• Guilhem Guirado (France)
    Guilhem Guirado (France) Patrick Derewiany / Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique
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Coupe du Monde

Les dernières cartouches du capitaine Guirado

Le capitaine de l’équipe de France Guilhem Guirado (33 ans, 70 sélections) s’apprête à disputer sa troisième et dernière Coupe du monde. Le Catalan ne veut pas rater sa sortie.

La première rencontre avec Guilhem Guirado date de l’hiver 2005. Il était alors pensionnaire du Pole France de Marcoussis qui m’avait accueilli pour suivre le quotidien de la relève tricolore. On avait découvert un garçon gentil, poli, curieux. On avait surtout senti qu’il n’était pas un des meneurs du groupe. Marc Giraud en était le capitaine, Arnaud Mignardi et Yann Fior les ambianceurs, les Maxime, Médard et Mermoz les artistes, Louis Picamoles et Fulgence Ouedraogo les jokers, puisque non retenus au Pole France mais appelés en renfort à chaque match. Au talonnage, Brice Mach ne lâchait rien. Le futur capitaine de l’équipe de France suivait alors cette joyeuse bande, restant en retrait, s’amusant des blagues des uns et travaillant sans rechigner.

Un peu plus de quatorze ans plus tard. Guilhem Guirado s’apprête à disputer sa troisième Coupe du monde. La première en tant que capitaine. Il est devenu un homme, a gagné en charisme, traversé des épreuves qui lui donnent aujourd’hui sa force de caractère et lui permettent de prendre de la hauteur. Une transformation que Maxime Médard a suivie avec attention : "Guilhem, ce n’était peut-être pas un leader il y a dix ans, ni le plus expressif. Mais il a évolué, il a changé en dix ans. Il a grandi et je crois que c’est un très bon capitaine. Je suis très content pour lui."

"Je me sens beaucoup plus légitime"

Ce vendredi, Guilhem Guirado, vêtu d’un simple tee-shirt blanc, habillé comme Monsieur tout le monde, a quitté le Highland Resort de l’équipe de France pour une petite excursion d’une heure sur les hauteurs de Fujiyoshida. Le temps de quelques photos et confidences devant le Akura Fuji Sengen Jinja, quelques mètres en dessous de la Pagode Chureito, point d’observation exceptionnel pour admirer le Mont Fuji, même si, ce jour-là, la météo n’est pas de la partie. Être capitaine de l’équipe de France lors d’une Coupe du monde, il a forcément dû en rêver, notamment après des débuts en Bleu où il a dû longtemps patienter en retrait (1 titularisation lors de ses 20 premières sélections de 2008 à 2014), laissant penser que sa gentillesse ne lui permettrait jamais de passer devant des compétiteurs prêts à tout pour réussir. "Je n’irai pas jusque-là, coupe-t-il. J’ai toujours dit que le rôle de capitaine n’était pas dévolu à une seule personne et que je n’étais pas à la recherche de ce poste-là, mais sachant que j’ai fait deux Coupes du monde auparavant, qu’elles ont forcément été riches en expérience, qu’elles ont compté dans mon parcours, cette troisième est importante car c’est un moment charnière dans ma carrière, surtout après tout ce que nous avons traversé." Avant de poursuivre : "Dans mon discours, je me sens beaucoup plus légitime pour expliquer les choses aux jeunes qui vont découvrir la Coupe du monde. Et puis je n’ai pas toujours été incontestable. Du coup, je trouve que le son est beaucoup plus fort quand je parle de ça."

"Ce maillot me donne toujours la chair de poule"

Une légitimité qui a pourtant vacillé pendant le dernier Tournoi après la raclée reçue à Twickenham face aux Anglais. Le staff de l’équipe de France lui a demandé s’il était prêt à continuer, laissant entendre que Jefferson Poirot pouvait prendre la relève. "Beaucoup de choses se sont dites mais c’est le terrain qui m’a toujours préoccupé. Il y aurait pu avoir un changement, il n’y aurait pas eu de soucis par rapport à ça mais ce qui m’importait c’était nos prestations." Les années de galère, les critiques, le changement de sélectionneur aurait pu l’épuiser mentalement, lui donner envie d’envoyer tout balader. "Dès que l’on m’a proposé ce rôle, j’ai vraiment adoré. Rendre le capitanat de ma propre initiative je n’y ai jamais pensé. Après, j’aurais très bien pu comprendre que certaines personnes, ou certains coachs, aient voulu une autre personne en tant que capitaine. Je n’ai jamais remis en question cela. Je suis prêt à tout entendre. On s’investit énormément et je pense que l’on a besoin de savoir si ce que l’on fait est toujours bien. Pour moi, le plus important c’est à travers les joueurs, les hommes que j’ai à côté. Je veux savoir si mon message est fort, si tout le monde se sent bien à l’intérieur du groupe." à travers ses mots, Guilhem Guirado laisse transpirer sa motivation, sa volonté de bien figurer dans cette Coupe du monde pour éviter que, pour la première fois, une équipe de France soit renvoyée chez elle après la phase de poule. Le capitaine n’est pas usé par les échecs et croit toujours que le soleil va enfin se lever au Japon : "Après tout ce que j’ai traversé depuis plus de dix ans que j’ai ce maillot sur les épaules, il me donne toujours la chair de poule au moment de l’enfiler, avec tout ce qu’il représente et toutes les émotions qu’il a pu me faire vivre. Cette Coupe du monde arrive à point nommé et j’ai hâte de pouvoir représenter mon pays. Je n’ai jamais lâché et je ne lâcherai jamais. Ce n’est pas dans ma nature. C’est contraire aux valeurs dans lesquelles j’ai été éduqué.

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