• Benson Stanley, actuel Palois, a évolué cinq saisons à Clermont.
    Benson Stanley, actuel Palois, a évolué cinq saisons à Clermont. Icon Sport / Dave Winter / Icon Sport
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Benson Stanley : « Ce dernier ballon, je serais mort plutôt que de le lâcher »

Pour sa dernière apparition sur la pelouse du Michelin, l’ancien de la maison jaunarde Benson Stanley, aujourd'hui centre de la Section paloise, est ressorti par la grande porte, avec une victoire de prestige. Émotion.

Vous disputiez votre dernier match au Michelin, que vous avez régalé pendant cinq saisons. On imagine que vous aviez rêvé de cette victoire...

Je ne pouvais pas rêver mieux. Les derniers déplacements avec Pau avaient été difficiles sur cette pelouse où j’ai tant de bons souvenirs. Ça en fera un de plus, qui restera longtemps dans ma mémoire. Je suis vraiment content pour l’équipe et pour le club. Vous vous rendez compte, cela faisait 17 ans que Pau n’avait pas gagné à Clermont ! Et pourtant, on a cru tous ensemble qu’on en était capable…

À titre personnel, l’avez-vous abordé d’une manière particulière ?

C’est toujours dangereux de tomber dans l’émotion. Mais c’est vrai que la veille du match, pendant la mise en place, je me suis surpris à me dire que j’avais de la chance d’avoir joué ici quelques saisons. Je me suis vraiment rendu compte que le Michelin est un stade incroyable. Ça a rajouté un petit quelque chose mais ça ne m’a pas mis mal à l’aise.

S’agit-il d’un exploit ?

Oui, c’est un exploit. Il n’y a pas d’autre mot.

L’avez-vous vu venir ?
Dans la semaine, il y avait un peu de fébrilité. L’équipe était plus excitée que d’habitude. Un peu comme toute équipe qui se déplace à Clermont, j’imagine. Mais c’est rentré dans l’ordre, notamment lors de la mise en place, la veille du match. On s’était promis de mettre cette équipe sous pression, car quand Clermont joue en reculant, cette équipe n’est pas meilleure que les autres. Ça, c’est facile à dire, mais encore fallait-il le faire. On a eu un peu de chance, le match aurait pu basculer pour eux à plusieurs reprises. Mais on n’a rien lâché, comme on se l’était dit.

C’est tout ?
Toutes les équipes viennent à Clermont sans pression, nous pas plus qu’une autre. Seulement, certaines équipes peuvent être inhibées par le contexte, par l’adversaire. Nous, cette fois, nous sommes parvenus à créer quelque chose.

Sur le terrain, quand avez-vous senti que la victoire était possible ?
À la mi-temps. Il se passait un truc qui ne trompait pas, dans les regards, dans les attitudes… Déjà avant le match, on s’était dit que les 15 premières minutes seraient très dures, qu’elles allaient piquer et qu’il faudrait tenir. Comme nous y étions parvenus, on s’est dit la même chose à la mi-temps, car il était évident que les Clermontois voudraient faire un gros retour de vestiaires pour reprendre l’avantage. Et sur la première action, Colin Slade nous sort cette interception qui nous fait beaucoup de bien, et fait aussi douter Clermont. Après ça, il n’y avait plus que quarante minutes à tenir, et croire en nous…

L’interception de Slade provient d’un cadeau de Fritz Lee, tout comme le premier essai... le connaissant, cela vous a-t-il surpris ?
Ce n’est pas souvent que Fritz Lee commet des erreurs comme ça… C’est peut-être le signe que ce jour-là, Clermont était bon à prendre. Comme quoi, même les joueurs de très haut niveau commettent des fautes… Et puis, d’un autre côté, notre troisième ligne a aussi réalisé un très grand match, en bloquant  à chaque fois les Clermontois au-delà de la ligne d’avantage ou à ralentir les ballons dans les rucks. En défense, cela a facilité le travail de toute l’équipe.

Justement, au sujet de la défense, vous avez tenu un rôle très important en bloquant les perce-murailles Naqalevu et Moala...
L’ASM a un jeu très direct. Pour y avoir joué quelques années, je sais qu’ils aiment gagner très vite la ligne d’avantage pour mieux exploiter les extérieurs. Dans cette optique, il était important pour nous de bien rivaliser au milieu du terrain en réalisant de bons plaquages. Avec Pierre (Nueno, NDLR) je ne sais pas si nous sommes toujours parvenus à le faire, mais je pense que nous nous sommes plutôt bien débrouillés.

Concernant votre duel avec Naqalevu, celui-ci a pris une drôle de tournure à la 15e, lorsqu’il vous a embarqué sur son dos dans son propre en-but...
Oui, quand je donne ce coup de pied, je pense qu’il va laisser filer le ballon dans l’en-but, mais finalement il le récupère, y rentre et se retourne. Là, il fonce sur moi tête baissée. Je me suis dit : « m…, qu’est-ce que je fais, maintenant ? » Je ne sais pas comment il s’est débrouillé, mais je me suis retrouvé sur son dos, comme dans un rodéo… Heureusement, j’avais deux ou trois partenaires qui ont réussi à le mettre au sol. C’était important, puisque, c’est sur cette mêlée à cinq mètres que les avants parviennent à aller chercher l’essai de pénalité. 

Avez-vous eu le temps de profiter de votre dernière percée au Michelin, à la 80e ?
Franchement ? Non ! En plus, sur ma prise de balle, le ballon a failli m’échapper, ce qui m’a paradoxalement mis dans le trou… La seule chose à laquelle je pensais en courant, c’était « surtout, garde le ballon, garde le ballon ! » On n’avait que six points d’avance et quand je jouais ici, nous avions renversé des situations avec moins que ça. C’est pourquoi je suis passé au sol, alors que je crois que je peux jouer un deux contre un avec Antoine Hastoy. J’ai préféré assurer, pour ne pas donner à Clermont une dernière munition. Ce dernier ballon, je serais mort plutôt que de le lâcher ! (rires) En plus, on obtient une pénalité à la fin de l’action, donc c’était parfait.

Maintenant, vous pouvez le raconter : qu’avez-vous raconté de si drôle à George Moala pour qu’il lâche le ballon dans l’en-but au moment d’aplatir ?
Rien, rien, je vous jure ! (rires) C’était probablement moi le plus surpris sur l’action. J’avais défendu sur Naqalevu, du coup je n’avais rien vu. Juste senti qu’il était passé, un cran plus loin… Quand j’ai vu l’action sur l’écran géant, ça m’a étonné, car lui aussi, c’est le genre de joueurs à qui ça n’arrive pas souvent. Je ne lui ai rien dit sur le coup, mais je vais profiter de l’après-match pour le remercier. (un peu gêné) En fait, je sais que ça doit être dur pour lui, comme pour toute l’équipe. Deux matchs gagnés sur quatre, ce n’est pas l’habitude de Clermont.

Après cet exploit, pensez-vous Pau capable d’aller chercher cette 6e place après laquelle elle court depuis si longtemps ?
On ne va pas s’emballer, il y a encore beaucoup de choses à régler. Par exemple, nous avons eu de gros problèmes sous les renvois… Mais on progresse doucement. Chaque chose en son temps.

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