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XV de France

Slimani : « Que me reproche-t-on, au juste ? »

Il a été aligné à cinquante reprises par les sélectionneurs successifs. malgré cela, a-t-il eu peur de manquer le Mondial japonais ? Sa réputation auprès de certains arbitres a-t-elle failli lui coûter sa place ? Il s’explique...

Comment avez-vous vécu le début du stage de l’équipe de France ? 

Franchement, on souffre tous beaucoup pour se faire la caisse (sic) et préparer au mieux cette Coupe du monde. Vous savez, je ne suis pas fan de préparation physique mais cette année, le staff a fait du rugby une donnée majeure de ce travail. On bosse avec ballon et au final, c’est beaucoup plus facile à absorber. 

Y a-t-il eu un moment, ces derniers mois, où vous vous êtes dit : « Je ne la ferai pas cette Coupe du monde » ?

Oui. à la tournée d’automne 2018, j’étais souvent remplaçant et quelques mois plus tard, je n’ai pas disputé un seul match du Tournoi à cause d’une blessure au mollet. J’ai pensé à tout, forcément. C’est Clermont qui m’a maintenu la tête hors de l’eau et relancé. 

En fait, vous n’étiez plus un premier choix parce que vous étiez trop pénalisé en mêlée fermée, n’est-ce pas ?

(agacé) Je n’entends parler que de ça. Mais je n’ai jamais eu de problème avec les arbitres, en fait. Un seul d’entre-eux m’a beaucoup pénalisé sur un match  (à l’été 2018, Jaco Peyper avait sanctionné trois fois Rabah Slimani, soupçonné d’effondrer l’édifice, N.D.L.R.) et les gens ont pensé : « Slimani va être sanctionné ! Il va nous coûter des points ! Il faut se passer de lui ! » Mais si je n’étais plus en équipe de France, c’est avant tout parce que la concurrence au poste était féroce.

Vous a-t-on aussi reproché une trop faible activité dans le jeu courant ?

Aussi, oui. J’y travaille avec Franck (Azéma) en club et Jacques (Brunel) en sélection. 

Qu’avez-vous ressenti le jour où Jaco Peyper vous a tellement sanctionné ?

Je n’y croyais pas. Avant le match face à la Nouvelle-Zélande, on m’avait pourtant prévenu : « fais attention, les Néo-Zélandais ont envoyé une vidéo à l’arbitre ». Je m’étais dit que ce n’était pas grave, qu’ils s’étaient plaint avant le match et que ça n’irait pas plus loin. 

Et puis ?

Trois pénalités sur trois mêlées consécutives, je n’y croyais pas ! J’étais pénalisé même lorsque je ne faisais rien. Je l’ai très mal pris. 

On vous comprend...

Surtout que plus tard, lors d’un match de Coupe d’Europe, Nigel Owens est venu me voir et m’a dit : « Je n’ai rien à te dire, ta position me convient. » Le pire, c’est que Wayne Barnes m’a dit la même chose quelques mois plus tard : « C’est cool, Rabah, c’est bien ! » D’un match à l’autre, tout change. C’est à n’y rien comprendre. 

Avez-vous changé votre façon de pousser en mêlée depuis vos débuts ?

Non, ou alors très peu. Et je me pose souvent cette question : « Mais que me reproche-t-on, au juste ? » Certains vont me dire « coude trop haut », d’autres « position trop basse » ou alors « mauvaise liaison »... Un jour, on m’a même dit que j’étais trop petit ! […] C’est frustrant. On bosse toute l’année pour dominer l’adversaire et derrière, on se rend compte que la sanction en mêlée est très souvent aléatoire. 

On a l’impression que cette place en Coupe du monde, vous l’avez pourtant gagnée sur ce seul exercice, en brisant tous les piliers gauches en fin de saison... 

(il sourit) Je ne sais pas, il faut demander aux coachs. L’objectif, c’était de bien terminer avec le club, de montrer ce que je savais faire. 

Vous sentez-vous comme un survivant, de la race des piliers à l’ancienne ?

Je ne sais pas... Il ne faut pas non plus me cantonner qu’à ça. 

Pensez-vous pouvoir coller aux objectifs de déplacement et de vitesse demandés par Thibault Giroud, le préparateur physique ?

Ça ne me fait pas peur.  Malgré les jambes lourdes, je suis le rythme, j’ai le sourire. 

Au Japon, vous risquez de recroiser la route de Joe Marler, le pilier gauche des Harlequins et du XV de la Rose. Quelle est votre opinion sur lui ?

J’aime bien le bonhomme, on s’entend bien. Quand il a annoncé sa retraite internationale il y a quelques mois (avant d’en sortir pour participer au Mondial, N.D.L.R.), je lui ai même envoyé un message d’encouragement. Il m’avait répondu gentiment. 

Comment avez-vous sympathisé ?

Au fil des mêlées, tout simplement. Entre piliers, c’est une histoire de feeling : au premier regard, tu sais si le courant peut passer ou pas. Je vais vous raconter un truc bête : ma rééducation, je l’ai faite à Saint-Raphaël ; un jour où j’étais en terrasse avec ma compagne, je me dis : « la tête du mec en face me dit quelque chose ». C’était Samson Lee, le pilier gallois. On s’est regardé, on a souri, il s’est levé et on a discuté un petit moment, de façon très simple. ça se passe comme ça, entre piliers !

Jefferson Poirot nous disait récemment : « L’équipe de France n’a pas le droit d’être éliminée au premier tour »...

Quand on voit l’équipe qu’on a, je me dis que cette équipe de France peut aller loin. Si on bat l’Angleterre, l’Argentine, les Etats-Unis et les Tonga en poule, on peut faire quelque chose par la suite, c’est évident.

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