• Gonzalo Quesada vit une formidable saison avec les Jaguares. La province argentine peut accéder ce week-end pour la première fois de son histoire à la finale de Super Rugby. Et ce à quelques d’un Mondial où les Argentins seront les premiers adversaires des Bleus.
    Gonzalo Quesada vit une formidable saison avec les Jaguares. La province argentine peut accéder ce week-end pour la première fois de son histoire à la finale de Super Rugby. Et ce à quelques d’un Mondial où les Argentins seront les premiers adversaires des Bleus. Dave Lintott / Icon Sport -
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Entretiens

Quesada : « Les conditions parfaites pour la Coupe du monde »

L’ancien coach du Stade français, aujourd’hui à la tête de la franchise argentine, Gonzalo Quesada, va disputer avec son équipe les demi-finales de Super Rugby ce week-end. L’occasion pour lui de se projeter aussi sur le Mondial au Japon et l’affrontement France - Argentine.

Comment appréhendez-vous cette demi-finale qui est une première historique ?

Gonzalo Quesada : On essaie de profiter au maximum de ce moment, de toute notre préparation. C’est assez énorme et on essaie de rester focus sur la préparation du match. Le stade sera plein pour la première fois de l’histoire des Jaguares, et évidemment tout le rugby argentin est assez fier de ce moment, de l’équipe. Mais attention, notre adversaire (les Brumbies) est une des équipes les plus complètes et dangereuses de ce championnat. On s’attend à un match et un challenge colossal.

Aviez-vous perçu un succès si rapide en prenant la tête des Jaguares ?

G.Q. : Ça serait trop prétentieux de dire ça. Évidemment, c’est un rêve magnifique auquel je ne pensais pas forcément il y a un an quand j’ai décidé d’accepter ce nouveau rôle. Pour moi, c’était un vrai défi. Avec une Coupe du monde au bout de la saison, avec le départ des incontournables Sanchez, Hernandez, Senatore et d’autres encore, avec un tout nouveau staff, on a fait une grosse préparation et présaison pour être au niveau de la compétition. En faisant tous les efforts nécessaires pour vivre une belle année de Super Rugby. Mais difficile de penser à ce moment-là qu’on pouvait remporter la conférence sud-africaine pour la première fois, qu’on allait finir deuxième après tous les matchs de la phase régulière, avec des statistiques assez impressionnantes. Tout ça dépasse évidemment ce qu’on pouvait imaginer, mais franchement, ce groupe, avec le travail de qualité qu’il a fourni, le mérite vraiment.

Quelles sont les clés de cette réussite ?

G.Q. : À mes yeux, il y a plusieurs aspects et facteurs. D’abord le niveau d’engagement de chacun des joueurs et des membres du staff. C’est assez impressionnant, et personnellement, je ne crois qu’à ça. Les histoires d’hommes avec un rêve commun, en plaçant l’équipe au centre des intérêts de chacun, avec des liens réels et forts. Si on ajoute le talent et le travail au service du collectif, les objectifs de l’équipe peuvent être atteints. Mais on doit affronter de l’adversité, les Jaguares est l’équipe qui parcourt, de loin, le plus grand nombre de kilomètres dans cette compétition. Et une grande partie du groupe joue et voyage, et vit ensemble onze mois par an entre les Jaguares et les Pumas. Ensuite, au niveau des infrastructures nous ne pouvons pas nous plaindre, mais c’est limite. L’UAR (N.D.L.R. : la fédération argentine) fait tout pour nous permettre de bien nous préparer, mais nous restons derrière toutes les autres franchises de ce point de vue là. Cette capacité à être conscient de devoir optimiser nos moyens et compter avec un gros engagement de chacun, nous permet de vivre des très beaux moments. On appelle ça dans le groupe des "moments vrais". Évidemment, on profite aussi du travail effectué par les staffs précédents, surtout le dernier, celui de Mario Ledesma, et de toute l’expérience accumulée. Et puis, ce groupe est composé de jeunes joueurs pétris de talents et un staff restreint, mais avec énormément de compétences et des qualités humaines très importantes.

À titre personnel, qu’avez-vous apporté à cette équipe ?

G.Q. : Difficile à dire. J’ai essayé d’apporter mon expérience et ma façon d’aborder ce type de projets. Mais aussi ma vision des choses sur la façon de construire notre culture, notre identité et notre philosophie de jeu. Et surtout, comme toujours, j’essaie de donner le meilleur exemple possible. Je suis très exigeant avec les joueurs, mais je dois d’abord l’être avec moi-même.

Qu’exigez-vous de vos joueurs ?

G.Q. : De l’engagement, du travail, du plaisir et de la folie.

Je crois vraiment que nous avons su combiner les objectifs des Jaguares pour la saison, avec ceux des Pumas dans l’optique du Mondial. Je fais entièrement confiance à Mario (Lesdesma) et tout son staff pour bien préparer l’équipe.

Quels sont aujourd’hui les axes de développement des Jaguares ?

G.Q. : Je pense que nos infrastructures et nos moyens de préparations peuvent être améliorés. Nous devons aussi développer notre vivier de joueur. C’est vital pour le rugby argentin.

Phil Kearns a déclaré que les Jaguares n’avaient rien à faire en Super Rugby car c’est, à ses yeux, une équipe nationale et que le Super Rugby est une compétition de province ! Qu’en pensez-vous ?

G.Q. : Je préfère ne pas réagir. Je suis convaincu que cela n’est pas représentatif de la façon de penser des Australiens. La liste des adversités auxquelles les Jaguares doivent faire face est immense comparée aux autres équipes de cette compétition. Elle est vraiment trop longue. Je n’ai donc pas envie d’avoir à justifier qu’on puisse avoir un éventuel avantage de ce point de vue là. Une seule chose est sûre : nous sommes conscients du privilège que nous avons à jouer cette compétition. Et le rugby argentin est très reconnaissant envers la SANZAR, et les fédérations néo-zélandaise, australienne et sud-africaine qui nous permettent d’évoluer à ce niveau et de continuer à grandir.

Est-ce un avantage que les Jaguares composent aussi l’essentiel du squad des Pumas ?

G.Q. : Il y a du positif et du négatif. Le fait est que cela offre plus d’automatismes dans le jeu. C’est une évidence. Mais ces joueurs-là passent onze mois de l’année ensemble et cela peut susciter une certaine lassitude.

La saison des Jaguares n’est-elle pas la meilleure préparation à la Coupe du monde pour l’Argentine ou est-ce un risque de fatigue supplémentaire ?

G.Q. : Ça aurait pu être un risque de fatigue supplémentairement, mais si vous regardez bien notre saison, nous avons beaucoup fait tourner. Nous avons établi un comparatif avec les autres nations de l’hémisphère Sud et nous sommes, de loin, ceux dont les joueurs ont le moins de temps de jeu.

Surtout, les Pumas vont avoir entre 10 et 11 semaines de préparation après le Super Rugby, avec quatre matchs de Rugby Championship.

G.Q. : Pour moi, ce sont les conditions parfaites pour aborder la Coupe du monde. Je crois vraiment que nous avons su combiner les objectifs des Jaguares pour la saison, avec ceux des Pumas dans l’optique du Mondial. Je fais entièrement confiance à Mario (Lesdesma) et tout son staff pour bien préparer l’équipe.

La France doit-elle s’inquiéter de cette montée en puissance des Jaguares dans la perspective du premier match de la Coupe du monde ?

G.Q. : Franchement, je ne pense pas. Je suis conscient des difficultés historiques que traverse le XV de France pour se préparer. Les saisons sont longues, le calendrier surchargé et il y a beaucoup de pression médiatique. Mais il y a aussi beaucoup de compétences à tous les niveaux. La sélection qui a été annoncée me paraît très bonne et il y a un staff qui est pléthorique. Si la mayonnaise prend, avec une préparation de plus deux mois ensemble, je suis certain que la France sera un candidat sérieux pour le carré final.

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