• Barbarian d’un jour Barbarian toujours !
    Barbarian d’un jour Barbarian toujours !
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Barbarian d’un jour, Barbarian toujours !

Quarante ans après la naissance des Barbarians, dont ils étaient les pères spirituels, les héros du grand chelem 1977, se sont retrouvés samedi à Sarlat, là où tout a commencé.

Leurs visages ont pris quelques rides. Leur amitié, pas une seule ! Le bonheur de se retrouver des premiers Barbarians faisait plaisir à voir, samedi, à Sarlat, au cœur du Périgord noir. C’est dans la capitale du foie gras qu’est née l’histoire des Barbarians français, le 11 août 1979. Une histoire d’amitié entre des joueurs qui avaient écrit quelques mois auparavant l’une des plus belles pages du rugby français : le grand chelem dans le Tournoi 1977 ! Quatre matchs, quatre victoires, dont une, «dantesque», à Twickenham (4-3), signée du Narbonnais François Sangalli, sautant par-dessus le demi de mêlée anglais Steve Smith, pour l’essai de la gagne ! Un exploit XXL réussi par les quinze mêmes joueurs, dans le sillage de leurs capitaines de vie, Jacques Fouroux et Jean-Pierre Rives.

Barbarian d’un jour Barbarian toujours !
Barbarian d’un jour Barbarian toujours !

«La horde sauvage», comme l’avait surnommé la presse anglaise pour tenter de la déstabiliser, avait tout emporté sur son passage, défendu son camp bec et ongles jusqu’à ne pas encaisser le moindre essai ! Ils n’allaient plus se quitter, scellant leur formidable aventure par une promesse. Se retrouver le plus souvent possible, partout, n’importe où. Et si on créait les Barbarians français ? Jean-Pierre Rives, invité par les Baa-Baas britanniques à rejouer à Twickenham avec ses compères de la troisième ligne française, Jean-Claude Skrela et Jean-Pierre Bastiat, soumit l’idée à Jacques Fouroux, qui la présenta à Albert Ferrasse. Banco ! Le congrès 1978 de la FFR à Sarlat (Dordogne) jeta les bases d’une naissance programmée. Albert Carrier-Delpeyrat, président de la société sarladaise éponyme, lança l’invitation.

Barbarian d’un jour Barbarian toujours !
Barbarian d’un jour Barbarian toujours !

Je vous envie… Moi aussi, j’aimerais bien pouvoir dire que j’ai terminé une saison en étant invaincu !

L’année suivante, au cœur de l’été 1979, le XV du grand chelem était reçu avec les honneurs dus à son rang par la grande foule accourue de toute la Dordogne voir les quinze héros de 1977 fouler la pelouse du Madrazès (1). Un match amical contre la sélection du Périgord-Agenais sans trois des quinze héros de 1977 : Jean-Pierre Bastiat et Jean-François Imbernon, blessés, et Jean-Michel Aguirre, empêché, laissèrent leurs places à Jean-Luc Joinel, Robert Alibert, deuxième ligne local et… Jacques Brunel, l’arrière du FC Auch, ami de Jacques Fouroux. L’esprit Barbarians était né. La soirée qui suivit, au château de Sirey, fief de la famille Delpeyrat, est restée dans les annales. Le dîner périgourdin, les prises de parole de Jacques Fouroux, les cadeaux offerts à Albert Ferrasse, fêtant son soixante-deuxième anniversaire, signèrent l’acte de naissance des Barbarians français, par une belle nuit estivale. La soirée, déjà arrosée, se termina dans la piscine du château…

Quarante ans ont passé. Ils étaient presque tous là pour célébrer l’anniversaire et ouvrir en grand l’armoire aux souvenirs. Jacques Brunel, qui avait fait le détour par Sarlat, de retour du stage espagnol d’un XV de France préparant la Coupe du monde au Japon, chercha en vain la fameuse piscine…

 

Le château, aujourd’hui, a changé de propriétaires. La famille Cluzel a ouvert les portes de Sirey au Barbarians de la première heure, mais n’a pas conservé la fameuse piscine, vendu au voisinage lors d’une transaction foncière. Monique Fouroux et son fils David, qui avaient accepté l’invitation de cette journée du souvenir, organisée par la ville de Sarlat et le CAS de Jean-Luc Menchon, président comblé d’un club qui retrouvera la Fédérale 2 cette saison, visitèrent la bâtisse en pleine rénovation.

On sentait poindre l’émotion dans le regard de l’épouse de Jacques. Le film de la soirée de 1979 défilait dans toutes les têtes. Bastiat, Romeu, Cholley, Imbernon, Paco, Astre, Sangalli, Harize, Aguirre et Brunel semblaient revenus quarante ans en arrière. Le trio sarladais qui avait fait partie de la fête, Robert Alibert, Gérard Poumeaud et Gérard Secondat, savourait ces retrouvailles. Comme si le temps s’était figé…

Où est passée la piscine

De retour du château de Sirey, les héros du 11 août faisaient un crochet par l’Hôtel de ville, où Jean-Jacques de Peretti, premier magistrat de Sarlat, rendait un vibrant hommage aux héros de 1979 et remettait un cadeau original au sélectionneur du XV de France : la réplique d’une salamandre, emblème de la ville, porte-bonheur espéré «pour les rugbymen français sélectionnés pour le Japon…»

La troisième mi-temps, sous le chapiteau des rugbymen du CAS, au stade Goumondie, fut un peu plus sage que celle de 1979. Il manquait la piscine, bien sûr, Fouroux et Paparemborde… Et quelques-uns des "Grands Chelemards" de 1977 encore de ce monde (Rives, Bertranne, Averous, Skrela, Palmié). Mais le menu était toujours "périgourdin" et l’ambiance aussi festive. Avant de prendre congé et de se retrouver entre eux pour un "dernier verre", les Barbarians célébrèrent l’équipe locale des moins de 14 ans, invaincue la saison passée ! L’occasion d’un bon mot en forme d’happy-end pour Jacques Brunel, remettant un cadeau souvenir aux entraîneurs de ces jeunes : "Je vous envie… Moi aussi, j’aimerais bien pouvoir dire que j’ai terminé une saison en étant invaincu !" Après la Coupe du monde, Jacques !

(1) Le Madrazès est rebaptisé aujourd’hui stade Christian-Goumondie, en l’honneur de l’ancien capitaine et figure emblématique du CA Sarlat, qui jouait avec la sélection du Périgord-Agenais, le 11 août 1979.

 

 

Gilles NAVARRO
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