Publié le / Modifié le
XV de France

Le grand bluff

C’est une rengaine qui revient souvent avant les matchs amicaux : celle selon laquelle les protagonistes vont "cacher" leur jeu. Mieux, certains vont jusqu’à dire qu’ils vont changer leur façon de jouer pour ne rien dévoiler du plan de jeu qu’ils utiliseront au Mondial. Mais permettez-nous de vous avouer que celle-ci nous fait doucement rire. Pourquoi ? Parce qu’une équipe (et encore plus une sélection, dont les membres ne passent qu’un temps très restreint ensemble) ne change pas de jeu comme l’on change de chemise, et cela, pour trois raisons. La première, c’est que les staffs et joueurs n’ont que peu de temps pour acquérir des repères communs en situation réelle. Les Bleus, comme d’autres, n’auront que trois tests pour le faire. Une misère quand on sait qu’il n’y a en France pas autant de cohérence entre les clubs et la sélection que dans des pays comme l’Irlande où Joe Schmidt est une sorte de directeur général du rugby irlandais. La deuxième, c’est que les plans de jeu sont en partie dictés par les profils des joueurs sélectionnés : même s’il est possible de façonner des XV de départ bien différents, les sélectionneurs choisissent les joueurs les plus à même de convenir au plan de jeu qu’ils mettent en place. D’où certains choix forts comme l’éviction de joueurs aux profils très marqués comme Mathieu Bastareaud, ou la sélection de Charles Ollivon, qui n’a que très peu joué. Enfin, ces matchs sont essentiellement des revues d’effectif. Ce n’est pas un hasard si les Bleus et les Écossais étaient d’accord pour composer des feuilles de match à 28 joueurs… Seulement, World Rugby a refusé. Voilà pourquoi il nous apparaît exagéré de dire que les équipes vont "bluffer" et délibérément cacher leur plan de jeu durant ces matchs amicaux. En revanche, on sait qu’il gardera soigneusement dans leur manche quelques combinaisons en touche et quelques lancements de jeu qu’ils ont déjà soigneusement préparés pour leurs futurs adversaires à la Coupe du monde, après avoir minutieusement étudié ces derniers à la vidéo. S. V.

Un casse-tête, plusieurs équations

Pour tous sélectionneurs, de tous sports, les matchs de préparation à un événement majeur s’apparentent à un casse-tête. Alors, que décider ? Est-il préférable de procéder à une large revue d’effectif voire à des expérimentations, afin d’obtenir davantage d’éléments de réponse avant de trancher ? Ne vaut-il pas mieux commencer à constituer une équipe type pour acquérir le maximum de repères ? Les cadres ne doivent-ils pas être économisés voire protégés pour s’éviter un forfait majeur ?

Partout, sur la planète rugby, de telles interrogations se posent. En Argentine, par exemple, Mario Ledesma s’arrache ses derniers cheveux au moment de coucher ses compositions, entre mise au repos plus ou moins forcée de Jaguares éreintés et intégration d’Européens si souvent boudés, le tout avec l’obsession de parvenir à une cohésion en peu de temps. En Afrique du Sud, la sélection a retrouvé de sa superbe cet été et, déjà, la vox populi supplie Rassie Erasmus de "mettre Handre Pollard dans du coton", comme l’écrit l’éditorialiste Rob Houwing. L’actualité des matchs de préparation rendrait presque paranoïaque : en Irlande, Joey Carbery, la doublure de luxe de Jonathan Sexton, est engagé dans une course contre-la-montre après s’être tordu une cheville lors du premier galop d’essai ; une semaine après, le numéro 10 gallois Gareth Anscombe a dû tirer un trait sur l’aventure nippone, en raison d’une blessure au niveau du ligament croisé antérieur d’un genou ; en Nouvelle-Zélande, tout un peuple, devenu soudainement inquiet, attend des nouvelles de l’épaule meurtrie de Brodie Retallick.

Pour Jacques Brunel et ses assistants, l’heure des choix a sonné. Pour la première rencontre de préparation, les entraîneurs ont opté pour un XV de départ hybride entre cadres installés (Poirot, Vahaamahina, Lopez, Fofana, Penaud) et nouveaux venus ou revenants (Ollivon, Cros, Raka). Ces derniers disposent d’une opportunité de brouiller les cartes. Une occasion à saisir dès ce vendredi. Car plus la Coupe du monde approchera, plus l’effectif devrait être resserré.

Simon Valzer et Vincent Bissonnet
Voir les commentaires
Sur le même sujet
Réagir