• Nigel Owens, arbitre international
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Edito

Farce à l’amer

L'édito de Léo Faure... Alors, d’accord, Paul Gabrillagues a vu sa sanction réduite en appel et, du même coup, ses chances d’être au Mondial revues à la hausse. Cet épilogue est sûrement légitime et d’un point de vue très français, c’est franchement une bonne nouvelle. Quoiqu’il arrive, on ne se serait d’ailleurs levé contre aucune sanction : si les arbitres, et la bande de commissionnaires qui les encerclent, ne sont jamais là pour juger d’une intentionnalité ou d’une maladresse, ils sont bien là pour arbitrer des faits. Et les faits étaient malheureusement clairs : le deuxième ligne parisien, garçon charmant au demeurant, n’a certainement jamais souhaité arracher la tête de son adversaire mais son geste alliait la force, la vitesse et une épaule qui vient directement au visage de John Barclay, lequel se trouvait soudain pris de vomissements.

En la matière, les instances de l’arbitrage appliquent donc un protocole réglementaire prédéfini et qui ne laisse que peu de marge de manœuvre, sous la forme d’un cheminement interrogatif : y a-t-il jeu dangereux dans un ruck, à savoir un joueur chargeant sans se lier à un autre joueur ? Oui. Le geste est-il accompagné de vitesse ? Oui. De force ? Oui. Dix semaines, comme sanction de base. Point barre. La protection des joueurs est à ce prix, c’est donc tant mieux. Et charge à la défense, généralement en plaidant culpabilité et remords, de faire réduire la peine. Ce que la FFR avait déjà réussi, en première instance en obtenant une réduction de sanction à six semaines. Ce qu’elle est une deuxième fois parvenue à obtenir, en appel, pour ouvrir la voie de son joueur vers le Mondial. Félicitations à elle. Et tant mieux pour lui.

Mais dans l’actualité commissionnaire de ce début de semaine, une question nous heurte : dans un monde de justice comme devrait l’être le rugby professionnel, quelle équité plaider entre Paul Gabrillagues, même soulagé de trois semaines de suspension, et l’Irlandais Rob Kearney, auteur samedi dernier d’une découpe à pleine vitesse sur l’Anglais Tom Curry ?

Encore une fois, passons sur le cas de l’arbitre, Nigel Owens dans le cas qui nous intéresse. Si les joueurs ont le droit de rater un coup de pied ou une passe, les arbitres ont tout autant le droit de ne pas tout voir des agissements sur un terrain. Mais la vidéo, alors ? À quoi sert-elle ? En direct, elle n’a servi à rien. Pire, elle n’a pas plus convaincu les juges de la commission de convoquer Rob Kearney, pour répondre de son geste, qui alliait pourtant irrégularité, force et vitesse. Pour le dire plus clairement : une brave manchette à la gorge, à retardement qui plus est.

Voilà donc le rugby, dans sa stature mondiale, qui se couvre d’une incohérence suspecte à vingt-cinq jours de la neuvième Coupe du monde de son histoire. Les discours, en suivant, arguant d’autorité et de préoccupation sacralisée pour la santé des joueurs, auront le son du vent. Tant que ce sport n’assumera pas une cohérence équitable de ses sanctions, d’un match à l’autre, d’un pays à l’autre, les prochains Gabrillagues auront raison de gronder leur sort cruel. D’autres, pour des agissements au moins similaires, bénéficient d’une étrange clémence.

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