• L'équipe de 1979 réunie au siège de Midi Olympique
    L'équipe de 1979 réunie au siège de Midi Olympique P.Derewiany / P.Derewiany
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Edito

Sous les claviers, l’histoire

L'édito d'Emmanuel Massicard... Du mythe à la réalité. C’est un peu, beaucoup, passionnément, le bout de chemin que nous avons parcouru il y a quelques jours, quand nous avons eu le bonheur d’accueillir à Midol une bonne frange des héros de 1979. Oui, vous savez, ce drôle de XV de France jailli de nulle part pour battre les Néo-Zélandais sur leur sol, un samedi de 14 juillet à Auckland.

C’était il y a quarante ans à quelques jours près, mais l’exploit résonne toujours aussi fort dans le cœur des hommes que nous avons eu le plaisir de rassembler, là encore pour la première fois depuis 1979, autour de la rédaction et des deux Henri (Gatineau et Nayrou) qui l’ont dirigée en leur temps.

Ils étaient tous là, en dehors de Jean-Pierre Rives et Patrick Mesny, retenus par ailleurs. Même Frédéric Costes qui, de Nouméa, est apparu en visio-conférence pour échanger avec ses anciens coéquipiers. Même Jérôme Gallion, par la force d’un interminable aller-retour depuis sa terre varoise. Même Patou (Paparemborde) et Patrick (Sallas) auxquels tous ont régulièrement pensé, jusque tard dans la nuit ariégeoise où s’est déroulée la troisième mi-temps magnifiquement mise en scène par Henri Nayrou.

Ce sommet d’anciens - glorieux - combattants nous a transporté longtemps et très loin sur l’échelle des sentiments, du rire et des larmes parfois aussi. Surtout, il a confirmé l’incroyable richesse et toute la puissance de ce rugby français qui, pour peu que l’on veuille bien tendre la main ou l’oreille en arrière, a encore tellement de choses à transmettre.

Il nous semble être du devoir de Midol de jouer ainsi son rôle, au cœur du jeu et au plus proche des hommes. Ce pont entre les générations, passeur de mémoire et d’émotions. Témoin d’une histoire à graver dans toutes les mémoires pour hier, aujourd’hui et surtout demain.

Parce qu’entre ces Bleus d’hier - de Cordoniou, Caussade, Aguirre en passant par Averous, Dubroca, Maleig, Haget ou Joinel - et ceux de Guirado ou Dupont qui préparent la Coupe du monde au Japon, il y a bien plus de choses à partager que les codes de la modernité le laissent à croire.

Leurs rugby ne sont pas différents. Du moins fondamentalement, même si chaque époque impose ses propres marqueurs. En revoyant l’intégralité du film de 1979, tous les témoins présents autour de nous ont ainsi partagé le même constat : ce rugby-là n’a rien à envier à celui du professionnalisme, en dehors de la foire d’empoigne qui régnait alors en touche.

Pour le reste, l’exploit du 14 juillet 1979 n’a pas pris une ride derrière les commentaires parfois cocardiers de Roger Couderc. À l’heure du rachat, entre deux époques et deux grands chelems (1977 et 1981), les Bleus de Rives avaient relevé le défi de la vitesse, de la passe et du mouvement pour déstabiliser les All Blacks de Graham Mourie. Ils avaient surtout affirmé le respect d’une liberté d’entreprendre qui est le référentiel commun des plus grands exploits tricolores.

Tel un parfait contre-pied, ce match reste le témoin d’une culture de jeu portée par l’audace et l’engagement qui pimentait les parties, d’un rebondissement à l’autre, sans temps mort, avec peu d’arrêt de jeu pour blessures et autour des mêlées.

À l’époque, les énergies étaient mobilisées autour de l’envie d’entreprendre plus que canalisées par la maîtrise d’un plan de jeu à respecter. À l’époque, un ballon si vite perdu si vite regagné n’avait pas la même valeur qu’aujourd’hui où le principe de conversation est parfois poussé à l’extrême.

Bref, si ce tout n’était pas mieux avant c’était sacrément rugby. Merci messieurs les "79" de nous l’avoir rappelé. À bon entendeur…

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