance). Sa capacité énergétique lui permet de perdre très peu de vitesse au fil du match. Ensuite, il est également très constant, d’une semaine à l’autre : chaque match qu’il a joué cette saison, Damian a franchi au moins une fois la barre des 35 km/h. C’est notre seul joueur capable de faire cela.

Par ailleurs, je tiens à répéter que toutes ces données sont recueillies en situation de rugby. Je ne programme jamais de tests de vitesse en ligne droite, avec des pointes et sur piste. Pour moi, ça n’a aucun sens en termes de préparation. Les joueurs travaillent en crampons, sur une pelouse, avec des mouvements autour d’eux et des situations à analyser.
Si on mettait Damian sur une piste, dans un travail spécifique uniquement destiné au sprint, il pourrait peut-être s’approcher des 40 km/h. C’est rapide, très rapide. Pour comparaison, l’homme le plus rapide du monde Usain Bolt fait des pointes moyennes à 43 km/h. Il approche même les 48 km/h sur quelques foulées, autour des 60 mètres de course. Mais un rugbyman, même un ailier, court différemment. Un exemple : les sprinteurs sont lents sur leur mise en action.

Quand Usain Bolt bat son record du monde du 100 m, il met 1,80 seconde pour effectuer les dix premiers mètres de course. À notre échelle, c’est très lent. Parce que les sprinteurs restent en bas longtemps et poussent très fort, au sol. Ils mettent trente mètres pour se redresser. Au rugby, on demande à nos joueurs de ne pas mettre plus de cinq pas pour se lancer. C’est le maximum. Ensuite, ils doivent déjà être redressés, tête haute pour pouvoir prendre les informations ou réceptionner une passe. Pour un rugbyman, donner un temps sur 100 mètres, ça ne veut donc rien dire. Ça ne sert à rien. C’est même une donnée stupide, une belle escroquerie. Ce qui compte, c’est la vitesse en situation de rugby. 

Endurance

Damian a une caisse qui lui permet de répéter les efforts. L’endurance est un aspect qu’on travaille, bien sûr, mais que Damian a aussi naturellement. Par exemple, lors du dernier Tournoi des 6 Nations, il touche les 37 km/h sur son dernier essai en Italie, après la sirène et 80 minutes de jeu. Ça, c’est très rare, surtout pour un ailier. Pour donner un point de comparaison, Damian a une VMA similaire à celle d’Alexandre Lapandry, à qui on demande un gros volume de déplacements. 

Masse

Damian a pris un peu de poids depuis ses débuts en professionnel. C’était un souhait de notre part, pour qu’il densifie ses contacts pendant les matchs et qu’il récupère mieux, après les matchs. Mais nous sommes dans une démarche douce, progressive. Cette année, il a commencé la saison à 92,4 kg et il est actuellement à 94,5 kg. Mais ce qui m’intéresse réellement, ce n’est pas tant son poids total que sa masse maigre. En début de saison, elle était 85,2 kg. Elle est aujourd’hui de 86 kg. Ce qui veut dire que sa masse grasse oscille entre 8 % et 9 %. C’est très bien, Damian est sec. Quelques joueurs descendent sous les 7 %, mais ils sont rares. De toute façon, à Clermont, nous ne voulons pas qu’un joueur descende en dessous de 6 % de masse grasse, pour limiter les effets de fatigue. Et personne ne doit passer au-dessus de 15 %. Damian est donc dans la fourchette basse, même pour son poste. Et son évolution est bonne : en gros, il prend 1 kg de masse maigre par saison. Ce n’est pas beaucoup mais on le juge suffisant. La prise de poids n’est pas un objectif premier pour Damian, nous jugeons qu’il n’en a pas besoin pour son jeu. Son évolution, elle est le simple fait des entraînements, sans régime spécifique.

Diététique

Il n’y a pas eu de gros travail sur Damian, du point de vue de la diététique, parce qu’il est arrivé en professionnel avec déjà de bonnes habitudes. Ses parents le suivent toujours et ils ont dû lui donner une bonne éducation alimentaire. Le seul point sur lequel nous sommes intervenus, c’est sur les petits-déjeuners. Comme 80 % des jeunes qui nous arrivent, en fait… Ils viennent de prendre leur premier appartement et, souvent, le matin, ils préfèrent dormir un peu plus que de prendre un bon petit-déjeuner. Damian était dans ce cas. Un temps, nous lui avons fait prendre les petits-déjeuners au club et désormais, il n’a plus besoin de nous. Il a corrigé ce problème. 

Récupération 

En 2017, on surveillait Damian de près pour tout ce qui touchait à sa récupération physique. C’était encore un jeune joueur mais il a beaucoup progressé sur ce point. La preuve, avec son temps de jeu : cette année, il en est 2 030 minutes sur le terrain, équipe de France comprise. Avec la finale de Top 14, il pourrait dépasser les 2 100 minutes de temps de jeu sur une saison. C’est le volume le plus élevé de notre effectif. Ce qui veut dire qu’il ne se blesse pas beaucoup et qu’il progresse dans sa capacité à encaisser des volumes de travail. Ce qui veut aussi dire qu’il faudra gérer son cas de manière particulière, s’il venait à être retenu pour préparer la prochaine Coupe du monde. Au-delà de 2000 minutes, on est dans une zone rouge. À ma connaissance, il y a trois semaines de vacances de prévues pour les internationaux, avant le début de la préparation. Le concernant, ça ne me paraît pas suffisant. Il lui faudrait couper quatre à cinq semaines. 

 

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