• Les Bleus en plein exercice physique
    Les Bleus en plein exercice physique Patrick Derewiany - Midi Olympique / Patrick Derewiany - Midi Olympique
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Edito

Insouciance ou insuffisance ?

Thibault Giroud a passé trop de temps de l’autre côté de la Manche et, plus amplement, au contact des pratiques anglo-saxonnes, pour que sa prise de parole ne soit pas frappée du sceau de la crédibilité. Dans le long entretien qu’il nous accorde (voir page 24), le nouveau patron de la préparation physique du XV de France brosse large et sans détour. Non, les Bleus n’ont pas rattrapé leur retard sur les meilleures nations.

En cause, selon lui : les lourdeurs du Top 14 et leurs conséquences immédiates sur le XV de France ; les problèmes structurels entre ligue et Fédération qu’il faudra bien régler, si on veut briller en 2023, et que la réunion discrète de jeudi dernier entre DTN, futur staff et entraîneurs-pourvoyeurs de joueurs doit déjà déblayer ; l’urgence dans laquelle les Bleus sont depuis tant de temps, contraints cette fois de rattraper en trois mois un retard accumulé en dix fois plus de temps.

Au milieu de cette problématique à multiples facteurs institutionnels, il y a cette question humaine, générationnelle et qui interpelle. Les Français travailleraient moins ? Ce n’est pas ça, et ce n’est pas ce qu’il dit. "Ils se sont envoyés comme des fous pendant presque trois mois et je leur tire mon chapeau" précise même Giroud. Il y ait plutôt question d’une insouciance, d’une légèreté des joueurs dans l’approche de leur travail. Plus particulièrement les jeunes, ceux de la nouvelle génération, qu’il faudrait sans cesse intéresser, surveiller, pousser, amuser ou engueuler pour obtenir un résultat que, seuls, trop inconstants, ils ne toucheraient pas.

Revient alors en tête cette anecdote. Juin 2018. Tournée des Bleus en Nouvelle-Zélande et, à Wellington, Ngani Laumape et Julian Savea laissés hors du groupe all black pour le deuxième test-match. De notre côté, reportage calé le vendredi matin, veille du match, pour visiter les installations des Hurricanes. Rendez-vous donné à 6h30 (sic) et, ô surprise : Laumape et Savea étaient là. Seuls, dans la salle de musculation de leur franchise, à s’imposer une séance de leur propre chef. Sans préparateur physique aux alentour pour les pousser. Sans personne pour les obliger.

Quelques heures plus tard, cette anecdote fut contée à un jeune joueur des Barbarians français, également en tournée en Nouvelle-Zélande dans le même temps. Confidence, nourrie d’éclats de rire. "C’est incroyable ! Ils étaient là à 6h30 ? Ils faisaient leur musculation sans préparateur physique ? C’est là qu’ils m’impressionnent. En France, on ne fait la séance que si elle nous ait demandée. Et si le préparateur s’absente, on en profite surtout pour faire des selfies avec les copains."

Voilà pour l’insouciance, traduite dans les faits. Dès lors, qu’est-ce qu’on fait ? S’il faudra bien se pencher pour 2023 sur ce problème de manque d’autonomie dans le travail, qui engendre aussi un manque de leadership, il est clairement trop tard pour cette édition 2019. Un espoir, alors, nourrit d’un exemple : le Stade toulousain fut notre meilleure équipe de la dernière saison, demi-finaliste de Coupe d’Europe et champion de France, avec des schémas de groupe assez similaires. Quelques cadres, plus anciens (et souvent étrangers, c’est vrai) pour guider un groupe jeune, insouciant, flirtant parfois dangereusement avec la légèreté.

C’est cet état d’esprit, aussi, qui leur a permis d’aborder chaque grand événement un peu plus libéré que l’adversaire. à l’approche de la confrontation déjà décisive du XV de France avec l’Argentine, la recette peut être la bonne. Elle peut même être notre plus belle arme.

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