• Après avoir surmonté un souci de santé, Serge Blanco a décidé de se remobiliser pour la prochaine campagne. L’international aux 93 sélections avait monté sa propre liste avant de se ranger derrière Florian Grill. L’ancien bras droit de Pierre Camou fera front face à la présidence actuelle qu’il condamne mais reste perplexe quant aux positions de Marc Lièvremont et Vincent Etcheto, pourtant opposés eux aussi au duo Laporte-Simon.  Photos Icon Sport
    Après avoir surmonté un souci de santé, Serge Blanco a décidé de se remobiliser pour la prochaine campagne. L’international aux 93 sélections avait monté sa propre liste avant de se ranger derrière Florian Grill. L’ancien bras droit de Pierre Camou fera front face à la présidence actuelle qu’il condamne mais reste perplexe quant aux positions de Marc Lièvremont et Vincent Etcheto, pourtant opposés eux aussi au duo Laporte-Simon. Photos Icon Sport
  • "Je me moque de vivre jusqu’à 90 balais..."
    "Je me moque de vivre jusqu’à 90 balais..."
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Entretiens

Blanco : "Je me moque de vivre jusqu’à 90 balais..."

Début août, on a retrouvé Serge Blanco, dans un restaurant de la Côte basque. Sur la place du Port, à l’écart des touristes qui marchaient ce jour-là sur Hendaye. L’ancien arrière du XV de France a pris le temps de nous expliquer pourquoi, à 61 ans, il avait à la fois décidé de publier ses mémoires et de repartir en campagne. Entre une bouchée de merlu grillé, quelques piquillos et un gorgeon de Bordeaux, celui que l’on surnomme ici "le parrain" a donc évoqué le "mal-être de la FFR", réglé ses comptes avec Marc Lièvremont et Vincent Etcheto, parlé de Novès et Laporte, regretté que Jacques Brunel accepte "d’avaler des couleuvres" ou évoqué les excès d’une vie pleine qu’il aura brûlé par les deux bouts…

Avez-vous toujours su que vous repartiriez en campagne (Il figure dans la liste "Ovale ensemble" qui portera la candidature de Florian Grill lors de l’élection à la présidence de la FFR ?

Non. Il y a eu un tournant dans ma vie, l’été dernier. J’ai été hospitalisé, on m’a ouvert la poitrine pour y effectuer deux pontages et m’arranger le cœur. Là, j’ai commencé à me poser des questions : "Est-ce que ça vaut le coup ? N’ai-je pas autre chose à faire de ma vie ?" Jusqu’à ce que je prenne la décision de soutenir Florian Grill, rien n’était donc certain.

Et puis ?

Je me suis dit que le rugby français méritait autre chose que le projet actuel et cette gouvernance. J’ai décidé de me battre.

Peu avant de mourir, Pierre Camou disait avoir souffert de la dernière campagne. Aviez-vous également reçu des coups ?

Oui, mais ça faisait partie du jeu. Je vais vous dire : la défaite en 2016, je l’avais vu arriver. Plus les jours passaient, plus elle devenait évidente. Et puis, un troisième personnage (Alain Doucet, le président de la Ligue Midi-Pyrénées) a fait définitivement basculer le vote en faveur de Bernard Laporte. Alors, cette campagne, on la met au grenier et on n’en parle plus. Il y a d’autres choses à faire, avec d’autres personnes et d’autres envies.

Camou avait vécu l’attitude de Doucet, un de ses anciens bras droits, comme une trahison. Était-ce aussi votre cas ?

Alain Doucet n’a pas tenté sa chance dans cette élection. Il était là pour déstabiliser un camp, le nôtre, et permettre à l’autre de gagner. Voilà tout…

Pourquoi cette campagne de 2016 est-elle à "mettre au grenier" ?

Parce qu’on n’a pas fait campagne, justement ! Personne ne s’était mis en avant, personne n’était motivé. On a pris des coups sans y répondre. Moi, j’aurais fait différemment. Mais j’ai respecté la décision de Pierre (Camou), qui n’a pas souhaité élever le ton. On me disait : "Toi, tu es un tueur !" Non, c’est faux ! Moi, je fonctionne juste différemment. Je ne tends pas l’autre joue.

Dès lors ?

En 2016, on s’était trompé partout. Dans le casting, dans les mots… Il fallait plus de jeunesse, plus de dynamisme et peut-être même un autre candidat.

Pourquoi ne vous étiez-vous pas présenté ?

Je n’allais pas me présenter contre Pierre, c’était inenvisageable. En revanche, il avait été question après l’élection de 2012 qu’il me laisse le bébé après deux années de mandat.

Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?

Un jour, Pierre est venu me voir et m’a dit : "Tu n’es pas encore prêt". Et j’ai respecté son choix.

Étiez-vous prêt ?

On s’en fout. L’important, c’est de savoir si l’on est prêt, aujourd’hui, à se battre pour notre projet. Je ne dis pas qu’il faut sortir les armes. Mais il ne faudra plus baisser les yeux.

À vos yeux, où est le problème dans la gouvernance actuelle ?

Déjà, on nous a reproché à l’époque où nous étions au pouvoir d’être des dictateurs. C’était la Russie de Poutine, à les entendre… Moi, la dernière fois que j’ai pris la parole en comité directeur pour m’élever contre une décision fédérale, on m’a menacé de me traîner en commission de discipline. Quelle rigolade, quand j’y repense…

Avez-vous été convoqué ?

Bah ! Tu parles ! Toujours est-il que le rugby français va plus mal qu’il y a quatre ans. Et Bernard (Laporte) a beau dire qu’il a révolutionné l’équipe de France, la formation et patin couffin, c’est du vent. Le constat, c’est que le rugby français est en souffrance.

Que proposez-vous ?

Je ne vais pas tout poser sur la table aujourd’hui. On a une campagne à mener, on exposera nos idées en temps voulu.

Lorsque Bernard Laporte et Serge Simon sont arrivés au pouvoir, ils souhaitaient faire main basse sur le trésor de la Ligue, estimé à 120 millions d’euros, pour le reverser au monde amateur. Était-ce trop brutal ?

Brutal, je n’en sais rien. Mais c’est surtout une démarche qui n’a pas abouti. Aujourd’hui, la LNR est la grande gagnante d’un conflit qui avait été allumé par Bernard Laporte lui-même. Le trésor de guerre de la Ligue est intact et le match de Top 14, le dimanche après-midi, est toujours à la même heure, que je sache…

Sans dévoiler les grandes lignes de votre programme, quel est votre combat personnel le plus cher ?

Le problème, ce n’est pas l’équipe de France. C’est la championite qui règne chez les jeunes. Au bas de la pyramide, on a perdu le goût du jeu. Moi, quand j’étais en minimes, je faisais un tournoi par an. Aujourd’hui, il y a des détections, des sélections tous les week-ends. Mais ces mômes à qui l’on met des casques, ça me rend fou : on leur apprend à se rentrer dedans plutôt que faire des passes ou mettre la tête au bon endroit pour plaquer. Autour du terrain, tu n’entends que "rentre !", "protège !", "déblaye !". Ce n’est pas ça, le rugby.

La trésorerie fédérale a quelque peu souffert ces derniers temps…

(il coupe) Il faut plus d’argent à la Fédération et sans la possibilité de jouir de notre propre stade, nous n’aurons pas ces fonds supplémentaires. Voilà… Bernard Laporte a choisi de stopper le projet (le grand stade, N.D.L.R.) que nous avions lancé avec Pierre (Camou) et l’équipe de France continuera donc de jouer à Saint-Denis, dans un stade (loué un million d’euros par rencontre) où, si j’en crois la directrice du Consortium, aucune amélioration n’est prévue dans les prochaines années. C’est dommage.

Quid de la trésorerie fédérale ?

Quand tu as une masse salariale (à la fédération) qui augmente de 65 % et 12 milllions d’euros en trois ans, tu as intérêt d’avoir les reins solides… Et ce n’est visiblement pas le cas, puisque la FFR perd aujourd’hui de l’argent.

En ce sens, l’éviction de Guy Novès était-elle indispensable ?

On savait tous, avant même que Bernard Laporte ne dirige son premier comité directeur, qu’il ne travaillerait pas avec Guy Novès. Il ne s’en était pas caché. Ce qui m’a gêné, c’est la façon de faire et ces mensonges sur le présumé audit qu’avait lancé Serge Simon auprès des clubs. Cette étude, personne ne l’a jamais vue et c’est normal, parce qu’elle n’existe pas. La fédération est opaque et ça me gêne.

À ce point ?

On change d’équipementier (Le Coq Sportif a succédé à Adidas) sans en expliquer la cause, la fédé perd son plus gros sponsor (BMW) et on nous assure que tout est sous contrôle… Mais vous savez que BMW a payé pour quitter le giron fédéral ? C’est normal, ça ? C’est bon signe ? Il y a un mal-être autour de la FFR.

Jacques Brunel, qui a succédé à Guy Novès en janvier 2018, semble avoir été mis sous tutelle par l’arrivée de Fabien Galthié en équipe de France. Est-ce aussi votre avis ?

Je respecte trop Jacques Brunel pour dire qu’il a été placé sous tutelle. Mais ce que Jacques traverse doit être difficile à vivre. Par amitié pour Bernard Laporte, il accepte d’avaler des couleuvres et de prendre tout sur ses épaules. Il est seul au front. Personne ne l’aide.

On dit qu’à l’époque où vous avez choisi Guy Novès, Fabien Galthié vous a envoyé ce message : "Erare humanum est", soit "l’erreur est humaine". Est-ce vrai ?

(il soupire) Je n’en ai pas le souvenir… Et puis, mon niveau de latin est tel que je ne l’aurais probablement pas compris…

En 2015, vous étiez au chevet du XV de France lors du Mondial anglais. Vous aviez très mal supporté que les joueurs, battus sèchement par les All Blacks (62-13), mettent de la musique dans le bus. Pourquoi ?

Je suis monté au créneau parce que quand tu prends une branlée, tu arrêtes de faire le con, tu ne fais pas de tour d’honneur et tu fermes ta gueule. Ça va, quoi… Moi, j’ai été éduqué ainsi et si ça ne plaît pas aux gens, je n’en ai rien à foutre.

D’accord.

Faire profil bas après une telle branlée, c’est juste le respect que l’on doit aux gens ayant dépensé des milliers d’euros, des gens s’étant serré la ceinture pendant des mois et des mois pour suivre le XV de France en Coupe du monde. Derrière ça, tu peux me dire que je suis un vieux con…

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Serge Simon et Bernard Laporte vous ont un temps demandé de les rejoindre à la FFR. Pourquoi avoir refusé ?

Parce que je suis fidèle en amitié et que je ne passe pas d’un camp à l’autre sur un caprice. Ce n’est pas moi, ça.

Dernièrement, Bernard Laporte disait à propos de Florian Grill, le candidat de l’opposition : "Il n’y a que sa mère qui le connaît." Cela vous a-t-il choqué ?

Partir avec Florian Grill ne me fait pas peur. Tout n’est pas qu’une question de notoriété. Je préfère voir les compétences. Et notre candidat en a beaucoup.

On vit dans une société de l’image, néanmoins. L’argument de Bernard Laporte, bien qu’un peu caricatural, n’est pas infondé…

Notre campagne sera collective. Contrairement à eux, on ne se cachera pas derrière un nom pour défendre nos idées.

Bernard Laporte continuera vraisemblablement de participer à l’émission de Cyril Hanouna. Avez-vous un avis là-dessus ?

Oui… Moi, quand j’ai été élu à la Ligue (1998), j’ai arrêté de commenter des matchs sur Canal +…

Il est souvent dit que vous ou Guy Novès avez des personnalités trop clivantes pour être un jour élu à la tête du bateau fédéral. Est-ce la raison pour laquelle vous n’êtes pas tête de liste ?

Non. Tête de liste, ça ne veut rien dire. Si j’avais voulu être tête de liste, j’aurais été tête de liste ; j’aurais fait mon équipe et personne n’aurait rien eu à dire. D’ailleurs, j’en avais une et beaucoup de personnes étaient prêtes à me suivre.

Dès lors, pourquoi n’avoir pas été au bout ?

Comme je vous le disais au début de cet entretien, la vie a fait que j’ai eu envie d’autre chose. Mais je me battrais pour Florian (Grill) avec la même conviction que je me suis battu pour Pierre (Camou).

Malgré sa démocratisation, le rugby est encore un sport très ancré dans le Sud de la France. Ne pensez-vous pas que l’étiquette "parisienne" de Florian Grill puisse le desservir au moment du vote ?

Bientôt, nous allons rendre visite aux 2000 clubs du rugby français. Bientôt, les présidents découvriront qui est Florian, quelle est sa force de caractère, son intelligence et sa personnalité. Il va se mettre à nu. Et contrairement à ce que dit Bernard Laporte, Florian Grill ne sort pas de nulle part : il est un bénévole comme il en existe des milliers d’autres ; il a passé sa vie au service du rugby amateur.

Vous avez fait partie des pionniers du rugby professionnel en créant la Ligue, il y a vingt ans. N’avez-vous pas peur d’incarner le rugby pro aux yeux des votants, tous issus du monde amateur ?

C’est le procès qu’on me fait souvent. Mais je n’ai jamais touché de pognon quand je jouais à Biarritz, que je sache. Et j’ai toujours été un dirigeant bénévole, que ce soit au BO ou à la Ligue. Est-ce le cas de Bernard Laporte ? A-t-il déjà été amateur ? Et Serge Simon ? Il est bénévole ?

Guy Novès finira-t-il par vous rejoindre ?

Je ne pense pas que Guy ait aujourd’hui un intérêt à défendre une cause quelle qu’elle soit. Il poussera pour un camp plutôt que pour un autre, c’est l’évidence, mais je ne pense pas qu’il entrera dans la liste.

Olivier Magne, qui avait semble-t-il participé aux premières réunions avec "Ovale ensemble", a rejoint la FFR. Avez-vous été surpris ?

Non. Notre ami a vu quelque chose de différent, quelque chose qui pouvait l’intéresser. Il va récupérer la gestion d’une équipe fédérale, c’est une excellente chose pour lui. Mais bon…

Quoi ?

Il n’a pas le droit de dire au public et à ses futurs employeurs qu’il n’a jamais fait partie de notre groupe de réflexion…

Récemment, Marc Lièvremont et Vincent Etcheto ont laissé entendre que vous et Jean-Claude Skrela, présents sur la liste d’opposition, incarniez un rugby quelque peu fané. Qu’en pensez-vous ?

(il sourit) J’entends leur avis. Je crains néanmoins qu’il n’ait un fort accent de jeunisme. Vous savez, ce refrain classique qui consiste à balayer d’un revers de mots tout ce qui est là depuis un certain temps… […] Car ce ne sont vraisemblablement pas nos idées ou notre vision du rugby qui sont visées, sinon ces gens-là auraient immédiatement et sans aucun doute appuyé ce reproche de leurs propres idées et de leur vision novatrice pour le rugby français. Or, à ma connaissance, ni l’un ni l’autre n’a fait état de quelque avis que ce soit, pas plus qu’ils n’ont confirmé un engagement ferme et motivé pour porter un nouveau rugby…

Vincent Etcheto travaillera néanmoins avec le club de Nantes, en Fédérale 1, la saison prochaine.

C’est bien. Il peut même pousser jusqu’à Montaigu, s’il le souhaite. Moi, il ne m’intéresse pas.

Vous ferez a priori campagne sur le fait que le président de la fédération ne sera pas rémunéré…

(il coupe) Il n’y a pas d’"a priori". Si l’on gagne, le président de la fédération ne sera pas rémunéré par le monde amateur. C’est acquis.

Dès lors, ne peut-on pas comprendre que Marc Lièvremont, qui à 50 ans doit bien travailler pour vivre, ait préféré décliner votre proposition ?

(il s’agace) Hé bé ! Il a fait un choix et c’est très bien ! Qui a dit qu’on ne le comprenait pas ?

Permettez-nous d’insister : de quoi aurait vécu Marc Lièvremont s’il avait été élu président ?

(il s’énerve franchement) Mais je m’en fous complètement ! Mon problème, c’est de mettre des bénévoles au service du rugby français pour le sortir du marasme, c’est tout ! De toute façon, cette nouvelle génération ne veut pas s’engager. Tout le monde tourne la tête, au moment de partir au combat. C’est bon… Ça va… Tout ça me les brise…

On dirait, oui…

Des donneurs de leçon, j’en vois beaucoup à la télévision : aucun d’entre eux ne met la main à la pâte, aucun d’entre eux ne donne gratuitement son temps au rugby. J’ai lu que Marc Lièvremont n’avait pas voulu nous rejoindre parce que j’étais là. Très bien ! Parfait ! Mais monte ta propre liste, alors ! Vas-y, au combat !

Vous êtes remonté…

Ces derniers temps, il est de bon ton de me cracher dessus. Mais si quelqu’un est plus efficace que moi, qu’il y aille ! Je ne m’en offusquerai pas, bien au contraire ! […] Dans le milieu du rugby, certains m’appellent "le parrain". Mais le parrain, c’est surtout un mec qui a donné sa vie au rugby. Moi, quand il y a un comité directeur de la fédération, je m’y rends et je travaille. Je ne reste pas le cul sur la chaise à critiquer ce que font les autres. Et les 200 jours de campagne, je les ferai tous !

Elle vous dérange, cette réputation de "parrain" ?

Non. Je m’en cogne. J’ai de la personnalité, voilà tout. Et ceux qui n’en ont pas m’emmerdent.

Vous parliez de votre incident cardiaque au début de cette interview. Cela a-t-il changé votre façon de vivre ?

Non. Je me moque de vivre jusqu’à 90 balais. Mais le jour où j’ai fait cet arrêt sur images, le jour où je me suis retourné sur ce que j’avais fait, je n’ai vu que du rugby. Merde, il y a d’autres choses à faire, non ? Un tour de vélo sur la côte, visiter les châteaux de la Loire, flâner à Venise, passer un week-end à Pétaouchnok…

On a du mal à vous imaginer sans le rugby…

J’arriverais à m’en passer, croyez-moi. Si je ne vais pas à Aguilera tous les week-ends, je n’en serai pas traumatisé.

Votre femme ne vous dit-elle pas de lever le pied ?

(il éclate de rire) Surtout pas, elle est actionnaire ! Non, je rigole, hein…

Et les toubibs, alors ?

"Continuez à manger, Monsieur Blanco !" Dernièrement, je me suis remis au sport, j’ai acheté un vélo et j’ai même fait 33 bornes hier (l’entretien a été réalisé début août), entre Béhobie et Pampelune. Ne vous inquiétez pas trop pour moi : je suis là, je résiste.

Il y a quelques années, vous aviez été très près, avec Manu Mérin, alors président de l’Aviron bayonnais, de créer le grand club basque.

(il coupe) Je ne sais pas si on y arrivera un jour ou pas. À l’époque, c’était une nécessité à mes yeux. D’autres gens en ont décidé autrement.

Mais ?

La question se reposera un jour. Le Top 14, c’est bien. Mais avec 17 millions d’euros de budget, c’est surtout très dur…

Mi-septembre, votre autobiographie "Mes Rebonds Favorables", sera publiée aux éditions Marabout. Pourquoi avez-vous finalement accepté de raconter votre vie ?

Ce livre, on me l’a proposé cent fois et jusqu’ici, j’avais toujours refusé. Ce n’est pas une question d’argent, je vous rassure. Les bénéfices seront entièrement reversés à une œuvre caritative.

Pourquoi avez-vous changé d’avis ?

J’en avais marre que les gens racontent mon histoire à ma place. J’ai voulu dire mes vérités. On y parle de mon enfance à Caracas, de ma jeunesse à Biarritz, du rugby, des amis et de tout le reste…

Êtes-vous nostalgique ?

Je suis nostalgique d’une époque où les mômes jouaient dans la rue à 22 heures sans que les parents soient bouffés d’angoisse. Tout était plus simple, en ce temps-là. On parlait dans les cafés. On allait vers l’autre. Maintenant, on raconte sa vie sur les réseaux sociaux.

Et ça vous agace ?

Oui. Celui-ci pense qu’il est bon que nous sachions qu’il est allé pisser à 11 heures. Celui-là nous raconte qu’il a bouffé un yaourt et que c’était vachement bon. Putain, je suis content de l’apprendre ! Moi, je ne me reconnais pas dans ce nombrilisme à deux balles. Merde, ce n’est pas ça, la vie.

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