• Charles Ollivon (France) contre l'Argentine
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Edito

Dans un monde parfait...

L'édito d'Emmanuel Massicard... La roue a tourné. Enfin. Au bon moment et juste à temps. Il n’aurait d’ailleurs pas fallu grand-chose pour qu’elle nous renvoie en enfer. Pas cette fois... Vous l’avez vu, au terme d’un match à deux visages diamétralement opposé, le XV de France a battu son meilleur ennemi en Coupe du monde depuis ces jours de 2007 : l’Argentine. Nul besoin de s’attarder sur le scenario complètement loufoque, sur l’arbitrage parfois abstrait et plus encore abscons par instants ou sur le drop signé d’un Lopez tout juste sorti du placard pour devenir sauveteur en chef.

L’histoire est assez douce pour que nous savourions quand même la légèreté d’une rencontre qui bascule sur le fil du rasoir en faveur des Bleus, eux qui ont si souvent regardé l’adversaire danser sur leur tombe pour un drop de rapine, un essai en coin ou une chienne de pénalité venue couper net leur élan.

C’était toujours d’un rien. Pour presque rien diront certains, l’émotion à fleur de peau. Cette fois au contraire, ces infimes détails nous semblent dessiner des montagnes ; c’est dire si nous venons d’en bas, avec tant de déceptions à gommer et tant d’espoirs à porter.  

Pour autant, ne soyons pas dupes : rien n’est encore gagné. Et ce premier succès ne pose aucune assurance pour l’avenir des Bleus qui doivent enchaîner, toujours fragiles, face aux USA et les Tonga avant de terminer par l’Angleterre. Sur l’échelle de nos certitudes, on peut considérer que les hommes de Guirado vont vite chercher une revanche dans le jeu d’avants, en conquête et au combat. Et d’espérer ensuite plus de rigueur, de maîtrise, pour ne plus avoir à revivre ces fins de matchs étouffantes qui nous collent le palpitant à 200...  

Dans un monde parfait, ce serait d’ailleurs le strict minimum que nous serions en droit d’attendre d’une sélection lancée à la conquête du monde, préparée au long cours et rodée dans les moindres détails. Mais, vous le savez, les Bleus en sont très loin. Alors, nous devrons faire avec. Ou sans.  

Sans expérience, ni contrôle. Sans métier, ni recul sur les choses. Avec beaucoup de générosité, d’enthousiasme. Avec du culot, talent et insouciance. C’est ainsi, franchement, que nous avons aimé les Bleus samedi et c’est ainsi que nous les attendrons à l’avenir.

Pour tout vous dire, ce France-Argentine nous a semblé sonner comme un retour aux origines. Avec l’Argentine âpre et rude ; toujours suspendue à sa mêlée et ses avants pour exister. Avec le XV de France, vif, créatif, tout aussi inspiré et qu’imprévisible ; accroché aux fulgurances de ses trois-quarts pour respirer. Denis Charvet appelle ça le French Flair : samedi il a même vu jaillir les enfants de Codor, Maso, Sangali, Boni et Gacha. Puisse-t-il avoir raison, Denis.
Une chose est sûre, ces Bleus et leurs failles sont porteurs d’espoirs. Ils ont ouvert une porte sur l’avenir et, déjà, 2023. Ils ont posé un cadrage-débordement d’école à ce rugby caricatural, décérébré et bancal qui tenta de nous faire croire à cet adage magnifique : « Je pête (dans l’adversaire), donc je suis.» Une vaste fumisterie... Samedi, avec les Bleus nous avons retrouvé le rugby comme on l’aime. Et cela vaut bien  les pires succès étriqués du monde ! 

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