• Le staff des Bleus à l'entraînement
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Edito

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L'édito d'Emmanuel Massicard... Même la plus séduisante des médailles a son revers… Le tout rugby décrété à longueur de stages par Fabien Galthié est, disons-le en toute franchise, une aubaine pour le XV de France qui trouve enfin l’occasion de rattraper une partie du temps perdu depuis un an et demi.

Parce que, vous connaissez la chanson, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Surtout quand les meilleurs sur l’échelle de la longévité ne terminent pas champions, rincés qu’ils sont à l’approche des joutes finales. Et nous, français, en savons particulièrement quelque chose avec le Top 14 qui brouille les pistes à chaque doublon et redistribue régulièrement les cartes lors de ses phases finales… Alors pourquoi ne pas croire en nos Bleus, ces morts-vivants en passe de retrouver leur capacité à filer la sainte trouille aux adversaires… Après les avoir fait rire - ou pleurer - ces dernières années.

Nous n’en sommes pas là. Rendez-vous au Japon, dans un mois et demi, pour tirer le premier bilan de la révolution Galthié. Mais soyez sûrs d’une chose au moins : quels que soient les résultats, il est hors de question de galvauder la chance du rugby de France. Lui qui aborde enfin un rendez-vous international sans se réfugier derrière le culte du tout physique qui nous a conduits à la ruine, en 2015 notamment. Cette quête de la préparation bodybuildée n’est jamais rien d’autre que l’arme des faibles. Un mensonge destiné à nous laisser croire que le talent n’est rien face aux vertus conjuguées de la sueur et du travail. Comme si tous les chevaux de trait pouvaient un jour remporter le prix d’Amérique… Mon œil !

à force de regarder sans fin vers le bas, nous avons tout simplement oublié la part centrale du jeu. Sa beauté, la richesse de sa réflexion et l’ingéniosité qu’il devrait induire pour l’éternité. Il nous paraît appartenir aux techniciens de tous crins la responsabilité de ne jamais l’oublier.

Alors, le revers de la médaille ? Enfermé dans sa quête de rédemption sportive, concentré autour des choses du ballon, le XV de France s’est hélas recroquevillé sur lui-même. Il ne voit personne ou presque, en dehors de son staff pléthorique. Il communique avec la presse au compte-gouttes et échange encore moins avec le public, se contente de "stories" qui ne veulent rien dire, diffusées sur les réseaux sociaux pour donner le change et entretenir l’illusion d’une émotion.

On a déjà dit, écrit, regretté la stupidité d’une telle stratégie d’isolement pour une discipline en perte de vitesse. La folie de ne pas profiter de l’aubaine que constitue un Mondial pour se refaire la cerise. On l’a déjà dit, oui, mais comment se résigner face à la perte régulière de licenciés ?

Il faut croire que la mission de "service public" imposée par Serge Simon à Guy Novès lors de la tournée d’été 2017 n’a pas résisté, elle non plus, à l’audit du vice-président fédéral en charge des équipes de France. C’est pourtant bien lui qui avait alors envoyé les Bleus en tournée de promotion à Mayotte et La Réunion avant d’aller défier les Springboks chez eux. C’est toujours lui qui, avant l’intronisation de Fabien Galthié, a validé le programme de préparation du Mondial japonais, avec des stages à Monaco et en Espagne (Valence), ces drôles de territoires à conquérir pour le rugby français qui éloignent les Bleus des médias et du cœur des supporters. Qui les privent surtout pour le moment de cette petite étincelle née de la chaleur populaire qui éveillerait l’émotion, la passion et ferait jaillir la part du beau qui semble poindre du projet tricolore.

En fait, tout se passe comme si notre vitrine n’avait pas besoin de personne pour exister et qu’elle s’en remettrait, toujours et encore, à un improbable exploit sportif pour écrire sa légende. Une bouteille à la mer, lancée depuis une plage de la Costa Blanca…

Midi Olympique
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