• Galthié lors du match face à l'Ecosse
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Edito

Défi de foi

L'édito de Léo Faure... L’enthousiasme béat est le péril de la rareté : quand tout va mal, que le trou se creuse à la pelleteuse et que, à son fond, on ne trouve ni eau, ni pétrole, un seul rayon de soleil devient une fortune. C’est ce rayon qu’ont touché les Bleus, samedi dernier à Nice. Ce n’était qu’un rayon, jamais un soleil.

En d’autres temps et d’autres routines, on se serait attardé trop longuement sur la faiblesse réelle de l’adversaire, les écarts trop faciles concédés aux attaquants écossais en première période et ce second acte, sinon poussif, pour le moins inconstant.

Mais il y a trop longtemps que ces Bleus creusaient pour qu’on ne s’enthousiasme pas, légitimement, d’une rencontre à cinq essais comme autant d’envies de bien faire. Imaginez un peu : le XV de France donna l’impression de savoir où il allait et pourquoi il y allait ! Quand on est néo-zélandais, irlandais, gallois ou anglais, ce n’est sûrement qu’un détail. Mais pour nous, Français au rugby si longtemps appauvri, ça voulait dire beaucoup.

Voilà pour le plaisir, pour la joie encore ponctuelle d’aller au stade pour y soutenir cette équipe. Mais l’embellie de Nice est si fragile. Elle est tout juste mûrie que le grondement orageux de Murrayfield, où même la cornemuse se tait pour laisser tonner la voix des hommes, vient soudain faire vaciller cet enthousiasme.

Sur le chemin de rédemption que pave à la hâte le XV de France, les fondations de Nice ne seront solides que par le ciment d’Édimbourg. Une déconvenue ce samedi, autant sur la manière que le score, balaierait d’un souffle les croyances en l’imminence de jours meilleurs. Il faudra gagner, oui. Cette équipe en a besoin, et qu’importe si l’Écosse apparaît un cran en dessous de l’Argentine ou l’Angleterre que nous retrouverons au Mondial. Il faudra aussi poursuivre sur ce chemin collectif, où la défense agresse plus qu’elle ne résiste, où l’attaque est ambitieuse, vive et prioritaire.

Si les Bleus y parviennent, tout sera alors possible. Pas dans les faits, non. Tokyo et l’Argentine livreront un verdict rationnellement déconnecté d’Édimbourg. Mais dans l’émotion. Parce que le lien qui unit un public à son équipe est effervescent donc volatil, les Bleus retrouveront ce qu’ils ont de plus cher : le soutien de ceux qui les aiment. Et, soudain, l’alignement des planètes s’inversera.

Il y a six semaines, les Jaguares argentins s’avançaient en finale du Super Rugby et, de notre côté de l’hémisphère, la perspective d’un Mondial imminent n’annonçait rien de bon. Soudain, si Édimbourg le veut, on se souviendra surtout que ces Pumas n’ont rien montré de saillant durant le dernier four nations et que ces Bleus, s’ils passent les poules, disposeront du tableau de phase finale le plus ouvert. D’équipe raillée, les Bleus redeviendront une équipe soutenue, en laquelle on croit. Ce n’est pas rien. À cette heure, c’est même le plus important.

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