• Impressionnant lors du premier match à Nice, Charles Ollivon sera de nouveau titulaire samedi à Murrayfield.
    Impressionnant lors du premier match à Nice, Charles Ollivon sera de nouveau titulaire samedi à Murrayfield. Patrick Derewiany / Patrick Derewiany
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Entretiens

Charles Ollivon : "Quand je vois d’où je viens..."

Excellent lors du premier match, le troisième ligne toulonnais a été maintenu par le staff des Bleus. Lui qui s’est cru perdu pour le rugby après plusieurs graves blessures à l’épaule fait aujourd’hui figure de possible titulaire pour le Mondial. Le "vrai-faux réserviste" mesure le chemin parcouru…

 

Midi Olympique : Le XV de France va affronter le même adversaire mais la rencontre s’annonce bien différente… Partagez-vous ce sentiment ?

Charles Ollivon : Bien sûr que cela sera un match différent. Les Écossais joueront à domicile, après une lourde défaite. Le staff a modifié profondément son XV de départ… À nous d’anticiper et à préparer les éventualités parce qu’ils vont changer leur jeu, leurs joueurs et beaucoup d’autres choses.

La touche a cafouillé lors du premier match…

C. O. : (Il réfléchit) Je ne suis pas trop d’accord. Il est vrai que nous avons une ou deux touches avec des ballons moyennement propres et un a été volé sur une quinzaine de lancers. Le pourcentage n’est donc pas si mauvais que cela. Nous avons aussi réussi à construire derrière nos touches : des mauls, des lancements, et surtout les lancements que l’on voulait. Donc hormis ces deux ballons brouillons et celui qui nous a été volé… Mais bon, c’est vrai que nous n’avons pas fait 100 %. Et justement, nous visons le 100 %.

L’une des grandes satisfactions de la semaine dernière était la défense, et le fait de n’avoir encaissé aucun essai…

C. O. : C’est vrai, c’est un aspect que nous avons beaucoup travaillé pendant la préparation. Nous avons aussi de nombreuses discussions à ce sujet. Le positif, c’est que nous avons réussi à mettre en place que l’on voulait sur ce premier match. Il faut donc réitérer cela à l’occasion du match retour.

En quoi consiste cette défense justement ? Elle est plus agressive ?

C. O. : Il y a tellement de choses ! Défense sur les phases statiques, sur les lancements, aux abords des rucks… Il y a une quantité importante de choses à maîtriser. Mais le plus important, ce sont les repères collectifs : il faut que l’on sache tous ce que chacun fait. Il faut que l’on soit connecté en fait.

Vous attendiez-vous à tenir aussi bien et aussi longtemps physiquement lors du premier match, après ces six semaines très intenses ?

C. O. : C’est vrai qu’à l’exception des dix dernières minutes du match, nous nous sommes plutôt bien sentis. Il est toutefois toujours difficile d’avoir du recul sur les effets à venir de cette préparation, car nous n’en avions jamais fait de telle auparavant : comment va-t-on réagir ce week-end ? Et la semaine prochaine ? Nous avons tenu sur ce premier match et on espère garder ce niveau de performance. En tout cas, on va continuer de s’entraîner comme on l’a fait jusqu’alors pour entretenir les jambes.

Votre entente avec Gregory Alldritt et François Cros fut bluffante à Nice, d’autant que vous ne jouez pas ensemble en club. Comment êtes-vous parvenus à une telle osmose ?

C. O. : Je reconnais que l’on s’est tous bien trouvés sur le terrain. Mais j’observe qu’avec Greg, on se trouve souvent bien à l’entraînement, et cela s’est vérifié en match au point qu’on s’est fait cette réflexion dans les vestiaires. Je pense qu’il y a une grande part d’instinct, et plus de choses inexplicables que l’on ne croit. On se trouve sur les courses, les timings, alors que l’on ne se connaît pas plus que cela. D’ailleurs on ne se connaissait pas avant d’arriver ici. J’aurais donc du mal à vous l’expliquer… Je pense que cela vient du fait que l’on pratique le même rugby, que l’on aime les même choses et cela nous rapproche naturellement et instinctivement sur le terrain.

Qu’avez-vous ressenti sur le fait de rejouer dans un grand stade, avec une belle ambiance ?

C. O. : C’était absolument génial. En plus on n’est pas loin de Toulon, quelques membres de ma famille étaient là, le stade est magnifique… C’était une soirée que je ne suis pas près d’oublier. Et puis cela fait du bien de rejouer au rugby ! Dans ces conditions on prend plus de plaisir que de courir en Espagne sous 40 degrés à 14 heures ! Il y avait de quoi se trouver mal… Mais ces matchs sont effectivement l’aboutissement de toute cette préparation.

« Le simple fait d’être sur le terrain, encore une fois, ce n’est que du bonheur »

Vous allez enchaîner une deuxième titularisation. Si l’on ajoute cela à vos bonnes prestations, vous n’êtes plus un réserviste mais un vrai épouvantail pour vos coéquipiers de la troisième ligne. Comment le vivez-vous ?

C. O. : (rires) Je ne peux pas vous répondre sur le statut d’épouvantail car je ne gère pas les listes, mais je le vis très simplement. Vous savez, aujourd’hui j’ai beaucoup plus de recul sur les choses et je prends tout cela comme ça vient, du bon côté et avec légèreté. Cela fait deux mois que je suis là et franchement ce n’est que du bonheur. Avant quand j’étais dans le jus j’avais tendance à stresser mais aujourd’hui mon approche est complètement différente. Je ne veux plus dramatiser les choses. Officiellement, je sais que je ne suis que réserviste. Mais je me souviens surtout du moment où j’ai redouté ne plus jamais pouvoir jouer au rugby. Voilà pourquoi ce n’est que du bonheur.

Ce serait un piège de dramatiser cette sélection pour la Coupe du monde ?

C. O. : Franchement, quand je vois d’où je viens… Je me rends compte du chemin parcouru. Je ne songe plus à ce qu’il peut y avoir après. Je prends du plaisir sur le moment présent, et je ne veux pas penser à la liste, ou à quoi que ce soit. Je pense au moment présent : il y a un match, je joue, je fais de mon mieux et je ne pense pas à l’après.

Vous préférez jouer en 7 ou en 8 ?

C. O. : Il est vrai qu’avec le RCT, je joue plus souvent en huit… Encore une fois, peu importe le poste. Le simple fait d’être sur le terrain, encore une fois, ce n’est que du bonheur. Et puis franchement, 7 ou 8 en écosse ce sera pareil : ils vont nous imposer un gros combat devant.

Jacques Brunel expliquait qu’il avait un petit doute sur votre capacité à enchaîner les rencontres… Partagiez-vous ce doute ?

C. O. : C’est possible… Je n’avais joué que huit matchs de Top 14 de mars à la fin du championnat. C’était peu, c’est vrai. Mais quand j’ai été pris en qualité de réserviste, je ne me suis pas posé de question : j’ai tout fait à fond, je n’ai pas manqué un entraînement et comme cela, je n’aurai pas de regret. Arrivera ce qui arrivera !

Simon Valzer
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