• "Je n’ai jamais revu la finale 2011"
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Préparation Coupe du monde

Médard : « Je n’ai jamais revu la finale 2011 »

Pendant le stage du XV de France dans la région de Valence en Espagne, l’arrière du Stade toulousain est revenu sur sa dernière saison avec Toulouse et sur ses espoirs pour la Coupe du monde au Japon. Retour sur une carrière riche.

Peut-on dire que la Coupe du monde au Japon sera votre dernier défi en équipe de France ?

Je ne suis pas encore à la Coupe du monde mais être pris pour la préparation et pour le Mondial c’était un de mes objectifs. Après une aussi belle saison avec le Stade toulousain, cela concrétise les efforts de tout un club, de notre équipe. Beaucoup de Toulousains sont dans le groupe et certains qui n’avaient pas été appelés depuis un moment. Cela prouve la qualité de notre saison. Pour moi, c’était un défi important de faire partie de cette aventure, car à mon âge, même si plein de choses vont arriver après le rugby d’ici peu, je sais que mon avenir en Bleu, ou plutôt la fin de ma carrière en Bleu est assez proche. Donc je suis très heureux d’être là.

Mais vous n’avez pas annoncé que vous prendriez votre retraite internationale après la Coupe du monde, contrairement à certains de vos coéquipiers…

Moi je dis que ma fin en Bleu est proche parce que les jeunes arrivent. Ils poussent fort derrière maintenant on va voir comment se passe la préparation. Si je vais au Japon je donnerai tout pour l’équipe et mon pays. Après on verra. Je ne me projette pas après cette Coupe du monde. Je reste focalisé sur le moment présent.

Vous parliez de la saison du Stade toulousain, est-ce la plus belle de votre carrière, aussi bien pour le résultat final que l’aventure humaine ?

J’ai vécu plein d’autres saisons sympas. Mais après des années difficiles, après de nombreux changements au Stade toulousain, pouvoir rebondir de cette manière c’est beau. Je ne sais pas si le club était prêt à ce que ça se fasse aussi rapidement mais en tout cas la sauce a bien pris. Avec des nouveaux joueurs, un nouveau président, un nouveau coach, un engouement qui est revenu et un jeu total. J’ai souvent parlé d’une bande de potes pendant toute l’année pour décrire l’atmosphère mais c’est vraiment ce que j’ai ressenti. Personne ne jugeait les autres. Tout le monde a pu s’exprimer quand il le souhaitait. On a vécu des choses extraordinaires. Et de l’extérieur, nous avons renvoyé l’image de joueurs qui prenaient beaucoup de plaisir sur le terrain. C’est génial.

Le plaisir, c’est finalement presque tabou dans un sport professionnel où tout devient programmé. Était-ce le plus important à retrouver ? Est-ce finalement le déclic qui vous a permis de retrouver votre niveau de performance ?

Il y a des moments où tu prends moins de plaisir. L’hiver dans la gadoue ou au cours de saisons difficiles. Surtout aujourd’hui, où tu peux faire une bonne année et enchaîner par une très mauvaise saison. Il faut profiter de ces instants et de cette saison magnifique mais le Stade toulousain doit vite se remettre au travail pour continuer sur cette lancée. C’est vrai que ce mot plaisir m’a souvent guidé. Mais je n’oublie pas les moments qui ont été durs.

Avec votre non-sélection pour la Coupe du monde en 2015 et par la suite des années plus difficiles en club, on pouvait penser que l’apogée de votre carrière était passé. Participer à cette Coupe du monde au Japon doit être encore plus exaltant ?

J’ai souvent montré mon caractère. C’est vrai que j’ai connu des hauts et des bas dans ma carrière mais j’ai toujours montré que j’en voulais, que l’on pouvait toujours compter sur moi. Je me suis toujours battu pour essayer de rester au très haut niveau. Ce n’est pas toujours évident. On sait tous que nos saisons sont longues et éprouvantes. Il y a aussi les blessures et le rugby est avant tout un sport d’équipe donc forcément parfois ça se passe mal. Au Stade, il a fallu surtout digérer le départ de Guy, le départ de René Bouscatel et les arrivées d’autres personnes. Cela prend du temps et les bons résultats n’étaient pas là. Forcément c’est difficile de s’exprimer quand beaucoup de choses vont mal.

Il faut guider ces jeunes, par quelques gestes et leur montrer le droit chemin. Mais surtout sans les brider. Il faut leur laisser faire comme ils le sentent.

Les joueurs de votre génération ont-ils eu plus de mal que l’on pouvait penser à digérer le départ de Guy Novès ?

Nous avions été éduqués par Guy. Il avait une emprise énorme sur le vestiaire. Le temps était nécessaire pour digérer, pour mettre en place de nouvelles choses, de voir émerger des idées nouvelles sous la houlette de Didier Lacroix. C’est quelqu’un qui fédère et il a réussi à amener tout le monde derrière lui. René avait fait un travail remarquable pendant toute sa carrière mais à un moment donné… J’ai lu une interview de Thomas Castaignède qui disait : "Aujourd’hui je suis là mais j’espère que dans dix ans ça sera quelqu’un d’autre. " Voilà, nous sommes juste de passage. Je pense que si le Stade veut évoluer, il faut du changement en continuant de s’appuyer sur des personnes comme ça et sur des anciens joueurs. Il faut se renouveler constamment surtout dans le monde du rugby où tout évolue énormément. Que ce soit sur le terrain mais aussi en dehors.

Revenons à cette Coupe du monde au Japon. Ça sera votre deuxième après 2011. Vous êtes le seul joueur du groupe à avoir disputé une finale. Quel souvenir en gardez-vous ? Est-ce que certains coéquipiers vous en parlent ?

C’est loin… Je pense que ça restera toujours un souvenir énorme pour moi. Certains joueurs de maintenant n’ont peut-être pas vu la finale, d’autres certainement. Je n’ai pas forcément envie d’en parler. C’était il y a huit ans maintenant. C’était un autre rugby… Nous ne sommes pas les seuls à être allés en finale mais c’est vrai que mourir à un point face aux Blacks, chez eux… Je n’ai jamais revu la finale. Jamais. C’est toujours ancré en moi. C’est toujours douloureux. C’est peut-être un peu moins fort mais c’est gravé à vie. Maintenant quand tu as joué une finale, tu as envie de disputer une autre Coupe du monde et travailler pour prétendre à ce titre suprême… Penser à cette finale… C’est toujours douloureux quand même.

En 2015, vous n’êtes pas sélectionné, puis vous n’êtes pas rappelé quand Yoann Huget se blesse lors du premier match. Étiez-vous en colère ?

On m’avait surtout fait penser que s’il y avait une blessure je serais convoqué. Après, vu le profil de Yoann, celui de Rémy Grosso devait être celui qui s’en rapprochait le plus. Je pense… C’est un choix et je le respecte. J’avais fait une très bonne année en club. J’ai espéré… J’ai espéré mais ce n’est pas venu. Mais je n’ai pas de regret car j’ai tout donné. Il est aussi vrai que j’avais été bon en club, certainement une de mes meilleures saisons mais en équipe de France, ça s’était moins bien passé. Je suis le premier à reconnaître que je n’avais pas été très bon sur le terrain. Mais j’avais tout donné pour essayer d’avoir une place. Quand tu reçois l’appel pour te dire que tu n’y es pas, c’est toujours difficile.

En 2019, vous avez l’occasion de disputer une Coupe du monde avec votre ami Yoann Huget pour la première fois. Est-ce un bonheur supplémentaire ?

Ça avait été très dur en 2011 car j’étais en chambre avec Yoann (suspendu trois mois pour trois no show le 19 août 2011, N.D.L.R). Nous avons toujours été proches, que ce soit sur le terrain ou en dehors. Ça avait été très dur car je trouvais que c’était une injustice… Il ne s’était pas plaint. Il n’avait rien dit et s’était envoyé comme un âne pendant toute la préparation physique. Au dernier moment, on te dit que tu ne feras pas la Coupe du monde. Après, je suis conscient qu’un règlement existe. Il n’y avait rien à faire ni à contester. Mais… Dire à un sportif de haut niveau, qui ne triche pas, qui travaille dur, et qui est sur le point de toucher ce à quoi il rêve depuis tout petit et quand lui enlève tout même pas un mois avant le début de la compétition, je trouve ça très dur. Je crois que "Yo" a une relation particulière avec la Coupe du monde puisque malheureusement en 2015 il s’est blessé dès le premier match. J’espère que l’on va faire celle-là ensemble et que l’on ira au bout. Que l’histoire sera enfin belle.

À chaque période où vous avez connu des périodes moins bonnes sur le terrain, vous avez trouvé des échappatoires. Est-ce toujours le cas ?

Ce n’est pas cherché bien loin. Aller à la boxe à Blagnac m’a toujours fait du bien. Maintenant, j’y vais moins car j’ai un problème à un doigt. Mais la boxe a été vraiment bénéfique, que ce soit à 20 ans pour perdre du poids ou que ce soit pour me remettre dans le droit chemin quand ça n’allait pas. Maintenant, j’ai mes petites habitudes quand ça va moins bien. J’ai mes endroits où je me sens bien, où je peux me ressourcer. Aujourd’hui, cela passe surtout par des moments en famille ou avec des amis qui me connaissent très bien.

Avec l’expérience avez-vous pris du recul par rapport aux succès et aux échecs ?

Je suis toujours aussi fou à l’intérieur quand je perds. Mais j’essaie de le contenir au maximum. Je déteste la défaite. C’est la chose que je hais le plus au monde. Mais ça arrive et il faut savoir en tirer des leçons. Le meilleur exemple, c’est quand nous avons perdu cette saison à la maison contre Castres. Cela nous a permis de nous poser les bonnes questions. Les joueurs, les coachs, nous avons discuté, nous avons avancé et cela nous a permis d’être champions de France à la fin de l’année. Bien sûr, on a perdu le derby, contre une équipe contre qui nous perdions depuis quelque temps, contre qui c’est toujours tendu. On avait besoin de trouver des solutions. Et pour chaque échec, il y a toujours une solution. Nous avons réfléchi et nous l’avons trouvé. Il faut aussi se dire qu’il y a des choses bien plus graves dans la vie. Il faut simplement avancer.

Avec Guilhem Guirado et Louis Picamoles, vous avez fait le pôle France en 2004-2005 et vous êtes aujourd’hui les plus anciens. Est-ce que vous pouviez imaginer une telle carrière ? Est-ce que vous auriez pensé que Guilhem puisse devenir un jour le capitaine de l’équipe de France ?

Ça veut dire que l’on a réussi à durer dans ce rugby âpre et intense. On peut se tirer un petit coup de chapeau (rires). On peut être assez fier de notre carrière. Guilhem, ce n’était peut-être pas un leader il y a dix ans ni le plus expressif mais il a évolué, il a changé en dix ans. Il a grandi et je crois que c’est un très bon capitaine. Je suis très content pour lui.

Personne ne croit en nous donc ce n’est pas plus mal. On est toujours bien, nous les Français, quand nous ne sommes pas favoris.

Vous êtes aujourd’hui un des plus anciens chez les Bleus et un cadre au Stade toulousain. Est-ce qu’il a été facile de prendre le rôle de cadre, de celui qui guide alors que vous avez très longtemps joué dans des équipes avec des leaders forts, où vous n’aviez pas besoin d’endosser ce rôle ?

Il y a un an ma réponse aurait été différente. J’aurai dit que c’était quelque chose de difficile. Mais la dernière saison m’a fait le plus grand bien par rapport ça. J’ai senti ce côté leader germer, cette volonté de discuter avec les jeunes pour qu’ils se transcendent et donnent tout pour l’équipe. Surtout, j’avais été managé de manière totalement différente à mes débuts. Aujourd’hui, c’est une nouvelle génération. Il faut guider ces jeunes, par quelques gestes et leur montrer le droit chemin. Mais surtout sans les brider. Il faut leur laisser faire comme ils le sentent. Ce sont des joueurs bien préparés au haut niveau depuis longtemps. Je crois que ce sont des diamants et il faut les tailler progressivement. Ce sont des très, très grands joueurs qui arrivent. Rien n’était programmé pour moi, tout s’est fait naturellement après le match de Castres. Ce jour-là, j’ai poussé une gueulante. J’estimais que l’on n’avait pas le droit de baisser la tête quand on porte le maillot du Stade. C’est pareil ailleurs mais moi je suis du Stade et je l’ai en moi. Il ne fallait pas baisser la tête même si nous étions en train de perdre. Il faut toujours continuer à se battre, à espérer quelque chose. Parfois tu tombes sur plus fort et, ce jour-là, Castres avait été plus fort que nous mentalement et tactiquement sur le match. C’était à nous de réagir. Puis tout s’est enchaîné. Tout le monde a pris la parole, tout le monde a participé à la discussion, tout le monde a dit ce qu’il pensait. Franchement, c’était un très bon moment finalement. J’ai pris mon rôle naturellement, progressivement et sans forcer ma nature.

Faut-il s’attendre à la même chose dans ce groupe France ?

Je ne sais pas. Je vais essayer de trouver ma place, d’amener mon ressenti, mon expérience. Mais les jeunes sont talentueux et tu n’as besoin de leur dire que deux ou trois mots. Ils sont très professionnels et ils sont vraiment exceptionnels.

Vous évoquiez l’après rugby. Votre reconversion est-elle déjà très présente dans votre quotidien ?

Je pense effectivement à l’après rugby. J’ai déjà une société à Paris et j’ai d’autres projets en cours. Je préfère l’anticiper que le moment venu. Ça me permet aussi de m’évader du rugby et de penser à autre chose. Ce sont deux parties de ma vie assez différentes mais les gérer en même temps est quelque chose d’assez plaisant.

Vous avez prolongé votre contrat et vous êtes liés au Stade toulousain pour encore deux saisons, plus une en option. Pensez-vous aller encore plus loin, faire une dernière année ailleurs ?

Je ne sais pas… On verra comment je serai dans deux ou trois ans : physiquement et mentalement. Est-ce que j’aurai toujours l’énergie pour pouvoir faire une année supplémentaire que ce soit au Stade ou ailleurs ? Après j’ai la chance d’évoluer dans un des plus grands clubs. Ça a toujours été celui de mon cœur. C’est le club qui m’a fait grandir en tant que joueur mais surtout en tant qu’homme tout en me permettant d’atteindre mes objectifs. Je dois beaucoup au Stade toulousain. C’est quelque chose de très fort. Bien sûr sur le plan du rugby mais il m’a surtout permis de devenir ce que je suis aujourd’hui. Toulouse, c’est la ville où j’ai fondé ma famille avec ma femme et ma fille. C’est beau donc on verra si dans trois ans j’ai envie de faire une année supplémentaire. Mais c’est vraiment très loin.

Arrivez-vous à projeter au Japon alors que vous êtes ici en Espagne ?

Pour l’instant, nous sommes en pleine préparation donc ce n’est pas évident. Nous avons commencé à regarder le Rugby Championship avec les Argentins. Les Jaguares ont fait une saison fantastique et ils ont failli gagner contre les Blacks. C’est une sacrée équipe. Notre objectif c’est ce premier match et après on verra.

Est-ce énervant d’entendre que la France pourrait ne pas sortir de sa poule, que les deux premières places sont promises à l’Argentine et l’Angleterre ?

Non… Personne ne croit en nous donc ce n’est pas plus mal. On est toujours bien, nous les Français, quand nous ne sommes pas favoris. C’est sûr que l’on ne part au Japon pas avec cette étiquette. Mais, je sais que l’on fait une préparation sérieuse, que tout le monde s’y file et nous sommes bons quand nous ne sommes pas favoris.

Vous avez peu joué à l’arrière au Stade toulousain cette saison avec la concurrence de Thomas Ramos et Cheslin Kolbe. On a pourtant l’impression que vous postulez à ce poste pour la Coupe du monde…

On ne m’a rien dit pour l’instant. Mais comme je dis depuis longtemps : quand tu es en équipe de France c’est super. C’est un honneur. Que je sois titulaire à l’aile ou l’arrière je serais très content. Si je suis remplaçant, je serais très content. Et si je suis dans le groupe mais dans les tribunes je serais aussi très content. Il faut accepter cette part de l’aventure car si on veut aller jusqu’au bout c’est tout un groupe qui doit être à l’unisson. Pour l’instant, je me positionne plus à l’arrière mais si je suis à l’aile je donnerai tout ce que je peux. Et puis si je suis remplaçant, je serai remplaçant.

Vous aviez effectivement dit que vous étiez prêt à être le Adil Rami (Champion du monde de football sans avoir disputé la moindre minute pendant la compétition) du XV de France dès novembre dernier. Vous n’avez pas changé d’avis maintenant que vous êtes dans le groupe ?

J’ai envie d’être moi-même surtout. Ni untel ni untel. Juste moi-même, surtout au regard de son actualité (rires).

On sent votre envie de profiter un maximum de cette aventure…

Attention, ce n’est pas profiter. Je suis là avec un but : disputer une Coupe du monde. Je ne suis pas là pour profiter mais pour travailler. Nous sommes tous là pour gagner la Coupe du monde. Certes, les gens ne doivent pas nous voir champions mais on va tout faire pour l’être.

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CasimirLeYeti Il y a 2 mois Le 05/08/2019 à 22:24

Ah, Maxime ! Une chose est sûre, si un jour tu tournes la page du Rugby à Toulouse, tu nous manqueras éternellement comme ce titre en 2011 après une finale volée contre le pays hôte, au pays du long nuage blanc, Aotearoa...