• Les Bleus de Grégory Alldritt ont brillé samedi soir sur la Côte d’Azur face à de pâles Écossais.
    Les Bleus de Grégory Alldritt ont brillé samedi soir sur la Côte d’Azur face à de pâles Écossais. Photo M. O. - D. P. / Photo M. O. - D. P.
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XV de France

Les faits Galthié

Celui qui est devenu le véritable entraîneur en chef des Bleus a réussi le pari de bouleverser le jeu du XV de France. La preuve en a été assenée par cette première sortie réussie sur toute la ligne face aux Écossais (32-3) qu’il convient toutefois de relativiser à l’aune de la faiblesse de l’adversaire. Alors, les Bleus peuvent-ils de nouveau rêver avant cette Coupe du monde qu’on leur prédisait perdue ?

Tout avait déjà changé, finalement, depuis le début de cette préparation construite aux antipodes de celle de 2015, avec la remise au garage des fameux wattbikes et l’avènement du « tout-terrain », qu’il s’agisse des séances de musculation ou de physique avec ballon, censées faire gagner aux Bleus un temps précieux dans la construction de leur jeu. Tout rebâtir en trois mois ? «C’est possible», assurait Galthié lorsqu’il n’endossait aucune autre responsabilité que celle de commentateur TV, à condition d’opter pour les bonnes méthodes et de prendre conscience des exigences du haut niveau, qu’elles soient physiques ou techniques. Alors certes, il convient de nuancer ce constat à l’aune de la faiblesse de cette équipe écossaise de samedi dernier, qui n’évoluait finalement rien moins qu’au niveau présumé de celle des États-Unis, et qui présentera avec le retour de ses cadres un tout autre visage la semaine prochaine. Mais tout de même, difficile de nier l’évidence, et de ne pas constater avec nous que l’effet Galthié se fait d’ores et déjà ressentir sur le jeu de ce XV de France, à mille lieux de la gabegie servie en fin de Tournoi à Rome…

Échauffement chamboulé, soutiens repensés

Cette patte ? On la perçut dès l’échauffement où, même si de nombreux ballons furent tombés (fruits du stress ?) toutes les routines ou presque furent modifiées, les avants passant même quelques minutes à revoir leurs relances de jeu en compagnie de la charnière. «Les choses sont beaucoup plus claires, beaucoup plus cadrées, n’en finissent plus de répéter les joueurs depuis le débit de la préparation. Tout est cadré, millimétré, et cela nous permet d’évoluer beaucoup plus efficacement.» Même le protocole post-hymnes était, quant à lui, maîtrisé, les Bleus bondissant sur les boucliers à leur disposition pour se ré-échauffer. Un détail ? Certes, mais de ceux dont on fait le haut niveau, paraît-il. Ce qui trancha singulièrement, pour tout dire, avec le gaulois amateurisme qu’on observait encore lors du dernier Six Nations, où le pire fut certainement atteint lors de la déroute de Dublin. Un jour où la désorganisation des Bleus faisait peine à voir face à la gestion robotique du moindre temps mort par les Irlandais, ce dont Galthié, fin observateur ce jour-là, tira forcément l’observation…

Une révolution mentale

Toutefois, au-delà de l’avant-match, c’est bien après le coup d’envoi que les Bleus ont démontré les plus importants de leurs progrès. On en veut pour preuve cette animation offensive autrement maîtrisée qui, si elle a conservé le "1-3-3-1" de ces dernières années, a considérablement évolué et été enrichi de micro-lancements, avec des troisième ligne systématiquement replacés dans le dos de l’ouvreur et des ailiers dans celui des centres, qui firent peser un danger constant sur la défense écossaise (cf les interventions de Penaud et Cros sur les deux essais de Médard). Cette défense organisée selon les codes du haut niveau, avec une couverture du fond du terrain réduite au strict minimum, qui permit au premier rideau d’aller chercher très loin les attaquants écossais, et de récupérer de précieux ballons de récupération. Cette organisation aussi simple que maîtrisée sur les jeux au pied de dégagement ou de pression, qui constituaient jusqu’alors le talon d’Achille de ce XV de France. Mais pour tout dire, c’est surtout dans les esprits que le vent nouveau insufflé au sein du staff a pesé, en permettant aux Bleus de passer à autre chose après des mois de sinistrose. «On a trouvé un groupe marqué par l’échec en arrivant, nous confiait au débotté un membre du staff lors du stage de Monaco. Quand on leur propose quelque chose, les joueurs nous répondent souvent : «Oui, mais s’il se passe ci, s’il se passe ça… Notre défi, c’est justement de leur faire prendre conscience que s’ils font les choses bien, ils peuvent tout simplement les réussir. Que l’échec n’est pas une fatalité.» Une mission accomplie, à l’évidence. Probablement le plus important des faits Galthié, dont on attend désormais la confirmation.

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