• Instant solennel : après avoir béni les maillots avec du sel, le manager de l’équipe Hiroyuki Kajihara s’incline respectueusement avant de les remettre aux joueurs.
    Instant solennel : après avoir béni les maillots avec du sel, le manager de l’équipe Hiroyuki Kajihara s’incline respectueusement avant de les remettre aux joueurs. Patrick Derewiany / Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique
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Reportages

Ces forçats du rugby

Qu’ils soient japonais ou étrangers, ils rêvent tous de Top League, mais doivent concilier études supérieures et sport de haut niveau. Pour y parvenir ils abattent un travail colossal, sur et en dehors du terrain.

L’autre grand poumon du rugby japonais se trouve dans ses universités. Avec un système qui n’est pas sans rappeler le modèle américain avec des moyens conséquents et des systèmes de bourses, les équipes universitaires sont les principales pourvoyeuses de joueurs au championnat corporatif national, la Top League. En début de semaine, le manager de l’équipe Hiroyuki Kajihara nous confiait toutefois que son niveau était inférieur à celui des lycées car les étudiants ne s’entraînaient pas assez en raison des études. Selon lui, Eddie Jones avait même suggéré de le court-circuiter pour envoyer les meilleurs lycéens directement dans les équipes de Top League… Seulement, une journée passée au contact de l’équipe de Yamanashi nous a montré que le "pas assez" japonais n’a aucune commune mesure avec notre "pas assez" occidental : "Cela me fait toujours sourire quand j’entends cela car ils s’entraînent tout de même cinq fois par semaine, voire six, et que la pré-saison commence en mars alors que le premier match n’est en septembre" nous glisse Olivier Nier. Des cadences infernales qui ont de quoi déstabiliser n’importe quel étranger, à commencer par Mosese, un imposant centre fidjien de 21 ans qui n’est autre que le cousin de Waisea, l’international fidjien du Stade français : "J’en ai bavé au début… Vous voyez la montagne là-bas ? En guise de préparation, on doit la gravir en courant. Les avants ont 30 minutes pour le faire, les trois-quarts 25. L’hiver, même par -2, les joueurs sont là à 6 h 30 du matin alors que l’université n’est même pas ouverte. Je me souviens même d’une fois où l’entraîneur avait demandé à ses joueurs d’enlever la neige sur le terrain en se servant du joug comme d’un chasse-neige… sauf que c’était sans fin, puisqu’il neigeait !" se marre le Fidjien.

Comme les quatre autres étrangers qui renforcent l’équipe, Mosese s’est engagé pour quatre saisons avec l’université de Yamanashi, qui lui offre en contrepartie une bourse d’études ainsi que le logement. Parmi eux, on trouve un certain Connor, un beau bébé néo-zélandais de deux mètres pour 118 kilos et qui évolue dans la cage et qui porte un nom bien connu en Top 14 : Wihongi. "Vous connaissez Karena ? C’est le fils de l’oncle de mon père (soit le cousin germain de son père) ! Comment va-t-il ? Quoi, il joue encore ?" Après avoir donné quelques nouvelles de son lointain parent qui a retrouvé le CO, Connor nous reparle de son aventure : "On bosse très dur ici, c’est vrai. Avec les cours, on arrive vite à des journées de 10-11 heures... en fait, on ne se repose que la nuit." Comme d’autres, il a pour objectif d’intégrer la Top League, ou même la deuxième division japonaise : "Il me reste encore un an ici, mais j’aimerais rester. La Nouvelle-Zélande me manque un peu, mais je veux jouer ici."

La remise des maillots, instant sacré

Demain, Connor sera titulaire dans la cage. Aux côtés d’un coéquipier japonais qui a bien une tête de moins que lui. L’université de Yamanashi prépare un match important. Le premier de la saison. Un déplacement chez l’équipe de Rissho qui l’a humiliée la saison dernière. On le voit d’ailleurs au comportement du manager : hilare et joyeux au milieu des gamins des écoles de rugby, Kajihara s’est fermé comme une huître dès le "Rugby Day" terminé. Regard noir et voix grave : "Ils nous ont mis 60 points l’année dernière donc on veut aller gagner chez eux. Peu importe qu’ils soient meilleurs ou pas, demain on prend notre revanche." La mise en place est studieuse : lancements rapides, courses tranchantes, gestes précis.

Dans la salle de musculation qui jouxte le stade, un rituel se prépare : celui de la remise des maillots, version japonaise. Une fois la mise en place terminée, l’intégralité de l’équipe universitaire se regroupe dans la salle de musculation : équipe une, réserve, blessés, tout le monde doit être présent sans la moindre exception. Dans un silence de cathédrale, "Kaji" plonge la main dans l’urne située juste à côté des maillots soigneusement pliés et répand du sel sur chacun d’entre eux pour les bénir. Appelés (et applaudis) un par un, les joueurs obtiennent leur maillot des mains de leur entraîneur et disent quelques mots à l’assemblée en suivant. Viriami, l’autre fidjien récemment arrivé, se risque à une phrase en japonais aussitôt acclamée par l’équipe. Une fois la cérémonie terminée, l’équipe réserve se met aussitôt au boulot : "La semaine prochaine, je jouerai en équipe première" nous glisse avec détermination un pilier avant de s’allonger sous une barre de 150 kilos. On trouve même des titulaires pour le match du lendemain : "Ils sont incorrigibles, sourit Mosese, ils ne s’arrêtent jamais." Mais au moins, leur travail acharné paie. Corrigés l’année dernière, les universitaires de Yamanashi ont poussé leurs rivaux de Rissho jusque dans leurs derniers retranchements pour ne perdre que sur une ultime pénalité passée à la dernière seconde… La prochaine sera la bonne. Comme pour les Brave Blossoms ? S. V.

L’autre grand poumon du rugby japonais se trouve dans ses universités. Avec un système qui n’est pas sans rappeler le modèle américain avec des moyens conséquents et des systèmes de bourses, les équipes universitaires sont les principales pourvoyeuses de joueurs au championnat corporatif national, la Top League. En début de semaine, le manager de l’équipe Hiroyuki Kajihara nous confiait toutefois que son niveau était inférieur à celui des lycées car les étudiants ne s’entraînaient pas assez en raison des études. Selon lui, Eddie Jones avait même suggéré de le court-circuiter pour envoyer les meilleurs lycéens directement dans les équipes de Top League… Seulement, une journée passée au contact de l’équipe de Yamanashi nous a montré que le "pas assez" japonais n’a aucune commune mesure avec notre "pas assez" occidental : "Cela me fait toujours sourire quand j’entends cela car ils s’entraînent tout de même cinq fois par semaine, voire six, et que la pré-saison commence en mars alors que le premier match n’est en septembre" nous glisse Olivier Nier. Des cadences infernales qui ont de quoi déstabiliser n’importe quel étranger, à commencer par Mosese, un imposant centre fidjien de 21 ans qui n’est autre que le cousin de Waisea, l’international fidjien du Stade français : "J’en ai bavé au début… Vous voyez la montagne là-bas ? En guise de préparation, on doit la gravir en courant. Les avants ont 30 minutes pour le faire, les trois-quarts 25. L’hiver, même par -2, les joueurs sont là à 6 h 30 du matin alors que l’université n’est même pas ouverte. Je me souviens même d’une fois où l’entraîneur avait demandé à ses joueurs d’enlever la neige sur le terrain en se servant du joug comme d’un chasse-neige… sauf que c’était sans fin, puisqu’il neigeait !" se marre le Fidjien.

Comme les quatre autres étrangers qui renforcent l’équipe, Mosese s’est engagé pour quatre saisons avec l’université de Yamanashi, qui lui offre en contrepartie une bourse d’études ainsi que le logement. Parmi eux, on trouve un certain Connor, un beau bébé néo-zélandais de deux mètres pour 118 kilos et qui évolue dans la cage et qui porte un nom bien connu en Top 14 : Wihongi. "Vous connaissez Karena ? C’est le fils de l’oncle de mon père (soit le cousin germain de son père) ! Comment va-t-il ? Quoi, il joue encore ?" Après avoir donné quelques nouvelles de son lointain parent qui a retrouvé le CO, Connor nous reparle de son aventure : "On bosse très dur ici, c’est vrai. Avec les cours, on arrive vite à des journées de 10-11 heures... en fait, on ne se repose que la nuit." Comme d’autres, il a pour objectif d’intégrer la Top League, ou même la deuxième division japonaise : "Il me reste encore un an ici, mais j’aimerais rester. La Nouvelle-Zélande me manque un peu, mais je veux jouer ici."

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