• À l’image d’Anthony Belleau, les réservistes souffrent autant que les autres, s’accrochant à un improbable espoir entretenu par Jacques Brunel.
    À l’image d’Anthony Belleau, les réservistes souffrent autant que les autres, s’accrochant à un improbable espoir entretenu par Jacques Brunel. Icon Sport - Icon Sport
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XV de France

La drôle d'aventure des réservistes

Ils savent qu’ils ne s’envoleront pas pour le Japon mais se préparent. Au cas où...

L’avez-vous remarqué? Pour piquer toujours plus ses hommes et les inciter à donner le meilleur d’eux-mêmes, Jacques Brunel s’amuse depuis une quinzaine de jours à un drôle de petit jeu, expliquant sérieusement que malgré l’annonce d’un groupe de 31 joueurs plus 7réservistes pour la Coupe du monde, la donne peut encore changer d’ici le départ pour le Japon… Trop gros pour être vrai, bien sûr. Sauf que le sélectionneur n’a pas hésité à persévérer jeudi, jurant que «le petit avantage attribué à certains au début peut s’inverser si celui qui est considéré partant ne remplissait pas les conditions pour partir avec nous. » Un martèlement qui a logiquement fini par peser dans l’esprit des joueurs, ainsi que le confirmait le deuxième ligne Paul Gabrillagues. «On sait que rien n’est acquis et que si on ne travaille pas bien on peut être sanctionné au dernier moment. »

Deux forfaits, Pas de « Rabiot »

La preuve? Jacques Brunel n’a pas hésité à préciser que tous les joueurs du groupe (hormis le suspendu Bernard Le Roux) passeront sous les fourches caudines des matchs de préparation. De quoi faire espérer aux réservistes de décrocher un strapontin pour le Japon sur le fil, à la grâce d’une prestation individuelle aboutie? «On se dit que ce n’est pas fini, qu’il reste une petite chance, alors on se donne à 200 % pour s’éviter les regrets, soufflait le jeune ouvreur toulonnais Anthony Belleau. Sur trois matchs, beaucoup de choses peuvent arriver. Et on se dit qu’au pire, on sera prêt pour la reprise du championnat. » Alors pas question, pour le jeune Varois comme pour les autres, de jouer les Adrien Rabiot et de refuser son sort. «Je peux comprendre la déception qu’il a eue, disait-il en référence à l’ancien joueur du PSG. Mais de là à refuser de rendre service à son équipe nationale… C’était un peu ridicule, à mon avis. »
Alors, investis à 100 %, les réservistes ? Oui… et non. Car malgré toute la bonne volonté du monde, un homme n’est qu’un homme, avec ses limites. Ainsi, sans vouloir gloser quant à la supériorité de l’esprit sur la matière, il n’est pas si anodin devoir que ce sont deux réservistes, Paul Willemse et Étienne Falgoux, qui ont cédé les premiers face à la charge de travail imposée à leurs muscles par le préparateur physique Thibault Giroud. Signe qu’au fond, il demeure difficile de se dépasser lorsqu’on sait inconsciemment que ses efforts risquent d’être vains? Peut-être bien…

Pour le bien du groupe

Et pourtant, c’est bien de suppléants motivés au plus haut point dont Jacques Brunel a besoin, pour pousser ses 31 élus. Sa menace d’un bouleversement de l’ordre établi demeurant une astuce aussi éculée que la légende du croque-mitaine pour s’assurer le calme des enfants… Car au-delà de devoir emmener ses hommes au top sur le point physique, c’est surtout tout un groupe que le boss doit conduire à son meilleur niveau. «Lors de la phase de poule il y aura des matchs tous les 4 jours, et le même XV ne pourra pas tous les assumer. C’est pourquoi, pour les matchs que l’on est censé devoir gagner contre les États-Unis ou le Tonga, il va aussi falloir des équipes costaudes. Au-delà d’une ossature, on recherche une qualité homogène de notre groupe. »
Et comme en sport collectif la qualité d’une équipe se nivelle toujours par le bas, cette homogénéité passe (malheureusement pour eux) par des réservistes au plus haut niveau possible, qu’il s’agit de booster sans cesse, quitte à leur suggérer une improbable carotte. Cynique? Oui, peut-être. Sauf les sélectionneurs des autres nations, eux, élimineront des joueurs dont ils connaissent déjà l’identité au terme de leur préparation, après les avoir nourris de faux espoirs. Pas vraiment moins cruel… 

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