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Entretiens

Camara : « C’est juste écœurant »

Licencié pour faute grave à la fin du mois juin par le Stade français, Djibril Camara avait jusque-là gardé le silence. Même si il n’est pas sûr de retrouver Jean-Bouin avec son nouveau club de l’Aviron bayonnais samedi prochain en raison d’une blessure à un genou, il a accepté de revenir sur cet épisode douloureux. Et annonce qu’il a décidé d’attaquer le club de la capitale devant le conseil des prud’hommes pour rupture abusive de contrat.

Midi Olympique : Depuis que vous avez été licencié du Stade français, vous n’avez pas pris la parole sur ce sujet. Pourquoi le faire aujourd’hui ?

Djibril Camara : D’abord, par respect pour le club et par rapport à la procédure, je n’avais pas trop envie de parler. Ma priorité a d’abord été de retrouver un club au plus vite. Je vous rappelle que j’ai été licencié une semaine avant la fin des mutations. Autant dire que les clubs avaient déjà leur effectif bouclé. Si on avait voulu me flinguer, on ne pouvait pas mieux s’y prendre. Surtout, avec mon avocat (Me Christian Chevalier, N.D.L.R.), nous avons d’abord essayé de dialoguer. Seulement, j’ai eu affaire à des sourds et muets. Malgré plusieurs relances, nous n’avons eu aucune réponse de la part des dirigeants.

Pouvez-vous nous raconter comment s’est déroulé cet épisode ?

D. C. : Le lundi suivant le dernier match de la saison contre Pau (le 27 mai), une réunion était organisée au club pour nous donner les programmes de reprise. Tout le monde était là. Je suis passé dans les bureaux saluer les dirigeants, notamment Fabrice Landreau, les gens de l’administratif. Pour certains, je les connais depuis presque toujours. C’est ma famille. Bref, on se souhaite tous de bonnes vacances et je rentre chez moi. Or, quelques heures plus tard, je reçois un appel de Fabrice Landreau pour me demander de revenir au club pour signer un document. Et il me dit que c’est urgent. Je pensais que c’était parce que je n’avais pas signé les documents pour les vacances.

Et alors ?

D. C. : Fabrice Landreau m’a reçu avec Jean-Romain Sintes en charge des ressources humaines. Ils m’ont alors remis une lettre en me demandant de la signer. Au début, je n’ai même pas pensé à lire le document, je voulais qu’ils me disent ce que c’était. J’étais à mille lieues d’imaginer que c’était une lettre de convocation préalable à une rupture de contrat anticipée. Et quand j’ai lu le document, je n’en suis pas revenu. Je ne savais plus quoi faire. J’ai donc refusé de signer le papier et j’ai appelé mon agent pour prendre conseil.

Djibril Camara
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Savez-vous à cet instant précis ce que le club vous reproche ?

D. C. : Non, mais je me doutais que le club voulait se séparer de moi pour différentes raisons. La direction du club, voulant se constituer un dossier, avait cru opportun de m’adresser deux avertissements en cours de saison pour des motifs futiles. Le premier à cause d’une prétendue altercation verbale avec Heyneke Meyer sur le terrain. Il m’avait annoncé que je serai titulaire sur un match, or il ne m’avait finalement pas mis dans le groupe. Je n’avais pas accepté son choix et lui avais dit, de façon polie et courtoise. Dans la foulée, le préparateur physique voulait que je fasse une séance de physique or j’ai été contraint de refuser car je devais effectuer des soins au club à la demande du staff médical.

N’avez-vous jamais pris à partie Heyneke Meyer ?

D. C. : Non, jamais. Je lui ai toujours dit ce que je pensais, avec mes mots, mais je ne lui ai jamais manqué de respect. À plusieurs reprises, il m’a dit qu’il ne comptait pas sur moi, que je n’étais pas un arrière à ses yeux car mon jeu au pied n’était pas bon et que j’étais quatrième ou cinquième dans la hiérarchie des ailiers. À cette époque, le club a même proposé de me laisser partir à Toulon, c’était au mois d’octobre 2018.

Et le deuxième avertissement ?

D. C. : Futile également mais ce que je constate, c’est qu’à chaque fois qu’on m’a notifié ces avertissements, ni Heyneke Meyer, ni Pieter De Villiers, pourtant les membres du staff au plus près des joueurs au quotidien, n’étaient présents. Tout comme le jour où j’ai eu mon entretien de licenciement, ils n’étaient pas présents non plus.

Comment s’est déroulé cet entretien préalable au licenciement ?

D. C. : J’ai été reçu par Fabrice Landreau et Jean-Romain Sintes. Mais je n’ai pas vu Heyneke Meyer, ni le président Hubert Patricot. Encore moins le Directeur Général Fabien Grobon. Lui, à l’instant où je suis arrivé au club pour cet entretien, il a bien pris soin de partir. Bref, je me suis fait assister d’un de mes coéquipiers : Antoine Burban. C’est là que j’ai appris la nature de la faute grave qui m’était imputée. Le club me reproche d’être arrivé dans un prétendu état d’ébriété avancé lors d’une «garden-party» organisée par le club pour les sponsors, où l’alcool coulait pourtant comme d’habitude à flots, et ce, quatre jours avant le dernier match de la saison.

Et que, au cours de cette soirée, j’aurais été injurieux envers le club auprès d’un des sponsors. Mais c’est complètement faux. Surtout, que dans les faits qui me sont imputés, le club précise que j’étais accompagné durant cette soirée par un de mes partenaires chez qui j’avais passé la fin d’après midi. Bizarrement, ce joueur-là n’a pas été ni convoqué, ni licencié alors que nous avions la même attitude ! Où est donc la cohérence dans l’action du club ?

Djibril Camara à la Garden-Party
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Pourquoi ne souhaitez-vous livrer le nom de votre partenaire ?

D. C. : Pour le protéger ! Ce n’est pas la peine que son nom sorte dans la presse. Mais surtout, parce que le club me reproche aussi d’avoir eu une altercation physique avec ce même joueur au soir du dernier match (il rit à cet instant).

Pourquoi riez-vous ?

D. C. : Parce que, c’est complètement dingue d’aller inventer un prétexte pareil. Ce joueur, c’est un de mes meilleurs potes. Lui-même a dit aux dirigeants que c’était faux.

Qu’avez-vous donc décidé de faire ?

D. C. : Nous avons décidé avec mon avocat d’attaquer le club aux prud’hommes. Je leur ai déjà fait savoir par courrier recommandé que je contestais bien évidemment les faits qui m’étaient reprochés. Je leur ai même dit que j’étais disposé à une issue transactionnelle. Mais nous n’avons eu aucun retour. Pour être très clair, le club avait besoin de libérer de la masse salariale à cause du salary cap. Si on s’était mis d’accord pour que je parte, comme cela se pratique depuis des années au sein des clubs de rugby, le club m’aurait versé des indemnités en rapport avec mes années de contrat restantes.

Or suite à une récente modification des règlements par la Ligue nationale de rugby, cela aurait été intégré dans le salary cap. Et ça, n’arrangeait aucunement le Stade français. C’est pourquoi ils ont prétexté la faute grave. Ainsi, ce n’est qu’à l’issue du procès qu’ils réintégreront le montant dans le salary cap. Je réclame donc le versement de mes trois années de contrat. Pour moi, le préjudice est énorme et pas seulement financièrement. Moralement, ça a été très difficile. Ils ont cherché à m’humilier au moment où j’essayais d’avoir la garde de mon fils. Autant vous dire qu’en étant maintenant loin de Paris, c’est un peu plus compliqué.

Camara en Ciel et Blanc
Camara en Ciel et Blanc - JF Sanchez / Icon Sport - JF Sanchez / Icon Sport

À qui en voulez-vous ?

D. C. : À personne. Mais quand un club se vante d’être une famille, la moindre des choses c’est de respecter les gens. Pour moi ce club, c’était ma famille. Vraiment. Je suis parti par la petite porte, je n’ai même pas pu saluer mes coéquipiers, les gens de l’administratif, les supporters. Ça, ça m’attriste. Je suis vraiment dégoûté et abattu.

Mais n’avez-vous jamais commis d’erreur pour en arriver à cette situation ?

D. C. : Comme tout le monde, j’ai dû commettre des erreurs mais j’ai toujours agi professionnellement. Je me suis expliqué auprès d’Heyneke Meyer lorsque nous avons eu cette discussion. Franchement, être licencié pour quelque chose que je n’ai pas fait, c’est juste écœurant.

Avez-vous pensé arrêter le rugby ?

D. C. : Oui, bien sûr. La question s’est posée. Plusieurs clubs se sont intéressés à moi dans un laps de temps très court estimant pouvoir réaliser une bonne opération. J’ai eu des discussions avec Toulon et La Rochelle par exemple. Mais je me devais de choisir la bonne option pour moi sur le plan sportif en choisissant un challenge à relever mais aussi pour ma famille.

Comment avez-vous été accueilli à Bayonne ?

D. C. : J’ai reçu un super accueil. Quand Yannick Bru m’a contacté, au départ, j’étais un peu réticent. Mais lorsque j’ai entendu son discours, le projet qui est qui le sien pour le club, pour moi, ça a fait tilt. Mon appréhension n’avait rien à voir avec le club, mais c’était en rapport avec ma famille. Mais ma compagne m’a soutenu et m’a encouragé à accepter. Franchement, aujourd’hui, je suis heureux à Bayonne.

Vous allez revenir à Jean-Bouin samedi prochain avec l’Aviron bayonnais. Quel sera votre sentiment ?

D. C. : Je me suis blessé samedi contre Clermont et je ne sais pas si je vais pouvoir jouer. Si c’est le cas, je vais profiter de l’occasion pour saluer les supporters, les remercier de tout ce qu’ils ont fait pour moi. Et puis, si je peux faire un bon match avec mon club de l’Aviron bayonnais, je ne vais pas m’en priver.

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