• Les Lyonnais de Carl Fearns ont monopolisé le ballon et dominé la rencontre. Ils s’imposent à Toulon. Photo Icon Sport
    Les Lyonnais de Carl Fearns ont monopolisé le ballon et dominé la rencontre. Ils s’imposent à Toulon. Photo Icon Sport
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Top 14

Carl Fearns : Monsieur Indestructible

Victime d’une rupture du ligament croisé du genou droit en octobre 2017, le troisième ligne centre anglais a pris son temps pour retrouver son niveau. Mais il s’est aujourd’hui réinstallé comme la caution puissance d’un LOU, solide leader du Top 14.

Ce n’était pas Carl Fearns que le public de Mayol attendait, samedi. Non, de longue date, les Toulonnais avaient pris rendez-vous avec un autre troisième ligne centre du Lou : Mathieu Bastareaud. Mais Pierre Mignoni a rapidement douché tout espoir de voir celui qui était parti en rock star quelques mois plus tôt refouler la pelouse de Mayol. "Je considère qu’il est bien trop tôt pour Mathieu, sentimentalement et émotionnellement. Même s’il est un compétiteur et aurait voulu jouer à Toulon, ce n’est pas le bon moment. Compte tenu de ses changements de poste, de club et de vie, il aurait eu trop de pression." Travailleur acharné, Mathieu Bastareaud, qui enchaînait les courses sur le stade Léo Lagrange dès le dimanche matin, savait pourtant qu’il laissait le Lou entre de très bonnes mains : celles (immenses) de Carl Fearns, son conseillé de luxe depuis son arrivée sur les bords du Rhône… Et quelle rencontre a livrée le tank anglais (1,91 m, 122 kg). Électrique en défense, surpuissant ballon en mains, capable de faire jouer après contact, celui que l’on surnomme "inferno" dans l’intimité du vestiaire s’est même offert le luxe de mettre un terme à la seule véritable phase de domination toulonnaise en se… chamaillant avec les frères Taofifenua et Bastien Soury ! Vous dîtes omniprésent ?

"Il ne faut pas négliger l’impact de la saison dernière"

"Carl est un joueur très intelligent. Il a une grande culture rugby, qui lui permet de sentir le jeu", nous confiait plus tard Pierre Mignoni. Une expérience et une vision qui lui ont permis de remporter haut la main son duel avec Facundo Isa. À 30 ans et près de deux ans après une rupture du ligament croisé du genou droit (combinée à une lésion du cartilage), Carl Fearns se réinstalle un peu plus comme l’un des meilleurs joueurs du championnat. "Je suis content de le voir revenir à ce niveau. Ç’a été difficile pour lui. Il lui a fallu presque deux années complètes pour reprendre confiance", poursuivait le coach lyonnais. "Puis il ne faut pas négliger l’impact de la saison dernière, au cours de laquelle il n’a pas pu donner tout ce qu’il avait. Ç’a l’a affecté, motivé et il voulait redevenir une pierre angulaire, ajoutait son coéquipier, Julien Puricelli. On a compris dès la préparation qu’il revenait pour faire mal." Redevenu indispensable au collectif lyonnais (trois fois titulaire depuis le début de saison), celui qui dispute sa cinquième saison dans le Rhône apporte également de nouvelles cordes à l’arc rhodanien. "Depuis deux saisons, comme il peinait à revenir, on a dû s’adapter. Ça nous a ainsi permis d’apprendre à jouer sans lui, plus en contrôle, analysait l’ancien capitaine lyonnais. Et quand il est là, c’est tout bonus ! Dans un rugby où le premier rideau est composé de 11 à 13 joueurs, avoir Carl qui gagne des duels et nous met dans l’avancée est précieux." Mais n’allez pas imaginer que les performances de Carl Fearns surprennent le groupe. "Nous sommes allés chercher Carl à Bath en 2015, et nous n’avons jamais regretté cette décision, louait Mignoni. Il a un profil atypique et est très apprécié de tous. Pourquoi ? Parce qu’en plus d’être un excellent joueur, il n’a pas eu peur de quitter un club dominant en Angleterre pour nous rejoindre en ProD2. Et depuis…" Depuis, celui qui jouait le joker de luxe de Leroy Houston chez le finaliste 2015 du Premiership s’est imposé comme la caution combat du Lou. "Mais pas que", coupe son coach. "Il gagne souvent ses duels, évidemment, mais a aussi des mains incroyables. Et on remarque que ses timings sont bons et ses courses toujours intelligentes." L’élément, donc, qui pourrait permettre au Lou de franchir un nouveau pallier en fin de saison ? "C’est trop tôt pour envisager quoi que ce soit… puis attention : j’en attends encore plus de Carl ! Je veux qu’il continue à prendre confiance, qu’il retrouve la pleine possession de ses appuis, de sa vitesse. Aujourd’hui il n’est pas encore capable de jouer 80 minutes. Il travaille beaucoup, est sur la bonne voie mais il peut faire mieux." Pour envisager une éventuelle happy-end, les Lyonnais savent qu’ils devront compter sur leur diamant britannique qui, s’il est moins jeune qu’à son arrivée, demeure large d’épaules ; et est surtout plus motivé que jamais à l’idée d’enfin disputer des phases finales de Top14 avec son club d’adoption.

Pierrick Ilic-Ruffinatti
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