• Communion entre le peuple toulousain et les joueurs
    Communion entre le peuple toulousain et les joueurs XAVIER DE FENOYL / La Dépêche du Midi - XAVIER DE FENOYL / La Dépêche du Midi
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Top 14

Et le Capitole s’embrasa

Le peuple toulousain n’en pouvait plus d’attendre mais il a enfin eu son vingtième Bouclier de Brennus, ramené par ses champions sur une place du Capitole chauffée à blanc depuis la veille. Récit d’une soirée et d’une journée qui resteront dans la mémoire des supporters Toulousains.

Sept ans. Cela faisait sept ans qu’ils attendaient cela. Sept longues années pendant lesquelles les Toulousains n’en pouvaient plus de voir leur club décliner, au point de terminer, il y a deux ans, à une douzième place indigne de son statut d’institution la plus titrée de France. Comme son équipe, le peuple toulousain a souffert. Et a mangé son pain noir. Avant de connaître une vraie renaissance sous l’égide d’un nouveau président, Didier Lacroix, d’un nouveau staff emmené par Ugo Mola et d’un nouveau groupe sublimé par des recrues telles que l’immense Jerome Kaino, l’insaisissable Cheslin Kolbe ou les percutants Antoine Dupont, Sofiane Guitoune et Pita Akhi. Comme un seul homme, la colonie Rouge et Noir a roulé sur ce Top 14 2018-2019 comme elle a finalement roulé sur cette finale. Mais ça, les supporters toulousains ne le savaient pas encore quand ils ont gagné le centre de la Ville Rose samedi, aux alentours de 18 heures. La mairie avait mis les petits plats dans les grands en installant une immense scène et un écran géant qui allait permettre aux 15 000 supporters attendus de visionner la finale avec autant de confort que s’ils étaient restés dans leur salon. Dès la fin d’après-midi, un DJ spécialement prévu s’est occupé de divertir la foule et de faire monter la pression par plusieurs chants et autres « clappings ».

Le Capitole était plein, la finale pouvait démarrer. Les frissons aussi, jusqu’à cette 55e minute et cette série de passes justes devant la défense qui amenait au second essai de Huget. Le Capitole connut son séisme. La bière vola, les drapeaux s’agitèrent, des « Tou-lou-sains » retentirent. à chaque fois que les avants du Stade initièrent un ballon porté, pas moins de 15 000 supporters poussaient avec eux. Jusqu’à l’ultime seconde. Le Capitole pouvait exploser : le Brennus revenait en Ville Rose.

Tekori lance un clapping samoan

Après une nuit de fête, les supporters devaient revenir au même endroit ce dimanche pour célébrer leurs joueurs et vénérer le précieux trophée. Après une courte nuit à Paris, les Toulousains ont pris l’avion dans le sens inverse. Sur le chemin, et sans avoir dormi une seule minute pour la grande majorité, ils ont logiquement vidé le bar de l’appareil de ses bières et même fait danser les hôtesses du vol. Joe Tekori déambulait avec un grand sourire vissé sur son large visage et une énorme enceinte crachant du gros son sur son épaule. L’impatience de retrouver le peuple rouge et noir se faisait sentir. Le groupe toulousain est finalement arrivé place du Capitole sur le toit d’un bus spécialement décoré pour l’occasion aux alentours de 16h30. Sous un soleil estival, Sofiane Guitoune entonna un chant avec le public, avant que le micro ne tombe dans les immenses paluches de Tekori. Le Samoan lança alors un clapping à la sauce polynésienne, avec des paroles en samoan, déclenchant l’hilarité générale. 

Au milieu de cette galerie de colosses, on distinguait deux frêles silhouettes au milieu des joueurs. Celles des rappeurs toulousains BigFlo et Oli, qui avaient rempli les travées du Stadium quelques semaines auparavant. Les deux frères avaient même enregistré un titre aux couleurs latinos. Morceaux choisis : « Qui fera tomber Tekori ? Les frères Marchand, ils te cassent les dents ! Donne la balle à Guitoune, cours, cours, cours ! » En contrebas, les employés de la mairie aspergeaient d’eau les premiers rangs de supporters pour les soulager de la chaleur ambiante. Avant de descendre du bus, BigFlo et Oli réclamaient au Capitole « dix secondes de bordel ! » Dix secondes qui dureront au moins six fois plus…

Pour sa dernière intervention au micro, Tekori révélait son pouvoir digne d’un super héros : celui de faire asseoir 15 000 personnes en même temps avant de les relever comme un seul homme pour entonner le fameux « Qui ne saute pas n’est pas Toulousain. » Chapeau. Pendant que le cortège gagnait lentement l’étage de l’hôtel de ville, le pilier Maks Van Dyk attrapait amicalement par l’épaule un officier de la sécurité qui rôtissait là dans un costume trois pièces noir : « ça va mec, tu n’as pas trop chaud ? » Pendant ce temps, le deuxième ligne Pierre Gayraud jouait les sauveteurs de service pour soulever à bout de bras une supportrice qui faisait un malaise dans la foule.

Après d’interminables minutes d’attente, le public du Capitole allait enfin avoir ce qu’il voulait : le Bouclier. Porté à bout de bras par deux symboles du renouveau toulousain, les piliers Cyrille Baille et Clément Castets. à l’intérieur, les joueurs étaient reçus par le maire de la ville, Jean-Luc Moudenc et Carole Delga, présidente de la région Occitanie. Visiblement usés par une nuit sans sommeil et mouvementée (un membre du staff nous avoua qu’il y avait eu beaucoup plus de blessés dans la nuit que pendant le match !) les joueurs déambulaient parmi les invités. C’est là que l’on croisa l’ailier Lucas Tauzin, spectateur malheureux de cette finale en raison d’une déchirure du tendon pectoral, malgré une saison canon : « Cette ambiance, je l’avais déjà vue à la télé. Mais on peut la voir mille fois, il est impossible d’imaginer ce que c’est en vrai. Cela ne se décrit pas avec des mots. Il faut le vivre pour le croire. On savait que toute la ville était derrière nous, mais là c’est autre chose. Je n’ai pas de mot. On réalise vraiment qu’on est champions de France. » Et l’ailier de se reprendre aussitôt : « Le groupe est champion de France. Je sais que j’ai disputé des matchs cette saison mais ma légitimité n’est pas forcément là… » 

Puis dans une grimace de confier : « Je ne me considère pas champion de France à 100 %. Le vivre sur le terrain, ça doit être tellement différent… Ça me donne encore plus envie de le faire. » Rendez-vous est pris pour l’année prochaine…

Simon Valzer avec Jérémy Fadat
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