• Louis Picamoles et Guilhem Guirado (France) contre l'Argentine
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Edito

Une autre histoire

L'édito d'Emmanuel Massicard... Ouvrir ce journal en vous parlant de France-Argentine ne surprendra personne. Ce match comme un coup de poker porte en effet les plus profonds espoirs du rugby français en même temps qu'il soulève un lot incroyable de questions. Et de doutes, aussi. Parce que nous ne savons pas grand-chose de ces nouveaux Bleus, après deux mois et demi d'une préparation que l'on dit avisée. Parce que les trois matchs amicaux d'août n'ont livré qu'un verdict partiel, fragilisé par l'absence de continuité et de cohérence sur l'échelle de la performance. Parce qu'enfin le temps manque toujours cruellement à cette équipe de France, contrainte de se réinventer dans l'urgence quand ses adversaires, eux, s'appuient sur des années de construction et de repères devenus communs à force de convictions.

C'est assez, vous en conviendrez, pour présenter les Bleus de Guirado comme de parfaits outsiders, ce rôle qui leur a si souvent réussi dans l'histoire. A nus, ils n'ont rien à cacher. Et tout à prouver. Thierry Dusautoir, qui a accepté pour Midol Mag le jeu de l'entretien croisé avec son pote Patricio Albacete, sait combien de tels instants sont décisifs : en 2011, dans des circonstances peu ou prou similaires, il avait brillamment soufflé sur les braises de la révolte avant d'échouer en finale, contre toute logique sportive.

En 2007, déjà face aux Pumas, il avait d'abord vécu l'échec d'une entame de Coupe du monde sous trop forte pression. L'humiliation argentine s'était prolongée jusqu'à la petite finale, au Parc des Princes. Ceux qui vécurent cette soirée folle n'oublieront jamais. Comme les joueurs eux-mêmes qui gardent en tête ce goût trop prononcé pour la vengeance qui les avaient fait déjouer, ces mots et provocations des Pumas qui étaient « entrés dans leur cerveau », selon les mots du capitaine. Et cette musique crachée par la sono des Argentins qui dansaient en conférence de presse au milieu de la grande déprime tricolore...

C'était alors la revanche des sans-grade aux dépens des grandissimes favoris. Le bras d'honneur majuscule de joueurs portés à maturité par le Top 14, eux qui touchaient enfin à la reconnaissance. Douze ans plus tard, nous ne jurerons pas que la roue s'est totalement inversée même si les Argentins n'ont plus rien des aimables faire-valoir auxquels les Français étaient quasiment les seuls à rendre visite en tournée, jusqu'à ces dix dernières années. Désormais, les Pumas côtoient régulièrement les meilleurs néo-zélandais, sud-africains et australiens dans les joutes de l'Hémisphère Sud et ils méritent assurément mieux qu'une dixième place au classement Mondial.

Pour autant, à l'image des Bleus, ils n'ont pas levé tous les doutes qui planent au-dessus d'eux. Surtout, leur révolution culturelle n'a pas encore abouti sur tous les fronts du jeu, avec un deuil de la mêlée fermée toujours difficile à assumer au pays de la Bajadita.

Si les Pumas d'aujourd'hui n'ont pas de compte à régler avec les Bleus, au contraire de leurs aînés, la nouvelle histoire qui va s'écrire le week-end prochain n'échappera jamais totalement au passé. En revenant douze ans en arrière, avec l'inversion des rôles qui nous est aujourd'hui promise, les Bleus ont une chance formidable, quasi unique, de prendre leur revanche. Une bonne fois pour toutes. Et d'assurer une partie du travail de reconquête que l'on attend d'eux. Messieurs, c'est l'heure. Votre moment.  

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