• Louis Picamoles (France) à l'entraînement à Marcoussis
    Louis Picamoles (France) à l'entraînement à Marcoussis Icon Sport / Icon Sport
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XV de France

Picamoles est-il encore intouchable ?

Depuis un an, le numéro 8 a été titularisé à tous les matchs du XV de France. Pour un apport parfois en deçà des attentes. Ce samedi, il sera remplaçant. La jeune garde des Alldritt et Ollivon, alignée peut-elle le faire tomber de son piédestal ? Ce premier match de préparation va apporter des éléments de réponse.

Sur le papier, tout le rend incontournable : du haut de ses 33 ans, 77 sélections, deux Coupes du monde et 24 titularisations en Bleu depuis le Mondial britannique (seuls Guirado et Poirot en comptent plus), Louis Picamoles se pose en évidence. Il a même débuté toutes les rencontres du XV de France depuis un an, son statut de remplaçant pour cette première rencontre de préparation restant anecdotique. Jacques Brunel, en personne, l’avait publiquement placé dans la caste des intouchables : "Je maintiens que Louis Picamoles est le spécialiste au poste de numéro 8", avait déclaré le sélectionneur après une prestation, pourtant mitigée, du Montpelliérain face à l’Afrique du Sud, en novembre 2018.

Le troisième ligne et le technicien venaient alors tout juste de se réconcilier après une période de froid. Petit rappel des faits : au printemps, Louis Picamoles avait décliné la convocation pour la tournée en Nouvelle-Zélande. Jacques Brunel avait modérément apprécié cette mise en retrait. «Louis Picamoles a souhaité prendre un peu de recul pour le moment, se concentrer sur lui, avait-il grimacé, en juin. Et tant qu’il ne me montre pas qu’il a vraiment la détermination pour aller jusqu’à la Coupe du monde, je ne le mets pas sur la liste.» Au fil de l’été, la réconciliation s’était tissée. Plus ou moins contrainte : « ll y a certains postes où l’on n’a pas pléthore de joueurs qui peuvent prétendre au niveau international. C’est un problème en ce qui concerne les piliers droits et les numéros 8 car ces postes sont majoritairement occupés par des étrangers en Top 14 et très peu de Français y jouent de manière continue.» Le constat valait alors. Louis Picamoles était logiquement, presque inévitablement, revenu en grâce après un échange entre les deux hommes. « Lui s’est exprimé, moi aussi, on s’est vu, reprenait le sélectionneur en août… Il fait partie des joueurs potentiels à une condition : qu’il ait vraiment envie de briguer une place en équipe de France, ce qui n’est, aujourd’hui, pas le cas. C’est du moins ce qui ressort de ses déclarations. Et un joueur qui n’a pas une détermination forte à rejoindre l’équipe de France ne m’intéresse pas.» En suivant, le Montpelliérain avait saisi la main tendue. Et retrouvé sa place. Par défaut, en partie.

Alldritt, la progression éclair

Aligné à chaque test-match des Bleus depuis, Louis Picamoles semble, au regard de cette assiduité, revenu en grâce. Comme aux plus belles heures de sa splendeur. Paradoxalement, sa position a rarement paru aussi fragilisée. A plusieurs reprises, l’Héraultais a déçu ou affiché des limites : contre l’Afrique du Sud, il n’avait pas assez pesé et, en Irlande, il avait livré une prestation fantomatique. Sa puissance, son atout majeur, ne profite plus autant aux Tricolores. Même si, comme au cœur de la tempête de Twickenham cet hiver, elle peut rendre de fiers services. Un temps perçu comme un des meilleurs numéros 8 au monde, "King Louis" ne figure en tout cas plus parmi les références internationales du poste, en termes de constance, d’explosivité comme de technique. Son style quelque peu monocorde peut même frustrer, par moments.

En parallèle, surtout, la concurrence a fourbi ses armes. Des postulants se sont soudainement déclarés. À commencer par Grégory Alldritt (22 ans, 5 sélections, 1,91 m, 115 kg), auteur d’une saison remarquable après une année d’apprentissage dans l’élite. Aligné à douze reprises à ce poste sur vingt-trois titularisations, le polyvalent rochelais a montré l’étendue de ses qualités en numéro 8 après avoir été principalement utilisé côté ouvert : sa gestuelle, sa lecture de jeu ou encore son sens de la finition (onze essais à son actif) ont ravi les supporters et les entraîneurs maritimes. Ses statistiques sont dignes de celles de son aîné, auteur, lui, de neuf essais en dix-sept rencontres avec le MHR. Après des débuts relativement convaincants sur la scène internationale lors du Tournoi, il se pose en candidat crédible pour une place dans le XV de départ. Et que dire de Charles Ollivon (26 ans, 6 sélections, 1,99 m, 113 kg) ? Le surdoué du RCT, troisième ligne on ne peut plus complet, a su se relever d’une saison blanche et a progressivement retrouvé de sa superbe : le Bayonnais de formation a été titularisé à huit reprises avec Toulon à ce poste et a réalisé une préparation épatante depuis début juillet. S’il parvient à résister au choc des matchs amicaux, il devrait selon toute vraisemblance enlever son étiquette de réserviste et se poser en numéro 1 en puissance, sur le papier.

Les deux jeunes prétendants peuvent-ils chambouler, si soudainement, la hiérarchie et doubler Louis Picamoles, parti avec une longueur d’avance considérable ? Leur prestation, ce vendredi, à Nice, pourrait marquer une bascule en cas de performances retentissantes… Les dynamiques individuelles et la révision du plan de jeu, censée privilégier la vitesse, entrouvrent en tout cas la porte. Le vent du changement devrait, à tout le moins, inciter Louis Picamoles à redoubler d’efforts afin de tirer sa révérence la tête haute. « Ne vous inquiétez pas, je vais bientôt laisser ma place aux plus jeunes », avait-il grincé, en janvier, visiblement agacé par le scepticisme grandissant autour de sa personne. L’inquiétude n’est pas de mise : au regard de la progression des jeunes en question, l’avenir s’annonce radieux.

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