• Les Toulousains soulevant le Boucleir de Brennus devant la place du Capitol
    Les Toulousains soulevant le Boucleir de Brennus devant la place du Capitol XAVIER DE FENOYL / La Dépêche du Midi / XAVIER DE FENOYL / La Dépêche du Midi
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Edito

Ô Toulouse

L'édito d'Emmanuel Massicard... Parole de supporters : ce Clermont – Toulouse, sommet de la saison pour ne pas dire de la décennie, devait tout arracher et nous emporter jusqu’aux limites de l’irrationnel, sur la foi des grands sentiments.

Il fallait effectivement croire en ce match 3 étoiles, qui tombait à point nommé pour nous faire oublier des années de déceptions au cours desquelles nous nous sommes contentés de trop peu… Il fallait y croire, oui, mais la vérité nous a vite ramenés à la raison : une finale est rarement celle que l’on attend. Et, disons-le, ce grand soir qui semblait ouvrir sur un avenir différent n’a pas tenu toutes ses promesses. La 118e finale du championnat de France s’est en effet jouée sur des airs bien connus (d’abord dans l’âpreté du combat et la rigueur de l’organisation défensive, là où Toulouse a fait la différence) selon les codes habituels qui président aux matchs de nos phases finales. Bref, nous sommes encore loin de la qualité atteinte par la finale anglaise.

Pour autant, ne jouons pas les pisse-froid à trop vouloir détailler le manque de maîtrise des uns, l’absence de lecture des autres ou les différentes fautes dans la récitation des plans de jeu préétablis. À force, on risquerait d’oublier les véritables leçons de ce vingtième bouclier de Brennus remporté par le Stade toulousain, après sept ans d’abstinence.

Ce « Bout de Bois » incarne d’abord le prix du mérite. Les Rouge et Noir sont sacrés au bout d’une saison écrite en lettres d’or sur l’air de la quasi-perfection. Il y a une forme de logique à les voir ainsi sacrés, avec Clermont dans leur sillage qui fut le seul concurrent capable de résister à l’emballement. Les chiffres sont éloquents : 3 défaites (deux nuls) et 98 points lors de la saison régulière, 107 essais et un quart de finale européen. Qui dit mieux ? Personne. Toulouse a supprimé le hasard et il y a quelque chose d’assurément remarquable dans le parcours de cette équipe neuve, toujours en construction.

Il nous dit aussi qu’une identité et un projet (de jeu) peuvent renverser l’ordre établi, pour peu qu’ils soient partagés et servis par une organisation cohérente avec, à sa tête, une autorité reconnue. Ce n’est rien d’autre qu’un message à l’adresse des Bleus et de leur futur sélectionneur, Fabien Galthié. Le technicien ne deviendra l’homme providentiel que s’il est en mesure d’imposer un projet rugbystique ambitieux qui dépassera le seul périmètre du XV de France pour être partagé par toutes les sélections et par l’ensemble des clubs du Top 14.

L’autre vérité réside dans le changement d’ère qui s’est concrétisé, sur la pelouse du Stade de France. Toulouse ne vit plus accroché à son glorieux palmarès et Didier Lacroix, président depuis deux saisons, n’a pas perdu de temps pour mener à bien une large révolution du palais rouge et noir. Ce titre, évidemment, est un peu le sien. Il le libère de l’héritage laissé par René Bouscatel qui nous déclarait, samedi midi : « Je souhaite sincèrement qu’il gagne au plus vite. » Son vœu est exaucé.

À tous les étages, les Toulousains ont « tué le père ». Chez les joueurs, avec la génération Cros, Ntamack, Dupont et Marchand qui a pris le pouvoir. Au sein staff, avec une première victoire pour Ugo Mola depuis qu’il a succédé Guy Novès. Ce n’est pas la moindre des performances, sachant que de nombreux clubs, à l’image de l’AS Saint-Etienne, traînent leurs trophées d’antan comme des boulets. Depuis samedi, Toulouse est redevenu une référence, un phare et une machine à gagner. Reste désormais le plus grand des défis : durer.

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