• Match amical - Louis Picamoles (France) contre l'Italie
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Coupe du Monde

Picamoles : « Il y a eu des interrogations sur ma présence dans le groupe »

Rattrapé en dernière minute par Jacques Brunel dans la liste des Mondialistes, le Monpelliérain raconte ses dernières heures avant l'annonce. Avant de promettre : remplaçant ou pas, il ne lâchera pas.

Dans un même entraînement au Japon, il peut faire très chaud, puis pleuvoir puis faire chaud à nouveau. Comment s'adapte-t-on ?

Même quand il pleut, il faut chaud ! Au moins, ça solutionne un problème. On s'était préparé à des conditions de chaleur mais pas avec une telle humidité. Au début ça fait un peu bizarre, il faut s'habituer. Notamment le ballon glissant, avec les peaux moites. Il faudra être vigilant, ça provoque quelques fautes de mains normalement évitables.

Où en êtes-vous du décalage horaire ?

J'ai encore un peu de mal à trouver mon équilibre de sommeil. Il y a encore plusieurs réveils dans la nuit. Ce qui me rassure, c'est que je ne suis pas le seul. Certains ont très vite récupéré, dorment très bien mais d'autres, comme moi, sont encore en décalage. C'était l'intérêt d'arriver tôt au Japon. Normalement, tout sera rentré dans l'ordre d'ici à lundi. On pourra attaquer la semaine de l'Argentine à fond.

Vous passez dix jours sur place avant le premier match. Le temps paraît-il long ?

Long, non, vraiment pas. Si nous n'étions pas là, nous serions à Marcoussis. Je préfère être ici. C'est bien d'être arrivé tôt, de s'imprégner de l'ambiance que peut engendrer une compétition comme la Coupe du monde. Ce sera la première sur le continent asiatique, c'est particulier. Et puis, cela laisse du temps aux jeunes pour bien appréhender l'événement. Quand tu es en France, tu es dans ton cocon. En arrivant sur le sol de la compétition, tu bascules vraiment dans l'événement. Je me souviens de ma première Coupe du monde, en Nouvelle-Zélande. Très vite à notre arrivée sur place, j'avais compris le poids de la compétition qui arrivait. C'est bien que les plus jeunes aient le temps de s'imprégner de tout ça et de le digérer, pour ne pas se laisser submerger.

L'excitation du premier match est-elle déjà là ?

Oui, elle est là. En arrivant ici, on saisit que ça ne va pas tarder à démarrer. Il nous reste du temps pour travailler mais il y a un petit stress qui monte.

Entre l'Argentine et l'Italie, le dernier match de préparation, un mois ce sera écoulé sans match. Les autres nations ont, elles, choisi de placer un quatrième match de préparation, le week-end dernier. Auriez-vous aimé en faire autant ?

Nous aurons tout de même une opposition, vendredi, face à l'équipe japonaise de Yamaha. Ça n'aura pas la valeur d'un match de Coupe du monde, on le sait, mais ça nous replongera dans un contexte d'intensité. Ensuite, est-ce qu'un match de plus aurait été utile ? Je ne sais pas quelle est la bonne formule. C'est vrai que la coupure est longue avant le premier match face à l'Argentine, mais je ne suis pas sûr que cela ait un impact.

Les entraînements peuvent-ils compenser l'absence de match ?

Nous travaillons dans l'idée que nos entraînements doivent être plus durs, physiquement, que les matchs. Je pense donc que cela compense. Par exemple, à l'entraînement, nous travaillons sur des séquences de 4 minutes, puis 3 minutes, puis 2 minutes sans interruption de jeu. Et nous répétons ce schéma trois fois. En match, une telle intensité ne se produit jamais. Quand vous découpez votre match à la vidéo, vous ne trouvez jamais trois séquences de quatre minutes, trois autres de trois minutes et encore pareil à deux minutes. On travaille en zone rouge, pour y gagner en lucidité. Cela doit nous aider en match.

Après l'Italie, on vous a vu à la télé prendre la parole devant le groupe. Comment est-ce venu ?

J'ai senti le besoin de le faire, rien de plus. Sur le terrain, c'est le seul endroit où on peut finalement se retrouver seulement entre joueurs. J'ai voulu en profiter. Bon, je n'avais pas vu la caméra... (il sourit) C'était quelque chose de spontané. J'avais besoin d'exprimer ces mots-là à mes coéquipiers. Je savais que pour l'annonce des 31, on serait séparés, contrairement à 2011 et 2015 où nous avions vécu cela en groupe. J'avais envie d'en parler avant.

Personnellement, aviez-vous des craintes ? On sait que votre nom a été en balance pour quitter le groupe France...

Bien sûr qu'il y a eu de l'attente, des interrogations sur ma présence dans ce groupe. Des jours compliqués, pour moi mais aussi pour ma famille. J'ai d'ailleurs une pensée particulière pour ma femme. Entre samedi, lorsque le groupe s'est séparé à Marcoussis, et le lundi de l'annonce de la liste, on ne peut pas dire que j'ai été très impliqué dans la vie de famille.

Lisiez-vous les informations qui circulaient ?

Que vous les lisiez ou non, ces informations viennent à vous. Par les copains, par la famille, par les alertes sur le téléphone... Bien sûr que je me suis interrogé. Personne n'est incontournable ni indispensable. De notre côté, celui des joueurs, aucune information ne fuitait venant du staff. Je connaissais aussi la grosse concurrence en troisième ligne. L'attente a été longue.

Quand avez-vous compris que vous en seriez ?

Quand le téléphone ne sonne pas, un peu après 19 heures, on se dit que ça sent peut-être bon. Et puis, toute l'équipe échange sur un groupe Whatsapp. Ceux qui ont eu le malheur de recevoir le coup de fil du sélectionneur, les informant de leur non-sélection, nous l'ont vite fait savoir sur notre groupe de discussion. Mais le soulagement n'arrive vraiment qu'autour de 20h30, quand votre nom sort de la bouche du sélectionneur.

Vous avez longtemps été le numéro 8 titulaire du XV de France. Vous abordez finalement la Coupe du monde dans la peau d'un remplaçant potentiel, plutôt qu'un titulaire. Comment le vivez-vous ?

Bien sûr que j'ai envie de démarrer les matchs sur le terrain. Mais je ne vis pas cette situation mal non plus. Je donne mon max aux entraînements mais je ne cherche pas à me montrer individuellement. Grégory (Alldritt, N.D.L.R.) a fait de très bons matchs de préparation. Si c'est lui qui débute la compétition, je serai à fond derrière lui et je ferai tout pour l'aider. Et je basculerai vite sur la suite. J'ai assez d'expérience pour connaître les aléas d'une Coupe du monde. Il y a des matchs très rapprochés, ce qui oblige à avoir tous les joueurs concernés. Il peut aussi se passer beaucoup de choses. En 2011, beaucoup de titulaires en début de compétition ne l'étaient pas en finale. La pire des choses, ce serait de lâcher parce qu'on ne joue pas le premier match. Ne serait-ce que par respect pour les six copains qui sont restés sur le bord de la route, ça ne serait pas admissible.

Propos recueillis par Léo FAURE, au Japon
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