• Louis Carbonel (France) en finale du Mondial U20 contre l'Australie
    Louis Carbonel (France) en finale du Mondial U20 contre l'Australie Walter Gasparini / Walter Gasparini
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XV de France

Et si c’était Louis ?

Double champion du monde, meilleur joueur de la compétition, le jeune varois a fait mieux que ses preuves au niveau U20. De là à désormais prétendre au XV de France ? C’est une évidence, à condition de dompter les obstacles sur lesquels tous ses prédécesseurs se sont jusqu’alors cassés les dents..

On imagine d’ici le sourcil de Patrice Collazo se froncer, à la lecture du titre ci-dessus. Car la crainte est aussi légitime que réelle, lorsqu’il s’agit d’évoquer le sujet qui a vu le rugby français gâcher tant de ses talents. Cela n’a probablement jamais été aussi vrai que lors des cinq dernières années, qui virent le XV de France alterner entre les Michalak, Trinh-Duc, Plisson, Lopez, Beauxis, avant de bombarder une "nouvelle vague" jetée dès sa première utilisation ou presque, à l’exemple des Belleau ou Jalibert, sans parler de Romain Ntamack lancé sans avoir eu le temps de faire ses preuves en club (le Stade toulousain ayant d’ailleurs réussi à être champion de France sans ouvreur déterminé, preuve qu’un numéro 10 n’est jamais aussi important qu’un système de jeu maîtrisé par tous ses coéquipiers). Alors, le fait de voir journalistes et grand public bombarder Louis Carbonel comme le futur "grandisse" que le rugby français attend depuis toujours a forcément de quoi faire frémir, lorsqu’on en est l’entraîneur de club…

Des expériences qui comptent

Car contrairement à ceux qui le précédèrent, Louis Carbonel a d’abord eu la chance – et le talent – de faire ses preuves sur le long terme à l’étage des U20. En effet, ce n’est pas un simple titre de champion du monde, mais bien deux, que le fils d’Alain a réussi à quérir, dont le premier en obligeant le staff à décaler son aîné Romain Ntamack au poste de centre. Capable de gérer la pression d’une compétition sur le sol français en 2018 (il fut d’ailleurs auteur de 23 des 33 points tricolores en finale, concluant son récital d’une petite provocation diversement appréciée, mais preuve d’un indiscutable caractère), Louis Carbonel est surtout parvenu à confirmer un an plus tard avec beaucoup pus de maturité, endossant notamment un rôle de leader technique légitime au vu de sa saison. Au sein de son club, Carbonel a en effet clairement franchi un palier cette année avec 20 feuilles de match au niveau professionnel (pour une douzaine de titularisations et 57 points inscrits), une victoire décrochée à Newcastle pour son battême en Champions Cup (24-27), sans oublier une "descente" fructueuse avec les espoirs varois en fin de saison, couronnée par un titre contre La Rochelle. "Je m’étais fixé un palier de 10 matchs en pro, c’est sûr que je pensais pas jouer autant, mais tant mieux, confiait-il avant la finale. Cela m’a fait voir ce qu’était le haut niveau et la longueur d’une saison. En Top 14, j’ai appris à gérer les temps faibles de l’équipe. C’est dans ce domaine que j’ai essayé progresser le plus, notamment dans la longueur de mon jeu au pied."

L’atout de la régularité

Autant d’expériences qui comptent. Et permettent à Carbonel d’exister d’ores et déjà dans tous les registres du jeu, de l’animation offensive à la gestion pure et dure, ainsi qu’il s’y employa à merveille contre l’Afrique du Sud en demi-finale, sous la pluie (20-7). "Il est capable de bien orienter les décisions stratégiques de l’équipe, tout en demeurant instinctif et imprévisible", résume le manager Sébastien Piqueronies. Défenseur courageux, bon buteur, Carbonel cumule à vrai dire tous les critères d’un ouvreur complet, et incarna incontestablement l’atout majeur des Bleus dans la conquête de ce deuxième titre. Pour s’en convaincre, il suffit de mesurer l’étroitesse de la marge lors de la finale contre l’Australie (24-23 pour les Bleuets) et la différence de réussite entre les buteurs... Carbonel présentant un joli 83 de réussite et 14 points inscrits alors que son vis-à-vis Will Harrison dut se contenter d’un 50 % (8 points inscrits) forcément préjudiciable dans le chassé-croisé de la deuxième période, où le Toulonnais s’imposa en valeur sûre. Son meilleur atout réside d’ailleurs ici : non content de pouvoir présenter par intermittences un niveau exceptionnel, Carbonel parvient surtout à rester constant, même dans ses mauvais jours. Ce seuil de performance en-dessous duquel il ne descend jamais constituant la vraie rareté de son profil, face à des concurrents trop régulièrement capables du meilleur comme du pire.

Reste à ce dernier, désormais, à éviter tous les pièges que lui dresseront le Top 14, entre répétition des matchs et blessures. Mais s’il y parvient, nul doute que le cas de Louis Carbonel pourrait très vite interpeller Fabien Galthié dans l’objectif du Mondial 2023, le futur sélectionneur des Bleus connaissant mieux que personne le jeune ouvreur pour l’avoir lui-même lancé en Top 14, du côté de Jean-Bouin, en septembre dernier… "C’est un rêve et un souhait car je m’entraîne tous les jours pour ça, concluait Carbonel au micro de France 4 dans une froideur qui tranchait singulièrement avec son exubérance, un an plus tôt. J’espère que dans ces deux générations championnes, il y aura le plus possible de joueurs qui réussiront à jouer avec le XV de France. Mais il faut déjà qu’on s’aguerrisse en Top 14 avant, peut-être, de rêver plus haut." Et si c’était lui, dites-vous ? Réponse dans quatre ans...

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