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    CVC : ce géant qui veut changer l’Europe
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Horizons

CVC : ce géant qui veut changer l’Europe

Le rugby professionnel traverse actuellement une crise financière qui ouvre une voie royale à des géants tels CVC. Est-ce une bonne nouvelle ? Ou le début des ennuis ?

Pour l’instant, le gigantesque fonds d’investissement CVC ne détient "que" 27 % du championnat d’Angleterre et 24 % de la Ligue celte. En l’état, il ne peut donc décider seul de l’avenir du rugby celto-britannique. Mais quand le puissant actionnaire cause, on l’écoute. Cette semaine, nos confrères du Rugby Paper dévoilaient, via la voix anonyme d’un président de club du Premiership, que CVC, nouvel argentier du rugby européen, voulait regrouper Ligue celte et Premiership afin de n’en faire qu’une seule et même compétition. De fait, si ce projet de "coupe d’Europe des clubs français" voyait le jour, ce serait un violent coup porté à la Champions Cup, dont la spécificité transfrontalière n’aurait alors plus rien d’exclusif, soit de rare. Est-on loin d’un tel accomplissement ? "C’est du fantasme, nous confiait mardi soir un influent président de club anglais. Cette idée de tournoi n’est que le souhait des provinces galloises, qui espèrent ainsi éviter la banqueroute." Pour l’instant, les dirigeants de l’EPCR (l’institution gérant les compétitions européennes) regardent tout ça d’un œil circonspect, ne sachant si les Grands-Bretons bluffent ou s’il y a un fond de vérité dans cette histoire.

CVC ou la banqueroute ?

Mercredi matin, un dirigeant de l’institution concédait : "Nous avons évoqué ce dossier en réunion mais sans en faire un sujet majeur. On est dans l’expectative : ni en position de force, ni vraiment menacé. D’un côté, nous avons l’impression que cette information a fuité dans la presse pour tâter le terrain et que ce projet est mort-né. De l’autre, on connaît le pouvoir de persuasion de CVC : dans le business, le payeur décide." Surtout lorsque le payeur est si gros : CVC, qui vient d’acheter la Formule 1 pour 7,1 milliards d’euros, pèse plus de 100 milliards d’euros en totalité, de quoi faire passer une hypothétique coalition Altrad-Lorenzetti-Wild pour une aimable association d’épiciers. À l’heure actuelle, la majeure partie des clubs anglais est opposée à la réforme, l’opinion n’y voit pas d’intérêt réel et les provinces irlandaises, que le fonds d’investissement voudrait voir plier le genou, refusent à entrer en négociations. De fait, la fédération irlandaise (qui tient les provinces) a récemment annoncé un bénéfice net de plusieurs millions d’euros sur l’exercice 2018-2019, se sent forte et donc peu encline à perdre son indépendance. Pourra-t-elle néanmoins résister, seule contre tous ? Difficile à dire… Aujourd’hui, c’est le monde du rugby dans sa globalité qui est au bord de la syncope : la fédération anglaise, en souffrance, sort d’un plan de licenciement ; les provinces galloises perdent chacune plusieurs millions d‘euros par an et ne doivent leur survie qu’à la générosité de quelques "sugar daddies" ; la Nouvelle-Zélande, l’Australie et l’Afrique du Sud tirent la langue et, dans ce paysage aux abois, seuls la Ligue Nationale de Rugby, le modèle japonais tenu par ses entreprises et le schéma irlandais font encore des bénéfices. Mais jusqu’à quand ? Passé l’échec de la Ligue Mondiale portée par Agustin Pichot et qui aurait pu rapporter 6 millions d’euros par an à chaque fédération, on ne voit pas vraiment ce qui pourrait empêcher le rugby pro de tomber, aux quatre coins du monde, entre les mains de fonds d’investissement qui le saucissonneront pour le vendre, sous forme de "package", aux chaînes de télés. On ne sait s’il faut considérer ces nouveaux argentiers du rugby comme des bienfaiteurs… Ou des pirates.

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