• Blair Connor a marqué 40 essais en 200 matchs de Top 14. Il est désormais le plus ancien joueur de l’effectif de l’UBB. On le pensait sur le déclin, contre Toulouse, il a crevé l’écran. Sa vitesse et son explosivité restent des armes décisives.
    Blair Connor a marqué 40 essais en 200 matchs de Top 14. Il est désormais le plus ancien joueur de l’effectif de l’UBB. On le pensait sur le déclin, contre Toulouse, il a crevé l’écran. Sa vitesse et son explosivité restent des armes décisives. Photo Justine Hamon / Photo Justine Hamon
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Top 14

L’aura de Connor

L’Australien, désormais classé parmi les vétérans, est en train de revenir vers les sommets. Neuf ans après son arrivée, il continue de marquer le public bordelais qui a scandé son nom la semaine passée.

Ce n’est pas si fréquent. Les 24 000 spectateurs de Chaban-Delmas ont scandé son nom, samedi dernier, après son essai sidérant. Blair Connor est de retour, c’est l’un des verdicts prononcés par le premier match contre Toulouse. Le trois-quarts aile australien est désormais le plus ancien du groupe, il est arrivé en 2010. Disons-le franchement, on l’imaginait sur le déclin depuis deux saisons, quand il passa sous la barre des vingt matchs de championnat. On le disait moins perforant qu’avant, plus attendu par les défenses adverses. Mais à bientôt 31 ans, il a tout remis d’équerre.

Visiblement, il ne se sentait pas à l’aise sous l’ère Teague-Worsley-James, d’avantage tournée vers un jeu d’occupation-pression. Le principal intéressé est allé sur un autre terrain dans ses explications : "Disons que nous sommes entrés dans une nouvelle ère, Christophe Urios nous fait travailler davantage nos "skills", si tu fais une mauvaise passe, tu recommences, ce genre de choses. Peut-être que durant les saisons précédentes, nous n’avions pas les "skills" nécessaires pour l’exécution de notre système de jeu. D’ailleurs, je n’ai pas l’impression que le système a beaucoup changé, mais ce qui a évolué c’est notre travail à l’entraînement qui est plus fort. Donc le ballon arrive plus rapidement et les défenses adverses sont moins en place. Mais si vous voulez me reparler de cet essai où je tente un coup de pied pour moi-même, il est exact que Christophe nous encourage à faire ce genre de choses. Donc je n’ai pas peur de tenter, j’ai confiance."

Urios était curieux de le fréquenter

On comprend en creux que l’idée du changement d’entraîneur ne lui a vraiment pas déplu. Ça tombe bien, le nouveau patron Urios a tout de suite estimé que ce joueur atypique avait encore du venin à cracher. On nous avait glissé que Blair était d’abord titulaire pour ses qualités défensives, malgré son gabarit de freluquet. Sur les montées franches, mais aussi et surtout en poursuite. Le manager n’a d’ailleurs n’a pas caché qu’il était très curieux de côtoyer ce petit phénomène : "Contre Toulouse, il nous a remis plusieurs fois dans le match, après les points toulousains, sur les renvois par exemple. Il me surprenait toujours quand je jouais contre lui, il était toujours le premier, il parvenait toujours à nous perturber en défense. Je ne l’avais pas trop vu dans les matchs de préparation. Contre Toulouse, je l’ai vu !"

Parmi les spécialités de Blair Connor figurent ces fameux renvois, où il fonce à toute allure vers la retombée du ballon pour "cartonner" le réceptionneur ou carrément piquer le ballon. Un spectacle en soi…

Ce n’est pas si souvent qu’on voit des nouveaux arrivants exprimer un tel désir de jouer avec un gars qui n’est même pas international. C’est pourtant ce que ressentait Rémi Lamerat : "C’est un des joueurs, qui de par son exemplarité, son humilité, sa mise en retrait du groupe alors qu’il connaît le club par cœur et qu’il a connu toutes les épopées, me fascine au quotidien. Il me fascinait déjà pas mal en tant que joueur et adversaire, puisqu’on avait toujours de petites discussions à la fin des matchs, et c’est quelqu’un que j’ai toujours trouvé très sympathique. Et puis c’est quelqu’un qu’on entend rarement dans les médias, il est rarement mis en avant à l’extérieur du club j’ai l’impression, et moi ces mecs-là, ce sont des gens qui m’inspirent."

C’est vrai que Blair Connor promène une forme de détachement au quotidien. Son français reste encore hésitant et la recherche de notoriété n’est vraiment pas sa priorité. Rien dans son attitude au jour le jour ne trahit son tempérament de compétiteur. Son éternelle dégaine d’adolescent surfeur ne gêne d’ailleurs personne : "Je ne suis pas obnubilé par le Top 6. Ça fait six ou sept ans qu’on en parle alors je ne préfère pas y penser. Je sais que c’est un cliché mais je prends les matchs un par un. Aujourd’hui, je ne pense qu’à Toulon, je ne vois pas plus loin."

D’ailleurs quand on lui demande quel est son meilleur souvenir depuis qu’il est à l’UBB, il répond : "La première saison en Top 14, en 2011-2012. On jouait sans pression, les gens n’attendaient pas grand-chose de nous. Il y avait un bon groupe avec un bon coach, c’était formidable."

Reste la grande question, avec ses 40 essais en 200 matchs de Top 14, il aurait peut-être eu des sélections, s’il avait été français, même avec un format "poids plume" comme le sien. Ne regrette-il pas finalement d’avoir quitté l’Australie ? Peut-être aurait-il été appelé sous le maillot national, qui sait ? "Non je ne regrette pas. Au Queensland, je suis de la génération de Pocock, Genia, Quade Cooper ou Haylett-Petty. Mais l’entraîneur de l’époque ne voulait pas me garder. Et en plus, c’est lui qui est devenu entraîneur national, Scott McKenzie. Alors, je ne regrette rien. Je suis très bien ici."

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