• Guy Basquet était un homme fort de la FFR, aux côtés d'Albert Ferrasse. Ils étaient amis même dans la vie jusqu'à chasser ensemble.
    Guy Basquet était un homme fort de la FFR, aux côtés d'Albert Ferrasse. Ils étaient amis même dans la vie jusqu'à chasser ensemble. Midi Olympique -
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Portraits

Basquet : l’homme de fer

L’expression "gros pardessus" a été inventée par Jean Dauger pour évoquer les patrons du rugby français. Nous avons décidé de rappeler le souvenir de ces dirigeants omnipotentes et madrés d’une FFR alors toute-puissante. Une génération, une atmosphère, des tempéraments.

Chez les "gros pardessus", il avait souvent le rôle du "méchant". On aimait scruter son visage à la dérobée, ses traits énergiques, sa coiffure en brosse. Sa voix de stentor. On se disait qu’avec lui, on aurait pu sauter sur Kolwezi, sur Dien Bien Phu ou se faire pourrir à la "Full Metal Jacket". Guy Basquet n’était pas un tendre, même ses alliés les plus sûrs le reconnaissaient. Il était volontiers rude, souvent sur la défensive. À sa mort, Albert Ferrasse, son ami de toujours, évoqua son "caractère terrible". Enfin son ex-ami, car les deux hommes ont fini fâchés. Ferrasse en souffrait. Basquet avait pris l’initiative de la brouille après la crise de 90-91, le crépuscule du pouvoir de ce clan légendaire. Les deux hommes jouaient pourtant encore aux cartes dans le même bar d’Agen, mais ne se parlaient plus. La légende disait que Basquet lui avait juste lancé : "Si je pars avant toi, je t’interdis de venir à mes obsèques."

La haute main sur le XV de France

Guy Basquet avait fait partie de l’opération des jeunes turcs de 1966 qui avaient conquis la FFR. Avec Ferrasse, ils formaient un clan forgé sous le maillot du SUA. Mais la star du club crampons aux pieds, c’était lui, pas Ferrasse, plus besogneux. Basquet avait été 33 fois international dont 24 comme capitaine, y compris lors du premier succès à Twickenham en 1951. C’était un numéro 8 massif et talentueux, très cabochard évidemment. Son pedigree lui avait d’ailleurs permis de rester près du XV de France juste après sa retraite. En 1961, il fut directeur de la première tournée du XV de France en Nouvelle-Zélande.

Sur le terrain de la politique, Ferrasse avait pris la première place, mais Guy Basquet était son lieutenant, un président-bis avec la haute main sur la commission de sélection, la plus prestigieuse et la plus sensible. Le XV de France, c’était son pré carré. Il en avait éloigné son ancien rival, Jean Prat, au caractère aussi trempé que le sien. Un de nos proches, simple supporter, l’avait aperçu à la descente du bus des Bleus qui arrivaient au Grand Hôtel après un France — Galles. Quintessence de l’autorité fédérale, Basquet distribuait à chaque joueur une enveloppe pour qu’il puisse se payer quatre ou cinq verres dans la soirée.

Par ses fonctions et par l’âpreté de son caractère, il prêtait le flanc à toutes les polémiques, et comme il n’aimait pas a priori parler à la presse, les attaques pleuvaient. Un de nos confrères parisiens, Christian Montaignac de l'Equipe  à l’aube des années 70, avait été accueilli dans les vestiaires de Colombes… par une gifle, ou une tentative de gifle de Basquet ulcéré par un de ses commentaires. Le discours dominant le dépeignait en garde-chiourme conservateur, pourchassant les joueurs trop en vogue, trop rebelles ou trop "faciles". Dans son collimateur, on mettait les Boniface, Jean Gachassin et bien sûr Jo Maso. Mille fois, on a raconté qu’il le bordurait pour ses cheveux longs et sa beauté trop éclatante. Guy Basquet s’en était expliqué une fois pour toutes, en 2001 (à Roger Driès, dans un ouvrage biographique) : "À l’issue d’un de ses matchs, à la veille de composer le XV de France, je fus harcelé de questions. Et Maso par ci et Maso par là… J’ai alors lancé une boutade pour répondre à ceux qui me cassaient les pieds : "D’ailleurs, il a les cheveux trop longs, il voit mal le ballon, il ferait mieux de se les faire couper." Qu’est-ce que je n’avais pas dit, mes amis ? La phrase s’étala sur huit colonnes, dans tous les journaux." Guy Basquet n’était pas un diplomate né, à la différence de Ferrasse. Mais sur cette affaire Maso, il eut la droiture, toujours en 2001, d’ajouter : "Je ne discutais pas la façon de jouer de Jo Maso, mais à force de m’entendre dire que c’était moi qui tirais les ficelles, que les soirs de défaites, c’était la faute de Basquet, j’en étais arrivé à me montrer sévère avec lui. Je me moquais de ma publicité personnelle. Je préférais travailler efficacement et conserver mon indépendance. " C’est sûr, Guy Basquet aimait trancher dans le vif. Il n’était d’aucune école particulière. Le discours sur le beau jeu et le romantisme, il n’en avait rien à faire : "La vraie politique du XV de France, c’est de gagner, un point c’est tout. Hors de cela, tout est sujet à caution."

L’oiseau et la sardine

Il aimait en rajouter dans le pragmatisme avec sa devise : "À un oiseau qui vole, je préfère une sardine sur du pain." Ode à l’efficacité plutôt qu’à la fantaisie et au romantisme. Pragmatique, il l’était jusqu’au bout. Dans les années 60, à une époque où les images ne circulaient pas, il n’avait pas peur d’appeler le rédacteur en chef du Midi Olympique, Henri Gatineau le dimanche soir. Il voulait faire savoir quel joueur avait brillé. Il avait plus confiance dans les jugements des reporters du "Jaune" que dans ses propres émissaires. "Guy me disait : "J’ai bien des gens à moi sur place, mais ils me disent toujours que c’est le joueur de leur club qui a été bon ! Pour ma sélection, je préfère m’appuyer sur ton avis." Je le donnais. J’imagine que j’ai contribué à quelques carrières et quelques destins", racontait il y a peu Gatineau, à ce propos.

Comme Ferrasse, Basquet resta toute sa vie un Agenais qui avait réussi à Paris. Il l’admettait : "En fait, la seule chose qui m’a toujours intéressé, c’est mon club, Agen. J’éprouverai toujours pour lui un amour fou. Pour le reste, je n’ai jamais aimé les fastes fédéraux…" Il balayait pourtant d’un revers de main les accusations de favoritisme. Quand il reprit directement la présidence du SUA en 1985, il entreprit de faire d’Armandie le stade le plus moderne de l’époque dans le rugby français. Il y avait des loges ! Et Basquet n’était pas peu fier de ce côté visionnaire. C’est vrai que dans la préfecture du Lot-et-Garonne, c’était un vrai seigneur. Il y avait surfé sur la vague des Trente Glorieuses, en ouvrant un magasin d’électroménager qui équipait toutes les familles qui accédaient à la modernité. Puis il était passé aux hypermarchés. Fort de cette puissance économique, en 1969, il avait sauvé la mise à Albert Ferrasse, viré de son boulot par sa belle-famille. Il avait avancé ce qu’il fallait à son complice, revenu à zéro, pour lancer une nouvelle affaire de négoce de matériaux. Basquet confortait là ce qu’on dirait de lui à sa disparition : "Il avait un grand cœur mais ne savait pas le montrer."

Jérôme Prevot

 

  • Jo Maso a fini par sortir de son collimateur

"Oui, Guy Basquet fut dur avec moi. Il me voyait comme le successeur d’André Boniface qu’il n’appréciait pas à cause de son mauvais caractère, selon lui. Alors j’étais dans son collimateur. Oui, il m’avait dit d’aller me faire couper les cheveux parce que soi-disant, ça ne faisait pas rugbyman. Deux autres internationaux y sont allés, mais pas moi. J’avais 25 ou 26 ans, je n’avais pas envie qu’on me dise ce que je devais faire. Mais un jour, il m’a appelé. Il reconnaissait qu’il avait été peu sympathique avec moi mais qu’il voulait qu’on se réconcilie et qu’on se retrouve chez les Barbarians. Au début, je pensais à un canular, je croyais qu’André Boniface me faisait une blague. Nous nous sommes donc retrouvés, et les Barbarians l’avaient métamorphosé. Je suis allé à son enterrement en 2006 et son épouse m’a ensuite envoyé une lettre très émouvante."

  • Elevé à la dure

Guy Basquet était un fils d'agriculteur, plutôt aisé, mais il avait été élevé à la dure. Tout jeune joueur, il avait déposé dans l'assiette de son père un article que le « Petit Bleu » lui avait consacré. Il s'attendait à des paroles de fierté ; il s'était fait reprendre de volée. « Tu t'en es gonflé de cette article ! Va dans ta chambre tu ne mangeras pas ce soir  ! » Imagine-ton un joueur d'aujourd'hui traité ainsi ?

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Les commentaires (1)
CasimirLeYeti Il y a 4 jours Le 12/07/2019 à 16:39

Toute proportion gardée, les Carbone et Spirito de l'Ovalie !