• La première ligne tricolore sait que de sa performance découlera un bon ou un mauvais résultat et particulièrement Rabah Slimani (au premier plan), dont on sait qu’il peut être facilement dans le collimateur des arbitres. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
    La première ligne tricolore sait que de sa performance découlera un bon ou un mauvais résultat et particulièrement Rabah Slimani (au premier plan), dont on sait qu’il peut être facilement dans le collimateur des arbitres. Photo Midi Olympique - Patrick Derewiany
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XV de France

XV de France : Si la mêlée va, tout va

On dit de la mêlée argentine qu’elle est en souffrance depuis quelques temps, qu’elle a perdu son identité. Vrai ou faux, ce secteur de jeu pourrait

bien être une des clés du match.

Quand Mauricio Reggiardo parle de la mêlée fermée, c’est comme lorsque votre guide japonais vous explique qu’il ne faut pas traverser en dehors des passages piétons, mieux vaut l’écouter ! Alors, quand le manager du Castres olympique, son cou de taureau argentin gonflé à bloc, le regard sombre et son accent à couper au couteau, assène que "la clé du match sera la mêlée et rien d’autre", on le croit sur parole. Pourtant, ça lui coûte de tenir un tel propos. En Argentine, la mêlée fermée a toujours été une priorité, une base forte du jeu. La fierté de tout un peuple et de ses piliers. Or, depuis quelques temps, la mêlée des Pumas vacille.

Durant le dernier Rugby Championship, elle est même franchement apparue en souffrance. "La faiblesse de la mêlée argentine, explique Reggiardo, c’est un problème très profond. Depuis quelques années, les équipes de jeunes, jusqu’en juniors, ne poussent plus les mêlées au-delà d’un mètre à cause de trois ou quatre accidents graves. Du coup, les instances ont pris des mesures radicales pour la sécurité des joueurs. Conséquence : c’est un secteur de jeu qu’indirectement, on travaille moins." Un sentiment partagé par l’ancien deuxième ligne Patricio Albacete qui déclarait dans les colonnes de Midi Olympique Magazine : "Nous avons perdu notre culture de la mêlée."

une première ligne inexpérimentée

D’aucuns affirment que la faute revient aussi à l’entrée des Pumas dans le gotha du rugby sudiste. Si l’Argentine a fait évoluer son jeu vers plus de mouvement, utilisant désormais les ballons de récupération à merveille, elle aurait abandonné son identité. "Faux, rétorque l’ancien ouvreur Juan Martin Hernandez. La mêlée argentine n’est plus aussi forte que par le passé mais ce n’est pas la faute du Super Rugby ou du Rugby Championship. Je peux vous assurer qu’en Super Rugby, les équipes apportent beaucoup d’importance à la mêlée fermée. C’est une fausse idée. à valeurs égales, deux équipes peuvent prendre le dessus grâce à se secteur de jeu. Et je peux vous jurer qu’on ne laisse pas de côté la mêlée. Le problème, c’est que nous avons de jeunes piliers. Certains deviendront très bon mais pour l’instant, ils manquent cruellement d’expérience."

Reggiardo abonde : "Par le passé, nous avions Marcos Ayerza qui était peut-être le meilleur pilier droit du monde. Aujourd’hui, les piliers des Pumas sont de jeunes joueurs. Je pense notamment au petit Santiago Medrano qui n’a que 23 ans. Figallo, qui est le troisième choix des Saracens, est le numéro un en Argentine ! Quant à Tetaz Chaparro, c’est un ancien numéro 8 reconverti pilier à 18 ans. La mêlée n’est donc pas son point fort."

les retrouvailles slimani - gardner

Mais avec un sélectionneur comme l’ancien talonneur clermontois Mario Ledesma, l’Argentine dispose d’un spécialiste de ce secteur. Une grande partie de son travail actuel est justement axée sur cette nécessité de redonner du crédit au huit de devant argentin. "C’est un point que nous travaillons énormément depuis le début de la préparation pour cette Coupe du monde, affirme le pilier Santiago Medrano. Nous nous sommes beaucoup attardés sur ce point." Suffisamment pour rivaliser avec l’équipe de France qui a acté le retour de Rabah Slimani, l’un des meilleurs spécialistes au monde ? Force est de s’interroger. "Mario a fait de la mêlée australienne une des meilleures du monde quand il y était, assure encore Mauricio Reggiardo. Aujourd’hui, il essaie de reconstruire la mêlée argentine. Mais ça demande du temps." Le scepticisme l’emporte. Et Reggiardo d’ajouter : "Je pense que les Français vont mettre l’accent sur ce secteur de jeu. La mêlée est le point fort de l’équipe de France. Même contre les autres adversaires, la France va construire son jeu autour de la mêlée."

Toutefois, un paramètre ne doit pas être occulté. Si Rabah Slimani a retrouvé grâce aux yeux du staff technique français depuis peu, il va croiser, samedi, sur la pelouse du Ajinomoto Stadium, l’Australien Angus Gardner. Un vilain souvenir pour le droitier français. C’est cet arbitre qui lui avait un infligé un carton jaune en novembre 2017 contre les Blacks, à cause de sa fameuse liaison ciblée par le corps arbitral. C’est encore lui, alors qu’il n’était que juge de touche, qui avait dénoncé, à son collègue Jaco Peyper, les fautes de Slimani en mêlée lors du crunch 2018. Résultats : trois pénalités contre le Clermontois. "Je ne vais pas lui donner l’occasion de me sanctionner", assure cette fois-ci Slimani, qui sait combien de sa performance dépendra aussi le sort de la rencontre.

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