• Wales assistant coach Rob Howley during the Guinness Six Nations match at the Principality Stadium, Cardiff, on February 23, 2019. Photo : PA Images / Icon Sport 41373603
    Wales assistant coach Rob Howley during the Guinness Six Nations match at the Principality Stadium, Cardiff, on February 23, 2019. Photo : PA Images / Icon Sport 41373603 Icon Sport / PA Images / Icon Sport / Icon Sport
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Coupe du Monde

Qu’a fait Howley ?

Son nom restera associé au plus gros scandale de l’histoire de la Coupe du monde. L’entraîneur adjoint du pays de Galles a été renvoyé à la maison avant même le début de la compétition. Il aurait parié sur des matchs, pratique interdite par World Rugby. On attend sa défense.

Quel coup de tonnerre ! Jamais la Coupe du monde n’avait connu un tel scandale. À peine arrivés au Japon, les Gallois ont annoncé que leur entraîneur adjoint chargé de l’attaque, Rob Howley, allait repartir chez lui. La communication a été minimale, mais on sait qu’il s’agit d’une histoire de paris. Un sujet très sensible car, depuis l’arrivée d’internet, les possibilités sont infinies. Certains sports sont largement touchés comme le tennis mais le rugby était jusqu’ici relativement épargné. Il faut comprendre que Rob Howley n’est pas n’importe qui. Il est l’adjoint de Warren Gatland depuis onze ans. Auparavant, il fut un grand joueur, 58 sélections entre 1996 et 2002, dont deux avec les Lions. C’était un demi de mêlée très rapide, formé à Brigend, à une époque où les numéros 9 avaient plus de libertés qu’aujourd’hui. Il fut même en son temps capitaine du pays de Galles. Il retrouva les Lions comme entraîneur adjoint à deux reprises (2009 et 2013) et fut fut aussi carrément patron par intérim de la sélection galloise quand, par deux fois, Gatland fut nommé patron des Lions (2012-2013 et 2016-2017). On imagine donc le choc dans la Principauté. En plus, Rob Howley avait fait la une (plus paisiblement) des médias la semaine dernière quand on apprit qu’il allait probablement devenir lsélectionneur de l’Italie en 2020, puisqu’il ne faisait pas partie du prochain staff gallois composé par Wayne Pivac.

Une société de paris prévient la fédération

Tout s’est déclenché le mercredi 11 septembre quand une société de paris a contacté d’elle-même la WRU. Abasourdi, le directeur exécutif Martyn Phillips a pris acte des soupçons qui pesaient sur son employé. Le vendredi, il a reçu de nouvelles informations. Elles l’ont poussé à prendre l’avion dimanche pour Kytakyushu, le lieu de résidence des Gallois. Auparavant, il avait averti World Rugby, la machine était lancée. Puis Howley fut prévenu que son patron venait le rencontrer face à face. Qu’a-t-il ressenti à ce moment-là ?

Après avoir assumé cet entretien fatal Martyn Phillips s’entretetint avec Warren Gatland pour savoir s’il voulait un adjoint de substitution. La réponse fut oui. Gatland se sentit obligé de réunir quelques joueurs cadres : Alun-Wyn Jones, Ken Owens, Jonathan Davies, Dan Biggar, George North, Justin Tipuric et Cory Hill. L’affaire était si sérieuse qu’il fallait choisir un remplaçant spontanément populaire auprès du groupe. Le choix s’est porté sur Stephen Jones, ancien ouvreur international passé par Clermont, déjà engagé avec la WRU pour l’après 2019. Martyn Phillips est ensuite venu parler à la presse, la mine défaite, avec ces mots lourds de sens : "Je vous ai dit ce que je pouvais vous dire, compte tenu des procédures. Mais il y a certaines choses que je ne peux révéler."

Voilà dans quelle ambiance s’est peut-être terminée la carrière de Rob Howley, personnage au destin injuste, voire cruel. Avec son teint pâle et ses traits tirés et son extrême minceur que l’âge n’a pas encore pris en défaut, il ressemble à un personnage d’un autre temps, aussi chétif que ses successeurs débordent de testostérone. Depuis 2008, il a épousé à la perfection ce rôle de bras droit d’un Warren Gatland à la personnalité diamétralement opposée. On l’a mesuré quand par deux fois, le patron lui laissa sa place de numéro 1. Au tribun prolixe succéda un succédané timide, prisonnier d’un discours convenu jusqu’à la fadeur. Howley s’est sans doute trop fondu dans ce rôle de numéro 2 d’un homme avec qui il travaille depuis près de vingt ans, depuis son séjour aux Wasps. C’est Howley qui marqua le fameux essai de dernière minute face au Stade toulousain en 2004.

Mal aimé dans son propre pays

Rob Howley a pourtant conduit les Gallois à la victoire dans le Tournoi 2013 mais il nous aura suffi de quelques prises de température pour saisir cette réalité si mortifère. Rob Howley n’a jamais été populaire dans son pays, malgré son palmarès. Ceci était déjà vrai quand il jouait. Pourquoi donc un tel désamour ? Son attitude terne ne l’a pas aidé, c’est une certitude. Il aurait été aussi victime d’un syndrome très gallois, petite terre divisée en plusieurs chapelles et propice aux querelles de village. On y est parfois plus sévère avec un gars du pays qu’avec les experts venus d’ailleurs, tel le Néo-Zélandais Gatland ou l’Anglais Shaun Edwards.

Rob Howley aurait donc servi de paratonnerre aux autres membres du staff. Nous l’avions perçu à l’automne 2016 quand les Gallois avaient perdu cinq matchs consécutifs jusqu’à un douloureux

32-8 encaissé face à l’Australie à Cardiff. Les critiques avaient fusé sur la pauvreté du jeu offensif gallois. Howley s’était retrouvé en première ligne, pas assez de combinaisons, pas assez de créativité chez les trois-quarts… Pauvre Howley, obligé d’assumer un plan de jeu paraît-il restrictif surnommé "Warrenball" du nom de son mentor. C’est à ce genre d’ambiance qu’on s’aperçoit que le rôle d’un entraîneur dépasse le simple cadre technique. Le charisme ne s’improvise pas. Et la tenue d’une conférence de presse est parfois aussi décisive que l’élaboration d’un plan tactique. Voilà pourquoi les fans gallois ne l’ont jamais vraiment porté dans leur cœur, les premières réactions à la nomination de son successeur ne font que confirmer cette impression. Stephen Jones est perçu comme plus astucieux, plus passionné et plus enthousiaste. Peu de condamnations d’une éventuelle faute morale (non prouvée à ce jour). Quelque part le verdict n’en est que plus cruel pour celui qui s’en va.

On n’oubliera pourtant pas que Rob Howley réputé sans créativité a lancé et fait prospérer les George North, Liam Williams, Jonathan Davies, Josh Adams et Leigh Halfpenny. À la lumière de ce qu’on vient d’apprendre, sa trajectoire prend une tournure éminemment romanesque. Pas un roman de chevalerie, mais un récit d’espionnage dépressif à la John Le Carré avec ses protagonistes rattrapés par la médiocrité tendancielle de l’existence. Avec sa dégaine d’austère employé de bureau, Rob Howley semblait tout le contraire d’un flambeur. Joueur, malgré son talent, il avait été démis de ses fonctions de capitaine par Graham Henry. Il avait alors convoqué des journalistes chez lui pour exprimer sa perplexité, audace jamais répétée. Un certain secret s’est ensuite refermé sur sa personnalité. Pourtant, dans son autobiographie, Lee Byrne, ex-arrière international passé par Clermont faisait un portrait très acide du personnage Howley, décrivant une forme de harcèlement dont il aurait été l’objet aux entraînements de l’équipe nationale, comme pour être déconsidéré aux yeux des autres joueurs. Humiliations allant jusqu’à des références à sa vie personnelle (les deux hommes vivaient à Bridgend et avaient des connaissances communes).

On a senti Gatland, son bienfaiteur en état de sidération : "Vous devez savoir composer avec l’adversité, l’important c’est de répondre et de surmonter ce genre de choses. Nous sommes choqués, c’est sûr. Mais à ce moment, ce ne sont que des accusations. Rob est évidemment dévasté par tout ça. C’est tout ce que je peux dire…" Quant à la fédération italienne, elle est restée mutique. Elle non plus ne méritait pas ça.

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